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lières, peu abondantes, et souvent supprimées par les frayeurs continuelles qu'elle éprouvait. Bien que sa constitution fùt forte et sanguine, Virginie ne tarda pas à être affectée d'engorgements glanduleux qui abcédèrent d'abord aux poignets, ensuite au cou. De dix-neuf à vingt-quatre ans, d'autres tumeurs apparurent à l'aisselle et à l'aide gauches ; enfin, un trajet fistuleux, situé un peu au-dessus de l'aine droite, s'établit au milieu des téguments labourés de cicatrices, et donnait écoulement à un pusc lair, brunâtre, exhalant parfois une odeur ammoniacale des plus prononcées.

Telle était la triste position de Virginie lorsqu'elle réclama mes conseils. L'ayant d'abord questionnée sur les causes qui avaient amené cette infirmité, elle m'avoua qu'il ne se passait guère de jour sans qu'elle éprouvåt des accès de frayeur qui lui retournaient les entrailles, et la laissaient glacée même au milieu de la plus grande chaleur : le

pas

d'une personne qui montait son escalier, un coup de vent, un meuble qui craquait pendant la nuit, suffisait pour la jeter dans cet état. Lorsque je venais la visiter, bien que je frappasse à sa porte avec la plus grande précaution, elle était saisie d'un tel émoi, que je devais attendre plusieurs minutes avant de pouvoir juger de l'état de son pouls. On conçoit combien des émotions si souvent répétées ont pu altérer sa complexion , et l'amener à une diathèse scrofuleuse des plus caractérisées, quoique ses parents fussent sains, qu'elle eût été élevée à la campagne, et qu'elle eût toujours conservé une purelé de mæurs exemplaire.

Dès que j'eus reconnu chez cette malade l'existence d'une fistule stercorale abdominale, je la soumis à un traitement approprié à sa position, je m'attachai surtout à remonter son moral, je l'accoutumai

peu

à

peu à l'idée d'une opération qui seule pouvait la débarrasser de sa désagréable affection, et, lorsqu'elle fut entièrement décidée à la subir, je la mis entre les mains de mon habile confrère le docteur Pinel-Grandchamp. Virginie, soutenue par sa vive piété, supporta sans proférer de plaintes une opération aussi délicate

que

douloureuse. Enfin, une cicatrice de bonne nature, obtenue à l'aide de la suture entortillée, paraissait offrir les plus grandes chances de guérison, lorsqu'un violent orage ayant éclaté le quatrième jour de l'opération, je ne fus pas peu surpris de voir les téguments divisés aussi nettement qu'on aurait pu le faire avec un rasoir : la malade avait éprouvé une vive frayeur pendant un violent coup de tonnerre! Elle est entrée depuis à l'hôpital Cochin, dans le service de M. Michon, qui , plus tard , lui a fait obtenir son admission à la Salpêtrière, comme incurable.

IV. Frayeur suivie d'hémiplegie et de la mort. (Observation

recueillie par feu le docteur Bourgeois. )

« C'est, comme on sait , un usage à peu près général en Allemagne, d'avoir, dans les cimetières et sous la garde du sacristain , des salles d'attente où l'on dépose les morts, un cordon de sonnette dans la main, pendant les vingt-quatre heures qui précèdent l'inhumation. Il existait à Mayence , pendant

