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Sur le versant occidental des Ardennes, le psammite sablonneux occupe presque tout l'espace entre Transinnes et Tellin, et entre Heid et Vaux-Chavanne; il ressemble communément à un véritable grès à grains très-fins et d'une grande densité; c'est cette roche que M. de Humboldt a appelée grès de transition, pendant que plusieurs géognostes allemands, les uns, principalement en Westphalie, l'ont nommée floezleerer sandstein (grès sans couches de houille subordonnées). Les autres, suivant l'école de Werner, grauwacke siliceuse à grains très-fins. Au reste, le psammite sablonneux passe au psammite schistoïde, contenant dans une pâte argilo sableuse beaucoup de paillettes de mica, et même, d'après M. Steininger, le psammite sablonneux passerait au poudingue psammitique (Kieselconglomerat), conglomérat siliceux; car non-seulement ce dernier passage a été observé près de Roumont, où presque tout le terrain entre ce village et Tenneville est composé de psammite sablonneux; mais il y a aussi des bancs trèspuissans de poudingue psammitique à Heid, dont M. Steiniger présume qu'ils forment des couches incli. nées qui appartiennent au terrain de psammite sablonneux entre Heid et Vaux-Chavanne.

On observe encore dans les Ardennes des poudingues psammitiques en filons énormes dirigés du N. au S., qui traversent le terrain de phyllade pailleté et de schiste argileux; M. Steininger en a vu un lui-même dans le vallon de la Warge, près de Xerdomung, au N. E. de Malmedy, et l'autre a été observé par M. Omalius d'Halloy, à Pepinster, canton de Spa (Journal des

Mines, no 142, p. 280). Le premier paraît finir en forme de coin dans les bois à l'E. de Vieil-Salm; M. Steininger croit pouvoir rapporter au second les roches de poudingue psammitique qu'il a observées depuis VauxChavanne, jusqu'aux environs de Lierneux, puisqu'il est très-vraisemblable que la direction de ce second filon est parallèle à celle du premier, et qu'alors il doit passer par les environs de Vaux-Chavanne. Au reste, ces filons sont encore très-remarquables comme prouvant à l'évidence que le terrain de schiste argileux et de phyllade pailleté des hautes Ardennes, qu'ils traversent, est d'un âge antérieur à celui du terrain psammitique dans lequel les poudingues forment des couches inclinées et subordonnées.

Le second système de couches du terrain de transition des Ardennes est principalement composé de calcaire compacte gris-bleuâtre, qui forme à lui seul des bancs d'une très-grande puissance, divisés en un grand nombre de couches de quelques pieds d'épaisseur, et séparés par des couches de psammite schistoïde et de phyllade pailleté ou de grauwacke argilo-schisteuse à grains très-fins, comme on peut très-bien l'observer entre Belvaux et Han-sur-Lesse; mais M. Steininger n'ose pas fixer le nombre de ces bancs, parce que leurs ondulations peuvent causer des erreurs, et qu'on est exposé à compter deux ou plusieurs fois le même banc, quand on l'observe sous des directions ou inclinaisons différentes. Les couches de grauwacke qui alternent avec les bancs du calcaire, contiennent souvent des nodules de calcaire et un grand nombre de térébratules, surtout

le terebratulites speciosus de Schlotheim, qui a été observé dans les environs de Durbuy. En même temps on y a va le calcaire reposant sur de la grauwacke qui a le même aspect et contient les mêmes pétrifications que celle dont on vient de parler, de sorte qu'il faut la rapporter au même système de couches. En général, les pétrifications sont rares dans le calcaire de transition (mountain limestone) des Ardennes; cependant M. Steininger a trouvé un assez grand nombre de madrépores et de tubipores dans les environs de Bure; et il a vu un orthocératite, un fungite et quelques millepores dans la collection de M. Seeliger, à Durbuy. On sait que dans l'Eifel, entre Prum, Gerolstein, Lommersdorf et Call, au Bleiberg, la même formation est infiniment plus riche en pétrifications; mais ce qu'il y a de trèsremarquable, c'est que le système des couches inférieures à ce terrain, et qui composent les hautes Ardennes, ne contient presque aucune pétrification (1), et que dans le calcaire de transition ce sont des animaux de rivage et de basse-mer, comme des zoophytes coralligènes et des mollusques qui y étaient attachés pendant leur vie (2), dont on trouve les dépouilles

(1) A Houffalize, M. de Dechen a observé un banc de grauwacke schisteuse contenant des hystérolithes (Rheinland-Westphalen, vol. ш, p. 191) qui pourraient faire exception à la règle énoncée dans le texte, pourvu qu'on connût bien son âge relatif; mais, d'après des observations faites dans les environs de Prum, les couches de grauwacke qui contiennent les térébratules, y appartiennent au terrain du calcaire de transition ou l'avoisinent de très-près, aussi bien qu'à Durbuy.

