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Les tableaux qui se trouvent à la suite du dictionnaire font connaître en détail la situation des travaux publics dans la province depuis 1830.

Sous le Gouvernement des Pays-Bas il avait été conçu un grand projet qui eut probablement changé la face du pays; il s'agissait de joindre la Meuse à la Moselle par un canal qui eût traversé le territoire luxembourgeois dans sa longueur. Nous avons consacré à cette vaste entreprise un article spécial de ce dictionnaire; nous y renvoyons le lecteur qui y trouvera des détails tant sur l'ensemble du projet que sur les travaux déjà effectués. (Voyez l'art. Meuse et Moselle, canal de.) (1).

(1) M. de Puydt, aujourd'hui membre de la Chambre des Représentans, auteur du projet du canal de Meuse et Moselle, a publié en 1831 un mémoire très-étendu sur ce projet. Nous avons beaucoup emprunté à ce remarquable travail. Nous renvoyons aussi au rapport présenté à la Chambre des Représentans, le 17 mars 1837, par M. Nothomb, ministre des travaux publics, rapport que nous reproduisons dans l'appendice.

SIXIÈME PARTIE.

POPULATION ET SITUATION MORALE.

CHAPITRE PREMIER.

POPULATION.

Le territoire luxembourgeois est moins peuplé qu'aucune province belge. Sur six cent quatre-vingtdix-huit mille six cent trente-quatre hectares (environ deux cent quatre-vingts lieues carrées, nouvelle mesure), il ne compte que trois cent huit mille cent quarante-neuf habitans, non compris la ville de Luxembourg. Ainsi onze cents habitans par lieue carrée (deux mille cinq cents hectares), ou un habitant pour deux hectares vingt-sept ares, tandis que, dans les autres parties de la Belgique, on en compte un par chaque hectare.

C'est sans doute à cette rareté de la population qu'il faut en partie attribuer l'état arriéré de l'industrie agricole et manufacturière du Luxembourg. Ce n'est pas l'amour du travail et l'esprit d'indus

trie qui manquent aux habitans, ce sont les bras qui ne suffisent pas aux nombreux travaux et aux améliorations réclamées par un sol immense et à peu près vierge, souvent fertile, et presque toujours dépositaire de richesses minérales.

Heureusement le mal diminue d'année en année; la population du Luxembourg suit, comme celle des provinces voisines, une marche constamment ascendante.

D'après un document authentique, cette population n'était en 1541, que de quatre-vingt-quinze mille cinquante-huit âmes. A cette époque il est vrai, le duché de Bouillon ne faisait pas partie de la province; mais celle-ci comprenait alors Thionville, Marville, Bittbourg, St.-Vith, et toutes les communes perdues depuis, par suite des traités des Pyrénées et de Vienne.

En 1784 la cour de Vienne chargea le gouvernement général de Bruxelles, de lui faire parvenir un état de la population des Pays-Bas autrichiens. Déjà, sous le règne de Marie-Thérèse, onze années auparavant, un pareil travail avait été demandé. Comme un dénombrement de la population se faisait tous les ans dans les provinces de l'Impératrice en Italie, le ministère aulique avait jugé avec raison qu'il était possible et qu'il serait utile de l'obtenir également aux Pays-Bas; toutefois il ne fut pas alors donné de suite à cette demande, que d'autres affaires firent perdre de vue.

A aucune époque antérieure, on ne trouve qu'un

recensement général ait eu lieu; on connait seulement des recensemens partiels. En 1754, par un édit du 27 décembre, le gouvernement d'après le vœu que les États de Brabant lui en avaient exprimé, ordonne le dénombrement de la population de cette province; le but des États était de connaître le nombre de têtes sur lequel aurait pu porter une taxe personnelle dont ils se proposaient de solliciter l'établissement, en réduction des droits précédemment consentis par eux sur le thé, le café et quelques autres denrées; en 1766, par un décret du 26 juillet, adressé au conseil de Luxembourg, il prescrivit la même disposition pour la province de Luxembourg afin de parvenir à une répartition plus équitable des impôts dont les habitans étaient chargés. La première de ces opérations fut confiée aux magistrats des villes et aux gens de loi du plat pays; la seconde le fut aux curés des paroisses: le résultat de l'une ni de l'autre ne fut rendu public; il n'en fut pas moins formé de relevé officiel pour l'administration.

Ce n'était pas, il faut le dire, une chose aisée que de se procurer, dans ce temps là, des éléments statistiques exacts et complets: la cause en était dans l'organisation politique du pays. Le souverain n'avait pas de représentant direct dans les provinces: les gouvernemens qui avaient été composés dans quelques-unes d'elles, n'entretenaient point de relations régulières avec le pouvoir central, et dans la province de Luxembourg, le gouverneur était

purement un commandant militaire; d'ailleurs les attributions de ces gouverneurs n'avaient rien ou presque rien du caractère administratif : ils ne res semblaient en aucune façon aux intendans français, d'autre part il n'existait nul lien, nul rapport de subordination, (sauf pour ce qui concernait les impôts perçus au profit de la province) entre les États et les administrations municipales et communales. On peut juger d'après cela des difficultés qu'il y avait à rassembler, sur quelque matière que ce fût des documents pour lesquels le concours de ces administrations était nécessaire : aussi était-ce ordinairement aux fiscaux établis par les conseils de justice, que le gouverneur s'adressait, lorsqu'il désirait obtenir des renseignemens semblables.

D'autres obstacles naissaient des priviléges dont étaient en possession nombre de corps et de particuliers. Ces individus, ces corporations, étaient-ils requis par l'autorité administrative de s'expliquer sur un objet quelconque, ils s'y refusaient, se retranchant derrière les priviléges qui leur avaient été octroyés. M. Gachard, dans ses Analectes, en cite une preuve remarquable. En 1783, le magistrat de Bruxelles avait commis le nommé De Prez, à l'effet de procéder au recensement de cette ville: ce préposé rencontra dans l'accomplissement de sa commission tant d'opposition et de refus, qu'il fallut recourir au conseil souverain de Brabant, pour avoir de lui un ordre formel, à tous les habitans sans distinction, de faire les déclarations qui leur seraient demandées.

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