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une atrophie cérébrale qui coïncide pour l'ordinaire avec un épaississement remarquable des os du crâne. Chez beaucoup d'autres, on n'observe aucune trace de lésion dans l'encéphale, mais on rencontre des dégénérescences du foie ou de la rate , des tumeurs squirrheuses à l'estomac, des ulcérations nombreuses dans les intestins, des varices au mésentère, enfin un développement anormal du plexus solaire et des plexus secondaires qui sont sous sa dépendance. Sur 742 femmes aliénées, Esquirol a constaté

que

72 avaient perdu la raison à la suite de couches. La folie , dans ce cas, n'est point idiopathique, mais bien certainement symptomatique, et presque toujours elle est due à une névrose utérocérébrale produite par la surexcitation du système nerveux utérin, laquelle va retentir avec trop de violence sur l'encéphale. Et la preuve que le point de départ de la maladie est dans l'utérus, c'est que, de toutes les espèces d'aliénations mentales , celle-ci est sans contredit la plus facile à guérir, lorsqu'on a soin de diriger plus spécialement le traitement sur cet organe que sur le cerveau. On sait encore que les goûts bizarres, l'irascibilité de caractère, les peurs excessives et l'aliénation que l'on observe chez les femmes enceintes, disparaissent le plus souvent après l'accouchement. Or, les passions, ou besoins déréglés , n'étant , en dernier résultat , que de simples degrés de folie, le raisonnement seul eût dû faire pressentir que leur siége pouvait également varier Conclúons donc:1"

que les passions sont répandues dans tout l'organisme ; 2° que leur siége phy

sique réside dans les conducteurs de la sensibilité, par conséquent dans l'ensemble du système nerveux, puisque l'arbre cérébro - spinal et le tris.. planchnique s'enlacent, s'anastomosent, sympathisent, à l'aide de nombreux filets qui en forment une sorte de chaine électrique; 3o enfin , que la commotion produite par les passions va retentir de préférence sur les appareils prédominants, ou sur les organes qui se trouvent dans un état morbide. - Le bon et modeste Andrieux me disait un jour : « J'ai traité dans ma vie un grand nombre de sujets en prose et en vers : eh bien ! les mieux écrits ont toujours été ceux que j'ai composés en travaillant d'ici (il me montrait son épigastre); tout ce qui venait de la tête était peut-être plus correct, mais un peu trop froid. Pourriez-vous, monsieur le médecin, me donner la raison physiologique de cette différence? — C'est, lui répondis - je d'abord, que les grandes pensées viennent du cour. Fort bien , reprit-il vivement. Vauvenargues s'était sans doute rappelé le passage de Quintilien : Pectus est quod disertos facit. Mais pourquoi est-ce plutôt le cæur que le cerveau qui rend éloquent? - Je ne crois pas, répliquai-je, que le cœur seul fasse l'homme éloquent; aussi Quintilien ajoute-t-il: el vis mentis, que vous oubliez de citer, mon cher maitre. Sans doute, aucun mouvement pathétique ne saurait être bien rendu sans que le cœur soit plus ou moins ému; mais d'où vient primitivement cette émotion ? Du cerveau, siége de cette brillante faculté intellectuelle qui consiste à créer des images, qui vont aussitôt se reproduire sur les entrailles. Dans cette espèce

de courant électro-magnétique, l'organe central de la circulation, le cæur, réagit à son tour sur le cerveau, et alors l'expression de la pensée jaillit plus facile, plus colorée, plus vraie, parce qu'elle est toute empreinte du sentiment, de la passion réelle ou factice sous l'influence de laquelle on écrit. Ainsi, matériellement parlant, quand on travaille du cerveau, on est plus calme, plus clair, on raisonne; quand on travaille des entrailles, on est plus ému, plus passionné, on sent (1). Dans le premier cas, on amène la conviction dans les esprits; dans le second, on produit plutôt l'entraînement. Le bon écrivain, l’habile orateur, est celui qui sait à la fois convaincre et entraîner : Pectus est quod disertos facit, et vis mentis. En résumé: au cerveau l'intelligence; au cœur le sentiment; à tous deux la véritable et solide éloquence. »

(1) Après un travail excessif, les mathématiciens ont ordinairement la tête chaude et pesante ; les littérateurs éprouvent plutôt un spasme vers la région épigastrique, et ce spasme est d'autant plus prononcé, qu'ils ont mis plus de chaleur dans leur composition. On a aussi remarqué que l'extase, et tous les cas d'exaltation intellectuelle caractérisés par une éloquence au-dessus des moyens habituels d'un individu, tiennent presque toujours à un spasme des organes génitaux, dont l'irritation influence vivement l'encéphale. J'ai guéri, il y a quelques années, une catalepsie extatique qui dépendait de la même cause.

CHAPITRE IV.

CAUSES DES PASSIONS.

Influence des différents Ages, - des Sexes, des Climats,

de la Température et des Saisons,- de la Nourriture, de l'Hérédité et de l'Allaitement,--des Tempéraments ou Constitutions, — des Maladies, – de la Menstruation et de la Grossesse, - de la Position sociale et des Professions, --de l'Education, de l'Habitude et de l'Exemple,- du Grand monde, de la Solitude et de la Vie champêtre,- de l'Irréligion ,-des Spectacles et des Romans,- des différentes formes de Gouvernement, de l'Imagination.

C'est d'abord dans la constitution béréditaire de

chaque individu , puis dans l'atmosphère physique et morale dont il est environné, qu'il faut chercher les causes de ses passions.

Un volume entier ne suffirait pas pour traiter des causes nombreuses qui favorisent ou qui déterminent le développement des passions (1) : je me bornerai donc à jeter un simple coup d'oeil sur les principales. Cette étude, aussi curieuse

que

. licate, fera voir comment l'organisation et le caractère de l'homme sont modifiés par la double atmosphère physique et morale dont il est environné. Mais, avant d'entrer en matière, il est à

propos de

(1) Les causes des passions sont, comme celles des maladies, prédisposantes ou déterminantes, avec changement de rôles, c'està-dire que les prédisposantes peuvent devenir déterminantes , ot vice versa.

faire remarquer que ces diverses causes n'agissent jamais d'une manière tout à fait isolée, et qù’ainsi il faut bien se garder d'attribuer exclusivement à chacune d'elles l'influence composée qu'a dû exercer leur résultante.

Influence des différents Ages.

Le temps, qui change tout, change aussi pos humeurs ;
Chaque åge a ses plaisirs, son esprit

ses meurs,

a dit Boileau, d'après Horace et la plupart des anciens moralistes. Quatre passions dominantes semblent, en effet, se partager la vie de l'homme : la gourmandise dans l'enfance, l'amour dans la jeunesse, l'ambition dans l'âge mûr, et l'avaricé dans la vieillesse. Cherchons les raisons physiologiques de ceś diverses prédispositions. Le Créateur, dans sa prévoyance, a voulu que

l'instinct de conservation veillât principalement à favoriser le développement physique de l'enfant nouveau-né : aussi l'existence de cet étre délicat n'est guère qu'une vie végétative partagée entre la nutrition et le sommeil. Chez lui, les digestions sont rapides, et les sécrétions abondantes : de là le besoin fréquent de réparer des forces si vite épuisées, de là le retour fréquent de l'appétit: son estomac ne saurait donc rester inactif, et, pour peu qu'on le laisse påtir, des cris d'impatience réclament impérieusement l'aliment qui lui est nécessaire. Bientôt les objets environnants viennent éveiller la mobile attention de l'enfant : au milieu de ses impressions

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