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si, entraîné par le mauvais exemple ou par toute autre cause, il retombe dans son ancien dérégle, ment, il perd bientôt tout ce qu'il avait gagné au physique comme au moral, et, squelette ambulant, il ne tardera pas à être jeté dans la tombe qu'il s'est, en quelque sorte, creusée lui-même.

Santé, fortune, crédit , honneur, cet autre a tout englouti au jeu. Longtemps il se crut favorisé

par le sort ; ce n'était qu'un leurre : deux nuits ont suffi pour le ruiner complétement. Depuis un an il végétait dans la capitale, au milieu de cette tourbe de dés@uvrés dont l'existence est un problème, lorsqu'un emploi assez lucratif vint le mettre à l'abri du besoin , et lui fournir le moyen de calmer l'agitation fiévreuse ainsi que les violentes palpitations qu'il éprouvait. Déjà ses membres affaiblis commençaient à reprendre leur ancienne vigueur, déjà la fraicheur de son teint annonçait une amélioration notable dans sa constitution, lorsque, entraîné comme spectateur dans un tripot clandestin, la yue de l'or suffit pour rallumer en lui tout le feu de sa passion. Le lendemain il retourne au jeu, non plus comme spectateur, mais comme acteur, et, la chance lui ayant été favorable, il continue de jouer avec plus de fureur que jamais. Il y avait à peine un mois qu'il était revenu à ses anciennes habitudes , lorsqu'un matin on le trouva mort dans son lit, par suite de la rupture d'une tumeur anéyrysmale de l'aorte : les émotions du jeu l'avaient tué.

La récidive dans la passion ne borne pas ses ravages à l'organisation, elle détruit le jugement, en

même temps qu'elle gâte le caur. De là toutes les fausses maximes que l'on se fait en matière de conscience; de là les fautes, les injustices, les crimes que l'on finit par commettre avec le sang-froid de l'habitude, ou même avec une impudente ostentation.

Voulons-nous savoir comment la passion habituelle rassemble autour d'elle la plupart des vices, et les fait conspirer à tout ce qui peut servir à la satisfaire? Prenons dans la Bible un exemple connu de tout le monde , et qui montre parfaitement le rapport des passions avec les maladies, les lois et la religion. A peine monté sur le trône, Saül, prince jusqu'alors vertueux, se laisse prévenir d'une violente jalousie contre David. Quels tristes fruits ne va pas prodụire ce germe délétère qu'il ne sut pas étouffer de bonne heure! Les éloges donnés au jeune berger commencent par lui porter ombrage; dès ce moment il devient défiant et soupçonneux; il oublie le service signalé rendu au pays ainsi qu'à sa personne, et le voilà tombé dans l'ingratitude. Bientôt ses regards attristés ne peuvent plus supporter la présence d'un sujet qu'il considère comme le rival de son autorité et de sa gloire; et, malgré la délicatesse de David à ménager l'une et l'autre, le voici qui devient malade, sombre, mélancolique, furieux. Sa passion ne s'arrête pas encore là : poussé sans cesse par l'enfer de sa jalousie, il veut du sang pour éteindre la soif de vengeance qui le dévore; dès lors la perte de David est jurée. En vain celui-ci parvient-il à calmer les accès frénétiques du prince, aux accords de sa lyre, non moins purs que le fond

de son cœur; en vain continue-t-il à lui rendre d'importants services; en vain lui sauve-t-il de nouveau la vie : Saül ne reconnaît par intervalle sa propre injustice que pour redevenir plus jaloux et poursuivre sa victime avec plus d'acharnement encore. Saül, remarquons-le bien, n'était dépourvu ni de forces physiques, ni de courage, ni de mérite, ni même de piété; mais la passion dans laquelle il retombait toujours a suffi pour en faire successivement un homme lâche et ingrat, un roi injuste, superstitieux et parjure, un mélancolique furieux, un meurtrier, un suicide.

Puis-je ne pas signaler ici la triste fin de ces grands ambitieux, dont la vie politique n'est le plus souvent qu'une suite de rechutes dans la passion qui les dévore. Si je consulte le tableau qui indique la fin tragique d'une centaine seulement des plus célèbres d'entre eux, j'y vois que:

32 ont été assassinés.
14

exécutés.
8

empoisonnés.
8 se sont suicidés.
7 ont été massacrés.
5 sont morts en exil.
4

morts en prison.
3

morts de faim.
3 out été brûlés vifs.
3

poyés.
2

étranglés.
2

pendus.
1
est

mort en cage.
1 a été enterré vivant.

(Voir, dans la seconde partie de cet ouvrage,

l'artiele AMBITION.)

Ces exemples, que je pourrais multiplier à l'infini, suffiront sans doute pour appeler toute notre attention sur le danger de contracter des habitudes vicieuses ou criminelles, dont il est ensuite si difficile de se corriger. Aussi, dès que nous avons eu le malheur de nous laisser terrasser une première fois par la passion, tâchons, athlètes courageux, de reprendre à l'instant même une noble revanche, et de reconquérir promptement notre dignité morale. En agissant de la sorte, on a tout à gagner; car, en évitant la récidive dans la passion, on évite la récidive dans la maladie, qui abrége l'existence, et la récidive dans le crime, qui la déshonore.

mummmmmaannummosensomosomnissonsmashnimositusonium

CHAPITRE X.

Des Passions considérées comme moyens de guérison dans

les maladies.

Il est des poisons qui, dans les mains d'un habile

médecin, se convertissent journellement en remèdes efficaces.

Nous allons d'abord étudier les effets curatifs de certains sentiments qui agissent sur l'économie à la manière des passions; nous nous occuperons ensuite des passions proprement dites, qui ne doivent être employées comme moyens thérapeutiques que dans des cas exceptionnels, et d'accord avec les principes sévères de la morale chrétienne.

De la Joie et du Rire. - La joie, dit Mackensie, est le soutien de la santé et le contre-poison de la maladie. La gaieté, selon Hippocrate, est favorable dans toutes les affections. Galien assure avoir vu un grand nombre de malades qui furent redevables de leur guérison plutôt à leur humeur joviale qu'à l'usage des médicaments. Enfin , Ambroise Paré, Sanctorius , Pechlin, Tissot , et beaucoup d'autres observateurs, citent une foule de cures obtenues par l'effet de la joie, principalement dans les fièvres intermittentes, la jaunisse, le scorbut, les scrofules et la paralysie.

Le rire, quand il est l'expression de la joie, ne produit pas seulement une accélération notable

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