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Ayant, en effet, quitté sa place, elle alla dans le voisinage habiter un logement où elle passait toutes ses journées dans le lit, ou dans la plus complète inaction. Au bout de six mois, elle sortit de cet état aussi subitement qu'elle y était tombée, et revint chez ses maîtres , qui, comme précédemment, n'eurent que des éloges à donner à sa conduite et à son activité. Un an après, étant retombée dans la même apathie, elle renonça pour toujours à servir, et se réunit à son mari, homme doux et laborieux, qui la laissa vivre dans le repos le plus absolu. Pendant cette seconde crise, elle éprouva vers le cervelet une douleur, tantôt légère, tantôt assez vive, et qui descendait jusqu'à la seconde ou troisième vertèbre lombaire; elle conservait la liberté entière de ses mouvements, mais sa volonté lui paraissait en quelque sorte paralysée. Ce second engourdissement dura à peu près six mois, comme le premier; puis, pendant quelques années, madame G... reprit toutes ses habitudes de travail. Mais en 1827 survint une troisième crise, beaucoup plus longue et plus douloureuse que les deux autres. Appelé auprès d'elle à cette époque, j'ai souvent été témoin des combats

que lui Jivraient tour à tour l'impérieuse loi du besoin et la singulière paresse qui la dominait. « Voyez, me disait-elle en pleurant, mon mari va rentrer, eh bien! le pauvre homme ne trouvera rien pour son diner; je ne peux pas me décider à allumer du feu. Tous nos vêtements sont en lambeaux, et je n'ai pas le courage de les raccommoder. Voilà six mois que je n'ai peigné mes enfants; depuis la même époque je n'ai pas mème changé de chemise. Mon Dieu, que

je suis donc malheureuse ! » Et ses larmes redoublaient.

La périodicité du mal, l'absence habituelle de fièvre, la douleur permanente que la malade éprou vait vers la nuque, me firent présumer que cet état pouvait dépendre d'une affection peu profonde du cervelet et de la moelle épinière. En conséquence, je promenai quelques vésicatoires volants le long de la colonne vertébrale; jy fis pratiquer des frictions, tantôt avec le liniment ammoniacal camphré, tantôt avec le baume nerval. Je conseillai encore, tous les deux jours, une douche ou un grand bain

presque
froid. Ces

moyens,

continues pendant deux mois, n'avaient réussi qu'à diminuer la douleur de la nuque; lorsque la malade, ayant été magnétisée cinq ou six fois à grandes passes , éprouva tout à coup, je ne dirai pas une amélioration, mais une guérison complète. Reprenant aussitôt ses habitudes d'ordre et de propreté, elle se mit au travail avec d'autant plus de bonheur qu'elle l'aimait naturellement, et qu'elle n'avait pu s'y livrer depuis quinze mois.

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Le libertinage peut être défini : l'abus des organes génitaux dans leur exercice naturel, et la perversion de leur usage normal en un usage contre natyre. Par abus, on doit entendre non-seulement les excès nuisibles à la santé, mais tout rapport sexuel en dehors du mariage, ou qui, dans cet état, tendrait à éviter la propagation de l'espèce,

La perversion, dont les formes principales sont; l'onanisme, la pederastie ou sodomie, et la bestialité, ne saurait avoir un but capable de la justifier, l'acte étant de sa nature essentiellement vicieux.

La prostitution, proprement dite, se distingue des autres espèces de débauches en ce que, placée sous la surveillance immédiate de la police , la femme

(1) J'aurais désiré rejeter à la fin de ce volume, et sous la forme d'une simple note, la passion du libertinage, dont la place naturelle est à côté de l'article consacré à l'amour: il me semblait qu'il est de ces détails utiles mais repoussapis, sur lesquels il faut passer avec rapidité, et qu'on doit, autant que possible, meltre à l'écart. Des personnes graves, dont je respecte autant l'autorité que le goùl, ayant été d'un avis contraire au mien, je me suis décidé à terminer les passions unimales par le LIBERTINAGE, et à commencer les passions sociales par l'article AMOUR.

qui s'y livre entre dans une maison de tolérance tenue par une maîtresse, pour y exercer son état infâme, suivant des règlements qu'elle ne doit pas enfreindre.

A un étage un peu moins bas se rencontrent: la femme entretenue, qui se vend ; la femme galante, qui se donne, et la grisetle, qui se passionne, se donne et se vend.

Puis vient le libertin, qui s'amuse un instant de ces malheureuses, et les quitte avec mépris quand sa passion brutale est satisfaite, ou que son caprice est passé.

Quant aux habitudes solitaires, dont Onan n'est pas l'inventeur', elles ont reçu tour à tour le nom d'onanisme, de cheiromanie, de masturbation, enfin celui de mastupration ( manustupratio), auquel on aurait dû donner la préférence, parce qu'il dépeint ce yice et le flétrit tout à la fois,

Le monde commence à peine que Dieu est tenté de le détruire pour arrêter la corruption générale. Après le déluge , les hommes ne font que la répandre en se dispersant; le peuple choisi, lui-même, se livre sans frein au libertinage. En vain le feu du ciel descend sur Sodome et sur Gomorrhe; en vain la colère du Seigneur éclate par de nouveaux châtiments : l'impudicité ne cesse pas ses ravages, et Moloch est toujours adoré. L'Orient, devenu un foyer de corruption, infeste bientôt le reste du monde: Athènes, comme Babylone, élève des autels au phallus, à Priape; Solon encourage la prostitution, qui, plus tard, est mise sous la

pro tection des dieux. La sodomie se répand dans

toute la Grèce; les écoles des philosophes deviennent des maisons de débauche, et les grands exemples d'amitié légués par le paganisme ne sont, pour la plupart, qu'une infâme turpitude voilée sous une sainte apparence. A Rome, les chefs de l'empire, rassasies des plaisirs ordinaires, ont recours aux moyens les plus vils pour assouvir leur brutalité; le peuple imite leur exemple, et le monde ancien n'est plus qu'un temple de luxure. Avec de pareils éléments de dissolution, que serait devenu le genre humain, si le christianisme n'eût pas arrêté cet effroyable débordement, en commandant le respect et l'admiration par les prodiges de la chasteté (1)!

Causes du libertinage en général. L'homme porte en lui-même la première cause de ses désordres : sa liberté, la force de son imagination , son impressionnabilité, en font un être éminemment enclin aux pensées charnelles, et le distinguent des animaux, qui ne se livrent guère à des écarts contre nature que dans l'état de domesticité. Les causes du libertinage naissent, pour les sociétés,

(1) « Une science toute matérielle est venue dire aux hommes que cette chasteté volontaire était un crime contre la société, parce qu'elle ravissait trop de citoyens à l'État. En vain des vierges innombrables, anges d'innocence et de bonté, avaient consolé les pauvres et formé l'enfance à la vie chrétienne; en vain des légions d'apôtres vierges avaient donné aux peuples catholiques des senti. ments nouveaux de paix et de charité, et fait germer dans leur sein des verlus inconnues : une philosophie impure est venue proclamer qu'il fallait rompre pour des liens moins parfaits les liens sacrés, source de tant de bienfaits; et, aujourd'hui, elle a dit à des ètres qu'elle a affranchis de toutes lois morales, enivrés de sensations grossières, entassés dans un même lieu sans distinction de

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