l'occupation française, un de ces dépôts dans lequel il advint qu'on plaça, disposé selon la coutume, un militaire mort hydropique. Quelques heures après, au milieu de la nuit, le gardien , qui était couché dans une pièce attenante, fut tout à coup réveillé par une violente secousse de la sonnette mortuaire; épouvanté, il s'était brusquement dressé sur son lit, lorsqu'un nouveau coup de sonnette retentit à ses oreilles. Atterré alors et saisi d'effroi, il veut se lever, s'enfuir : ses jambes fléchissent sous lui; appeler, et la voix lui manque; il lombe enfin sans connaissance. Cependant, attirées par le bruit de l'étage supérieur, sa femme et sa famille appellent au plus tôt un médecin. A l'arrivée de celui-ci (M. le docteur Bécaur, aujourd'hui chirurgien en chef de l'école de cavalerie de Saumur), il avait repris ses sens, mais il avait perdu la faculté de se mouvoir et d'articuler aucun son : il était frappé d'hémiplegie. Les yeux égarés et fixés sur la porte d'entrée de la salle des morts, il indiquait celle-ci par un mouvement de tête. On y pénétra, et on trouva que, comme il arrive assez souvent, l'hydropique s'était ce qu'on appelle vidé; l'affaissement survenu tout à coup avait entraîné, dans une double secousse ; ses mains croisées sur le ventre, et à l'une desquelles était attaché le cordon de la fatale sonnette. Toutes ces circonstances rendaient, sans doute, suffisamment compte de ce qui venait de se passer : l'explication en fut donnée au malade, qui la conçut et en fut complétement rassuré. Mais le coup porté était irréparable; la paralysie persista , et la mort survint quelques semaines après. »

CHAPITRE V.

DE LA PARESSE.

La pauvreté est compagne de la paresse ; l'aisance est le fruit de l'activité.

Proverb., 1, 1.

Définition et synonymie.

On donnait autrefois le nom de parésie à une paralysie légère, dans laquelle la privation du mouvement ne se trouve pas accompagnée de celle du sentiment. Du mot grec ripecks, relâchement, affaiblissement, nous avons formé notre substantif paresse, qui correspond à celui de pigritia des Latins.

La paresse peut être définie : un penchant habituel à rester dans l'inaction et à s'y complaire. Selon Girard , « la paresse est un vice moindre que

la fainéantise; elle semble prendre sa source dans le lempérament, et la fainéantise, dans le caractère de l'àme. » D'après le même grammairien , « la paresse s'applique à l'action de l'esprit comme à celle du corps; la fainéantise ne convient qu'à cette dernière sorte d'action. — Le paresseux craint la peine et la fatigue : il est lent dans ses opérations, et fait trainer l'ouvrage. Le fainéant aime à être désouvré, il hait l'occupation, et fuit le travail. »

La nonchalance, l'indolence et la fainéantise ne sont, selon moi, que trois espèces du genre PARESSE,

dont l'habitude constitue le paresseur. Par une disposition souvent involontaire, le nonchalant ne se remue qu'avec mollesse et lenteur; l'indolent n'agit qu'avec indifférence, tandis que le fainéant montre un éloignement prononcé pour le travail du corps aussi bien que pour celui de l'esprit; on l'a vu se consoler de sa fin prochaine par la seule idée que bientôt il n'aurait plus rien à faire.

On peut dire d'une manière générale qu'on est nonchalant par défaut de forces, indolent par

defaut d'énergie, et fainéant par défaut de forces physiques et morales.

Le desæuvrement, état des gens qui n'ont rien à faire; l'inaction, état des gens qui ne font rien, et l'oisiveté, abus du Joisir, état des gens qui consument le temps dans des frivolités : voilà trois fléaux non moins dangereux pour les sociétés que

la

paresse elle-même, avec laquelle on les a quelquefois confondus.

«De tous nos défauts, dit La Rochefoucauld, celui dont nous demeurons le plus aisément d'accord (1), c'est la paresse : nous nous persuadons qu'elle tient à toutes les vertus paisibles, et que, sans détruire entièrement les autres, elle en suspend seulement les fonctions; mais , ajoute l'auteur des Maximes morales, si nous considérons attentivement son influence, nous verrons qu'en toute occa

(1) « Comment! fort, jeune et bien portant comme vous éles, ne rougissez-vous point de ne pas gagner votre vie plus honnèremeni, disait un jour Saint-Lambert à un mendiant

Jb! 109sieur, lui répondit maïvement celui-ci, si vous savez combien je suis paresseux ! »

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