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clusion que j'emprunte à M. Lelut : c'est que « la folje n'est point une chose à part, que tous les fouş ne sont pas sous la tutelle des asiles qui leur sont consacrés, et que de la raison complète ou philosophique aụ délire véritablement maniaque, il y a d'innombrables degrés dont il serait avantageux à tout homme d'avoir au moins la connaissance générale, afin de ne pas mettre toujours la colère ou la vengeance à la place de cette pitié indulgente dont peut-être il a eu quelquefois besoin, et qu'il pourra quelquefois encore avoir à réclamer pour lui-même.

CHAPITRE XII.

Coup d'oeil philosophique sur les Besoins et les Passions des

animaux, rapportés à la copservation de l'individu et à la reproduction de l'espèce.

Les animaux ont un coeur et des passions; mais la

sainte image de l'hounète et du beau n'entra jamais que dans le cœur de l'homme.

J.-J. Rousseau, Lettres à d'Alembert sur les Spectacles.

Sl. Instinct de conservation ; besoins et passions qui en pendent : : sentiment de la

peur,

besoin l'alimentalion, voracité, co'ère, courage, penchant au vol et à la destruction, ruse et circonspection, attachement et reconnaissance, amourpropre, amour des louanges.

Instinct de conservation. - «Croissez et multipliez, » a dit la souveraine Sagesse; et tous les êtres animés ont obéi à cet ordre créateur. Par cette divine parole, ils ont reçu et ont pu transmettre à leurs descendants cette illumination mystérieuse qui leur fait fuir ce qui peut nuire à leur développement, et rechercher ce qui lui est favorable : c'est ce que j'entends par instinct de conservation. Chez les animaux, comme chez l'homme, cet instinct se montre dès le premier moment de la naissance, peut-être même le précède-t-il. A quoi, en effet, attribuer les mouvements dır fætus dans le sein de la mère, si ce n'est au besoin de prendre une position plus favorable? Je pense aussi, avec quelques

physiologistes, qu'on peut rapporter à cet instinct les vagissements des nouveau-nés; car il semble qu'ils accusent ainsi quelque souffrance, et qu'ils demandent d'une manière vague qu'on leur apporte du soulagement.

Chez certains animaux, la femelle, dans les moments de danger, pousse un cri d'alarme qui est instinctivement compris par ses petits : c'est ainsi qu'on voit les jeunes poussins se réfugier précipitamment sous l'aile de la poule, et les petits de la sarigue se blottir dans la poche protectrice dont est munie leur mère.

La fuite irréfléchie du danger, ou la peur, dépend donc essentiellement de l'instinct de conservation; et, par une prévision admirable de la Providence, il se trouve que les animaux les plus disposés à l'épouvante sont aussi le mieux conformés pour la course : le lièvre, le cerf, le chevreuil, les gazelles, sont dans ce cas.

L'attachement à la vie est donc un sentiment profondément empreint dans le cæur de l'homme comme chez tous les animaux. Toutefois, on voit presque toujours ces derniers remplir jusqu'à la fin le rôle qui leur a été départi sur la scène du monde, tandis que le roi de la création, se livrant si fréquemment au suicide, abandonne son poste tantôt comme un lâche déserteur, tantôt comme un furieux qui n'a plus même l'instinct ordinaire de la brute. 11 y a nécessairement dans la nature humaine quelque chose de faussé, de dégénéré, de corrompu!

Besoin d'alimentation, voracite. La vie ne pouvant être entretenue que par la réparation des pertes

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continuelles qui résultent du jeu des organes, le besoin de nourriture se trouve essentiellement lié à celui de conservation. Mais au milieu d'une foule de substances qui se présentent à la bouche des animaux, il en est dont la moindre quantité déterminerait chez eux un empoisonnement bientôt suivi de mort : il fallait donc qu'ils eussent la faculté de distinguer celles qui sont vénéneuses , de celles qui sont propres à leur alimentation. Aussi leur odorat est-il tellement développé, qu'ils n'ont guère besoin de s'en référer au goût pour le choix de leur nourriture : sous ce rapport, ils ont sur l'homme un immense avantage.

Comme chez ce dernier, l'instinct d'alimentation est excité en eux par la sensation de la faim. Ainsi, lorsque les petits des quadrupèdes cherchent avec avidité le mamelon de leur mère, ils ne font autre chose qu'obéir à cet instinct; il en est de même de l'aiglon qui reçoit la proie sanglante qu'on lui apporte, et du petit poulet qui distingue et ramasse le grain qui lui convient. Pour le canard, qui, à peine sorti de sa coquille, se dirige rapidement vers l'eau, lors même qu'il a été couvé par une poule, il obéit simultanément à l'instinct des localités et à celui de l'alimentation, puisqu'il y rencontre un milieu et des aliments appropriés à sa nature.

Chose remarquable, le cochon d'Inde ( mus por cellus) fait et renouvelle la première dentition dans le sein même de sa mère. M. Emmanuel Rousseau en a vu quelquefois le petit, avant d'être complétement expulsé des organes sexuels, diriger la tête

vers des herbes ou des fruits qui se trouvaient à sa proximité, et s'en repaitre avidement; ce qui ne l'empêche pas de teter, comme les autres mammifères qui ne présentent pas cette singularité.

Une nourriture régulière et suffisante est bien certainement l'un des motifs pour lesquels les bêtes de somme nous vendent leurs services et leur liberté. Trois chevaux de lanciers s'étaient échappés à travers une plaine immense, et déjà ils avaient franchi un espace de six cents pas, lorsque les officiers auxquels ils appartenaient s'aperçurent de leur fuite : soudain, l'un d'eux, appelant un trompette qui n'était pas éloigné, lui commanda de sonner la botte. Aux premiers sons du clairon , les fougueux animaux ont reconnu l'air favori qui annonce leur repas, et tous les trois, faisant ensemble volte-face, reviennent paisiblement se remettre à leur râtelier.

Parmi les animaux , quelques-uns sont doués d'un appétit modéré, d'autres sont insatiables : le troglodyte, par exemple, mange toutes les cinq minutes. Mais, en fait de gloutonnerie, je ne sache pas qu'il existe d'oiseaux qui surpassent les faisans communs et les faisans argentés. Aussi , lorsque ces volatiles n'ont pas encore les pluries de la queue; ou bien qu'ils en sont privés par accident, les oiseliers ontils soin de ne pas les laisser plusieurs ensemble: sans cette précaution, le plus affamé d'entre eux ne tarde pas à plonger le bec dans l'anus de son voisin, et à en faire sortir les intestins, qu'il dévore sans lâcher prise, pendant qu'un troisième, profitant de cette préoccupation sanguinaire, se håte de lui arracher les entrailles à lui-même, et de s'en repaître avec avidité.

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