Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

aussi rapides que tumultueuses, il étend ses petites mains, il veut tout saisir et tout porter à sa bouche, comme plus tard il voudra tout briser. Vers la fin de la première année, c'est encore le besoin d'alimentation qui excite en lui les accès de jalousie auxquels il se livre plus fréquemment qu'on ne le pense; c'est surtout quand sa nourrice lui retire le sein pour le donner à un autre enfant, qu'on voit ses traits se contracter, et ses bras débiles chercher à écarter cet importun rival qui vient lui disputer la source où il puise la vie. Cependant, de cinq à sept ans, la jalousie peut provenir autant du besoin d'affection que de celui de nutrition, et, à cet åge, il n'est pas rare de voir cette passion marcher sourdement, et présenter, dès son début, un caractère chronique : alors les petits malheureux qui en sont atteints deviennent tristes et moroses; leur appétit se perd; ils recherchent les lieux retirés et obscurs; ils fuient les jeux et les amusements de leur åge. En même temps la fraîcheur de leur teint disparaît; leur peau s'étiole; ils tombent dans le marasme, et, comme nous le verrons ailleurs, une mort lente vient souvent terminer cette sombre mélancolie, dont la cause a échappé à la sollicitude des parents eux-mêmes.

La colère et la peur, ressources des êtres faibles, s'observent aussi très-fréquemment chez les enfants; mais, encore une fois, leur passion la plus forte est la gourmandise, mobile

que,

du reste, on emploie sans aucun discernement pour diriger leurs moindres actions.

A cette première période de la vie, où prédomine

le système nerveux ganglionaire, succède l'adolescence, époque de transition qui nous conduit à la jeunesse. Cette saison de turgescence, pendant laquelle toutes les fonctions s'accomplissent avec un surcroît d'activité, se signale habituellement par l'affluence des passions excentriques, et surtout de l'amour. Le jeune homme, en effet, s'enivre avec fureur de tous les plaisirs, comme s'il avait håte d'en tarir la source; rien ne semble impossible à son ardeur, à sa témérité : les grandes entreprises flattent ses espérances; son courage s’aiguise par les obsta cles, et, au milieu du péril, on le voit courir à la mort, qu'il affronte avec une fougueuse et insouciante intrépidité. Vaniteux et colère , il se révolte contre la censure; la moindre offense est à ses yeux une insulte grave; sévère, mais seulement pour les défauts d'autrui, insolent avec ses antagonistes, plein surtout de son petit savoir, il tranche d'un ton affirmatif les questions les plus ardues. D'un autre côté, rempli de générosité et de désintéressement, rarement il consulte ses intérêts pécuniaires , rarement aussi il a recours à la ruse, et, s'il se porte à quelque acte que sa conscience condamne, il en éprouve bientôt un vif regret. Personne ne se montre plus sensible

que

lui au malheur de ses semblables : il embrasse la querelle de l'opprimé, et se révolte facilement contre le pouvoir qu'il juge tyrannique; toutefois, grand partisan de l'égalité, il ne paraît guère aimer que l'égalité avec ses supérieurs. Mais, de tous ses besoins physiques et moraux, le plus actif, le plus impérieux est, sans contredit, l'amour, qui chez lui tend sans cesse à déborder, de même que

l'appareil sanguin qui prédomine dans sa volcanique organisation.

Lorsque la fougue de la jeunesse , en dépensant le trop plein de la vie , a ramené la sensibilité à de justes proportions , l'on voit ordinairement arriver la prudence , comme le calme après la tempête. A cette époque d'équilibre et de maturité, les transports de l'amour sont remplacés par les délices de l'amitié; la folle prodigalité disparaît pour faire place au froid calcul : on n'obéit plus aux premières impulsions de son caur ; on réfléchit, on évite les fausses démarches , on mûrit ses desseins, on consulte ayant tout son avantage et celui d'une famille qu'il faudra bientôt établir convenablement. C'est alors que l'homme devient ambitieux: il court après la fortune, les places, les honneurs, et, pour y arriver, il ne dédaigne plus d'employer la ruse et l'intrigue. Pendant l'âge mûr, ses habitudes commencent aussi à devenir plus sédentaires; il se délasse des soucis de l'ambition par les plaisirs de la table; placé enfin entre le jeune homme et le vieillard, il blâme les prodigalités de l'un, et méprise la parcimonie de l'autre.