(2) Les térébratules se trouvant surtout dans les montagnes dites d'ancienne formation, Lamarck pense que, pour la plupart, elles habitaient les grandes profondeurs de la mer; mais les zoophytes auxquels elles se trouvent réunies dans les montagnes de l'Eifel, ayant été probablement des habitans de basse-mer, l'opinion de Lamarck paraît moins vraisemblable; et quant aux orthocères, les vivantes se trouvent parmi les sables des rives de la Méditerranée.

pétrifiées. Aussi ce n'est qu'en descendant des hautes Ardennes vers la Meuse, et à une hauteur au-dessus de l'Océan, beaucoup moindre que le faîte des Ardennes, qu'on entre dans le terrain calcaire, comme si les eaux de mer dans lesquelles le calcaire de transition s'est déposé, avaient été beaucoup plus basses que celles dans lesquelles s'est formé le terrain qui lui est inférieur.

Les limites du terrain de calcaire de transition passent, comme il a déjà été dit, au S. de Givet, par Tavingne, Tellin. Bure, Marloi, Marche-en-Famène, Barvaux-surOurte, près de Durbuy, et Theux. Le calcaire forme sur cette ligne une bande d'une lieue de large, et c'est surtout à Barvaux qu'on le voit bien superposé sur le terrain de transition inférieur; à Durbuy même, on observe des plis remarquables tant dans ses couches que dans la grauwacke superposée; ce sont des selles élevées et des jattes étroites qui se succèdent et qui sont mises à découvert par le creusement de la vallée de l'Ourte.

Outre ces circonstances qui rendent les environs de Durbuy très-intéressans, on doit encore parler d'une couche de double carbonate de chaux et magnésie ou de dolomie, qui paraît être subordonnée au terrain calcaire de Durbuy, et que l'on peut observer à l'E. de ce bourg, sur la hauteur qui domine le village de Barvaux. On n'a puremarquer aucun accident particulier dans la position de cette couche qui, au point où elle a été observée, n'est couverte d'aucune autre substance. Ici rien ne paraît favoriser les idées émises par M. de Buch sur l'origine de la dolomie; mais il faut avouer que la

couche est trop petite et que le phénomène est de trop peu d'importance pour servir à confirmer ou à réfuter des idées qui ont déjà été fort affaiblies par les analyses des calcaires de la Souabe, publiées par M. Gmelin (1). Pour ne rien omettre d'intéressant, il faut enfin ajouter que M. Steininger a observé une couche de kieselschiefer commun (phtanite d'Hauy) dans le calcaire de Durbuy, comparable aux nodules de silex corné (hornstein), disposées par couches dans le calcaire de transition au rocher Bayard, près de Dinant.

Le troisième système de couches du terrain schisteux des Ardennes et de la Meuse, est le terrain houiller superposé au calcaire de transition, ou, plus généralement parlant, le terrain de transition supérieur au calcaire de transition. Il est composé de phyllade pailleté passant au phyllade carburé, de psammite schistoïde, sablonneux et commun, de poudingue psammitique, de pséphite rougeâtre et de couches de houille, ou de grauwacke argileuse et schisteuse, d'argile schisteuse et bitumineuse à empreintes végétales, de floezleerer sandstein et de grès houiller, de conglomérat siliceux et de rothes todtligendes, et enfin de couches de houille d'après la nomenclature des géognostes allemands.

C'est ce terrain qui couvre le terrain calcaire et en remplit les bassins vers la Meuse et la Sambre, et qui n'est pas encore assez connu pour qu'on en puisse fixer en général l'ordre de superposition des roches, et les différens accidens de gisement.

(1) Journal de Minéralogie, publié par M. de Leonhard; nov. 1826, p. 472.

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