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la religion prescrit l'usage journalier de la prière, comme une armure invincible opposée aux attaques continuelles des passions. Je ne sache pas, en effet , de moyen plus propre à dissiper ces dangereux ennemis de notre repos, que celte fréquente communication de l'homme avec son Créateur.

Quand vous avez prié, dit un de nos grands écrivains, ne sentez-vous pas votre cour plus léger, et votre âme plus contente?

« La prière rend l'affliction moins douloureuse et la joie plus pure; elle mêle à l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parfum céleste.

Que faites-vous sur la terre, et n'avez-vous rien à demander à celui qui vous y a mis ?

« Vous êtes un voyageur qui cherche la patrie. Ne marchez point la tête baissée : il faut lever les yeux pour reconnaître sa route.

n'avait aucun espoir de conserver les jours. Instruite, par imprudence, du danger de sa position, et vivement tourmentée du regrel de quiuer sitôt la vie, la malade se livra à toute l'agitation du plus violent désespoir. Le célèbre médecin jugea que cette nouvelle secousse allait encore abréger les derniers instants de cette femme; et, selon l'usage, il avertit sa famille qu'il fallait se båter de lui faire administrer les secours de la religion. Un prètre est appelé; la mourante décharge le poids de sa conscience dans le sein de ce médecin spirituel; elle reçoit avec attendrissement les paroles de clémenee et de consolation qui sortent de sa bouche. Devenue plus calme, elle ne s'occupe plus que de Dieu, de ses intérêts éternels, et reçoit les sacrements avec la plus grande édification. Le lendemain matin, la fièvre était baissée, et les symplèmes les plus alarmanis entièrement dissipés firent bientôt place à ceux d'une parfaire guérison. Tissot, qui était protestant, aimait à répéter ce fait, dont les exemples ne sont pas rares, et s'écriait avec admiration : Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques !

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« Votre patrie, c'est le ciel; et, quand vous regar. dez le ciel, est-ce qu'en vous il ne se remue rien ? Est-ce que nul désir ne vous presse, ou ce désir est-il muet ?

« Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes , et alors on voit leurs tiges flétries pencher vers la terre ; mais, humectées par la rosée, elles reprennent leur fraicheur et relèvent leur tête languissante. Il

y a toujours des vents brûlants , qui passent sur l'âme de l'homme et la desséchent; la prière est la rosée qui la rafraîchit. »

Aux sacrements et à la prière, la religion joint encore le jeûne et l'abstinence, moyens hygiéniques propres à amortir la violence de nos passions; et, dans sa profonde sagesse, elle les prescrit plus longs et plus sévères, précisément à l'époque de l'année où toute la nature est sur le point d'entrer en fermentation. La rigueur de la saison, la misère, une constitution affaiblie par l'âge, la maladie ou le travail, s'opposent-ils à ce que l'on suive le précepte, elle en dispense facilement; mais elle veut

que

chacun y supplée par une aumòne proportionnée à sa fortune. C'est ainsi qu'en combattant deux vices , malheureusement si communs, l'intempérance et l'avarice, elle affaiblit l'impétuosité de la colère et les transports de l'amour, en même temps qu'elle verse le superflu du riche entre les mains du pauvre. Merveilleuse institution, qui fait expirer sur les lèvres de l'indigent le blasphème contre la Providence, et change en bénédictions les fureurs que lui eût inspirées l'envie! Les institutions humaines ont-elles

jamais fait preuve d'autant de sollicitude, de prudence et de charité !

Je me garderai toutefois de donner une préférence exclusive à l'un des trois modes de traitement que nous venons d'examiner : j'ai souvent reconnu leur impuissance respective, tandis que j'ai fréquemment observé l'effet salutaire de leur concours. Pourquoi donc ne pas toujours employer contre les passions un ensemble de moyens qui présentent entreeux les plus grands rapports, et qui tendent au même but? La médecine, la législation et la religion, s'occupent en effet de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe, et toutes trois n'ont en vue que son bonheur : seulement, l'une veut plutôt en faire un individu robuste, l'autre un citoyen paisible, la dernière un homme complétement vertueux. Toutes trois font encore observer leur code par les mêmes motifs, l'intérêt et la crainte (1): pour ceux qui le respectent, la santé, l'estime publique, la paix d'une bonne conscience, avant-goût des joies célestes ; pour ceux qui le violent, la maladie, les punitions des hommes, les châtiments de Dieu. Toutes trois , enfin, ont chacune leur ministre : le médecin, qui soulage; le magistrat, qui punit; le prêtre, qui pardonne.

1

(1) Le christianisme toutefois ne se contente pas de dous voir observer ses préceptes par la crainte seule des peines de l'autre vie : il exige que le mobile de toutes nos actions soit l'amour de Dieu , et du prochain en Dieu.

DE LA RÉCIDIVE DANS LA MALADIE,

ETC.

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CHAPITRE IX.

De la Récidive dans la Maladie, dans le Crime et dans la

Passion.

Les récidives et les rechutes seraient bien moins

fréquentes, si l'on attaquait le mal dans sa cause, et si l'on ne croyait pas trop légèrement à la guérison.

Le mot récidive, dérivé du verbe latin recidere, retomber, exprime généralement toute espèce de rechute dans le mal.

Les pathologistes désignent par cette expression le retour d'une maladie dont on était entièrement guéri; et ils emploient le nom de rechute lorsque ce retour a lieu pendant ou peu de temps après la convalescence. Ainsi, une personne guérie d'un érysipèle au printemps en est-elle affectée d'un second l'automne suivant, c'est une récidive; un individu convalescent d'une inflammation d'intestins vient-il, par un écart de régime, à faire reparaître sa maladie , voilà une rechute , et l'on sait que la rechute est souvent pire que la maladie primitive.

Dans le langage des lois, on entend par récidive l'action de commettre un délit du même genre que celui pour lequel on a déjà été condamné.

Enfin, les théologiens emploient de préférence le terme de rechute pour indiquer l'acte de retomber soit dans la passion dominante, soit dans le péché en général.

Dans la maladie, dans la passion, aussi bien que dans le crime, les récidives et les rechutes peuvent être rapportées à un petit nombre de causes , dont nous allons étudier l'influence, en commençant par le rôle qu'elles jouent en pathologie.

1° De la Récidive dans la Maladie.

L'âge et le sexe ne laissent pas d'avoir une certaine influence sur le retour dans la maladie. Ainsi, l'enfance et la vieillesse sont bien plus prédisposées aux rechutes que la jeunesse et surtout que la virilité, époque où le corps, parvenu à son développement complet, a en même temps moins d'irritabilité et une plus grande énergie de réaction contre les causes qui tendent à déranger son harmonie. Douée d'une organisation plus délicate et d'une sensibilité plus vive que l'homme, la femme est par cela même plus exposée que lui à retomber dans les mêmes maladies ; cette triste prédisposition est encore augmentée par les dérangements qui surviennent dans les fonctions de l'utérus.

Les saisons, que nous avons vues favoriser le développement de certaines maladies, exercent aussi une action prononcée sur les récidives, et principalement sur les récidives périodiques.

L'influence des climats sur la fréquence des rechutes, quoique moindre que celle des saisons, ne saurait pour cela être regardée comme nulle. Quant à celle des localités et des habitations, elle a été constatée de temps immémorial par tous les observateurs. Il est certain, en effet, que les scrofules

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