Cependant la froide vieillesse amène la détérioration de nos organes par l'atrophie et la solidification de nos tissus. Dans cette triste saison, dans cet hiver de la vie, les fonctions languissantes conservent à peine les forces nécessaires pour s'exercer; tous les rouages de la machine se détraquent successivement ; les sensations deviennent obtuses : l'ouïe, surtout, et la vue, éprouvent une perversion qui suffit pour rendre le vieillard morose et soupçon

neux. Par un effet dû encore à l'instinct de conservation , l'infortuné, à mesure qu'il se sent dépérir, s'attache de plus en plus à la faible existence qui lui reste. Mais alors, comme les enfants et les malades, il devient égoiste; il concentre en lui presque toutes ses affections. Ce n'est pas qu'il soit tout à fait indifférent aux malheurs d'autrui ; mais, par un prompt et involontaire retour sur lui-même, il les regarde comme une portion de ceux qui l'attendent encore , ou bien il s'empresse de les mettre en comparaison avec les siens, qu'il trouve beaucoup plus insupportables. Enfin, triste, souffrant, inquiet de son avenir, dominé principalement par la circonspection, il épargne , il amasse, souvent même aux dépens de ses premiers besoins, pour un temps éloigné qu'il ne verra probablement pas (1).

(1) A l'appui de ces considérations générales, voici quelques documents statistiques relatifs au nombre et à la nature des erimes produits par les différents åges.

Sur 7,462 accusés, traduits pendant l'année 1841 devant nos cours d'assises, 50 étaient ågés de plus de soixante et dix ans; 183, de soixante à soixante et dix ; 401, de cinquante à soixante; 1,142, de quarante à cinquante; 1,863, de trente à quarante ; 1,265, de vingt-cinq à trepte; 1,195, de vingt et un à vingt-cinq; 1,294, de seize à vingt et un ans; 69 enfin n'avaient pas encore atteint leur seizième année : 5 de ces derniers comptaient de dix à douze ans; 13, de douze à quatorze ; 17 étaient dans leur quinzième , et 34 dans leur seizième année.

49 des accusés àgés de moins de seize ans étaient poursuivis pour des vols qualifiés ; 10, pour des incendies ; les 10 autres, pour des crimes contre les personnes.

Sur un nombre moyen de 100 hommes accusés, 19 étaient âgés de moins de vingt et un ans; sur 100 femmes, 15 seulement n'avaient pas atteint cet åge. Le nombre proportionnel des accusés

Influence des Sexes.

Quoique l'homme et la femme diffèrent autant au moral qu'au physique , cette différence n'est guère sensible pendant les dix premières années

ågés de plus de cinquante ans est le même pour les deux sexes. Il est de 8 sur 100 pour les hommes comme pour les femmes.

La proportion des accusés àgés de moins de vingt et un ans est de 18 sur 100, pour tous les accusés indistinctement; cette proportion est de 20 sur 100 pour les accusés de crimes contre les propriécés considérés isolément; pour les accusés de crimes contre les personnes, elle n'est que de 15 sur 100. Un fait digne de remarque,

c'est
que

les crimes contre les personnes sont proportionnellement plus fréquents parmi les accusés d'un åge avancé que parmi les jeunes gens; ainsi, sur 100 accusés ågés de plus de cinquante ans, 39 étaient poursuivis pour des crimes contre les personnes, et 61 pour des crimes contre les propriétés. Sur 100 accusés ågés de moins de vingt et un ans, on compte 26 accusés de crimes contre les personnes et 74 accusés de crimes contre les propriétés.

C'est parmi les accusés de faux témoignage, de viol et d'attentat à la pudeur sur des enfants, qu'il existe , proportion gardée, le plus grand nombre d'accusés d'un åge avancé.

La proportion des accusés mineurs de vingt et un ans, qui est de 18 sur 100 pour tout le royaume, s'élève à 32 sur 100 dans le Loiret, à 0,28 dans les départements de la Seine et du Var, à 0,27 dans celui de Vaucluse, à 0,26 dans la Haute-Garonne et dans Illeet-Vilaine, à 0,25 dans la Marne.

C'est aussi dans ces départements que le nombre proportionnel des accusés ågés de plus de cinquante ans est le moins élevé. Ce nombre, qui est de 8 sur 100, pour tout le royaume, n'est que

de 0,04 dans les départements de la Seine, d'Ille-et-Vilaine, de la Haute-Garonne et de la Marne.

Sur les 2,814 suicides constatés pendant cette même année, 148 suicidés étaient mineurs de vingt et un ans, 192 avaient de soixante et dix à quatre-vingts ans, et 49 étaient octogénaires. Parmi les mi

« PreviousContinue »