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CHAPITRE V.

Séméiologie des Passions, ou Exposé des Signes physio

gnomoniques et phrénologiques au moyen desquels on prétend pouvoir les caractériser.

C'est une chose certaine, que le corps s'altère et

se change quand l'ame s'émeut, et que celleci ne fait presque pas d'action qu'elle ne lui en imprime les marques,

DE LA CHAMBRE, les Caract. des Passions.

Deux systèmes , qui remontent à une très-haute antiquité, se présentent ici avec d'égales prétentions à signaler les penchants et les aptitudes des hommes. La physiognomonie et la phrénologie veulent toutes deux que notre extérieur ne soit que la manifestation de ce qui se passe habituellement au dedans de nous ; mais, ce principe admis, elles se séparent aussitôt, et procèdent d'une manière tout à fait opposée : la première , jugeant le plus souvent a posteriori , la seconde , a priori : l'une , reconnaissant le caractère par la configuration des traits qu'il a déterminés ; l'autre, à la seule inspection des éminences cérébrales , traduites en relief sur le crâne , annonçant les instincts, les sentiments, les facultés qui prédominent, et qui n'attendent que l'occasion favorable pour s'exercer.

Essayons, dans une rapide analyse, de présenter les signes caractéristiques des passions, d'après ces deux sciences, ou plutôt ces deux systèmes.

Selon les physiognomonistes, les diverses émotions de joie, de tristesse , de jalousie, de colère , etc., se peignent aussitôt sur la figure, et impriment à nos traits certaines modifications qu'on retrouve absolument semblables chez tous les peuples. La même émotion se reproduit-elle fréquemment, les traces d'abord légères qu'elle laissait sur le visage deviennent chaque jour de plus en plus profondes, et finissent par lui communiquer une expression habituelle, connue sous le nom de physionomie , et qui n'est autre chose que le reflet du caractère , c'est-à-dire de l'état le plus ordinaire de l'àme.

Mais le visage n'est pas le seul livre dans lequel nous puissons étudier les passions humaines : la constitution, la forme de la tête, sa capacité, les habitudes extérieures, le geste surtout et le timbre de la voix, sont des indices précieux qui ne méritent pas moins de fixer notre attention. Aussi n'est-ce sur aucun de ces signes, considérés isolément, mais sur leur ensemble et sur leur accord , qu'on peut parvenir à asseoir un diagnostic certain.

Constitutions. En traitant des causes des passions , j'ai fait connaître les signes auxquels on peut distinguer les différentes constitutions, et l’influence qu'elles exercent sur le caractère. Comme il serait superflu d'y revenir ici, je me hâte de passer en revue les diverses parties du corps, qui ont toutes leur signification.

Tele. — Trop grosse et trop charnue , la tête annonce au physiognomoniste une intelligence lourde et paresseuse; trop petite , ou mal conformée, elle

est à ses yeux l'indice de la faiblesse et de l'ineptie.

Face. Un visage dont la hauteur excède la largeur d'environ un tiers dénote, en général , autant de noblesse de sentiments que de finesse d'esprit; trop allongé ou trop arrondi, il indique une certaine roideur de caractère et une âme peu élévée. On doit toutefois distinguer dans la face trois parties essentielles : la première , qui s'étend de la racine des cheveux aux sourcils, caractérise le degré des facultés intellectuelles ; la seconde, qui descend des sourcils au bas du nez, a plus de rapport avec les sentiments moraux ; la troisième, qui comprend le reste du visage, est plus intimement liée aux besoins animaux, notamment à la

gourmandise et à la volupté. Du reste , quand on étudie une figure, il vaut beaucoup mieux la considérer de profil que de face, parce que le profil offre des traits plus prononcés, des lignes plus pures , et qu'en outre il se prête beaucoup moins à la dissimulation.

Coloration de la face dans les passions. — La coloration de la face offre, jusque dans ses diverses nuances , des signes auxquels nul physionomiste ne saurait se méprendre. C'est ainsi qu'on distingue facilement la rougeur de la colère de celle de la pudeur. La première, déterminée par la stase du sang, effet immédiat de la gêne de la respiration, présente une teinte sombre et livide; tandis que la seconde , par suite de l'augmentation légère des mouvements du cœur, revêt une couleur brillante et vermeille. De même, on reconnaît la pâleur de la frayeur à une simple décoloration du visage, au

lieu qu'une teinte terne , cuivreuse ou plombée, annonce la présence de quelque passion sombre et farouche, telles

que la jalousie, la haine ou l'envie. Poussant plus loin les recherches sur la coloration considérée comme moyen diagnostique, de La Chambre a remarqué que la rougeur produite par la colère commence par les yeux, celle de l'amour, , par le front, et celle de la honte, par

les joues et les extrémités des oreilles.

Cheveux. — La diversité du poil et du plumage des animaux prouve assez combien celle des cheveux doit être prise en considération chez l'homme. Leur élasticité, en effet, peut faire juger de celle du caractère: plats, souples et fins, ils annoncent en général un naturel faible et flexible ; rudes et crépus, un caractère sauvage, ou tout au moins difficile. La couleur des cheveux aide à déterminer la constitution des individus : on sait

que

les bilieux les ont ordinairement noirs, et les sanguins, blonds. Des cheveux noirs , plats , épais et gros,

dénotent peu d'esprit, mais de l'assiduité et l'amour de l'ordre. Des cheveux noirs et minces , implantés sur une tête mi-chauve , dont le front est élevé et bien voûté, ont souvent fourni la preuve d'un jugement sain et net, mais d'un esprit dénué d'invention et de saillies. Les cheveux roux caractérisent, à ce qu’on assure , l'homme ou souverainement bon ou souverainement méchant. Dans les signalements de voleurs, les cheveux sont presque toujours marqués brun foncé. Un contraste frappant entre la couleur de la chevelure et celle des sourcils inspire de la méfiance à quelques observateurs.

Front. Considéré dans sa partie osseuse,

le front est la mesure des facultés intellectuelles, et particulièrement de la tournure d'esprit, que l'on trouve analogue chez les personnes qui ont cette partie conformée de la même manière. Est-il proéminent, étroit ou trop allongé, il dénote un esprit faible et borné; perpendiculaire, il annonce du jugement et de la pénétration, mais un cæur de glace; enfin, penché en arrière, il atteste de l'imagination, peu de jugement, et d'autant plus de fougue qu'il est plus déprimé.

Quant à la peau qui recouvre le front, sa teinte, sa tension, son relâchement, ses plis, font connaître les impressions auxquelles nous sommes habituellement sujets. Par exemple, les fronts ridés en long, et surtout à la racine du nez, sont un signe de réflexion et de mélancolie. Les individus dont le muscle occipito-frontal suit tous les mouvements des yeux et des sourcils ont, comme les singes, le caractère inquiet et égoïste.

Ainsi, en physiognomonie, la partie solide du front indique la mesure interne de nos facultés, et la partie mobile, l'usage que nous en faisons.

Sourcils. «Au-dessous du front, dit le philosophe Herder, commence sa belle frontière, le sourcil, arc-en-ciel de paix dans sa douceur, arc tendu de la discorde lorsqu'il exprime le courroux. » Les mouvements des sourcils sont, en effet, d'une expression bien significative pendant le jeu des diverses passions, dont ils conservent les traces : c'est ainsi qu'ils s'élèvent dans la fureur, tandis qu'ils s'a. baissent dans la haine, la tristesse, le mépris, et

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