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gard, dans une immobilité presque convulsive. Dans les établissements publics, il est indispensable que les dortoirs soient éclairés pendant la nuit, que les lits soient suffisamment écartés , et qu'un veilleur se promène constamment, comme cela se pratique dans quelques colléges et dans la maison modèle de SaintNicolas , dirigée par M. de Bervenger.

Si la surveillance, les conseils et le régime ne parviennent pas à guérir les masturbateurs , si l'on a affaire à des enfants ou à des aliénés, il faut avoir recours aux ingénieux bandages de Lafont et de Valérius , qui mettent les individus dans l'impossibilité d'abuser d'eux-mêmes. Quand les parents sont hors d'état de se procurer ces moyens de contrainte, malheureusement encore trop dispendieux, j'emploie avec succès une forte camisole de coutil, dont les manches réunies ne laissent pas d'issue aux mains, et sont d'ailleurs retenues à une hauteur convenable par un mouchoir noué derrière le cou. Je conseille en même temps l'application d'une éponge imbibée d'oxycrat, et un verre d'émulsion ou d'orgeat, matin et soir.

Souvent la passion, plus forte ou plus rusée, parvient à échapper aux entraves qu'on lui oppose ; mais, contrairement à l'opinion générale, j'ai vu un assez grand nombre d'enfants et d'adultes des deux sexes tout à fait corrigés à l'aide de ce traitement continué pendant une année entière. Il faut dire que presque tous étaient en même temps dirigés par d'habiles confesseurs, qui , saisissant les plus petites interruptions pour encourager leurs pénitents, redoublaient de conseils affectueux après

chaque rechute , et se montraient aussi patients à attendre la guérison que l'habitude est longue å céder.

On ne saurait du reste trop prévenir les jeunes ecclésiastiques que les pensées, les désirs, et même les actes impudiques, ne dépendent pas toujours de la dépravation de l'esprit; qu'ils ont souvent lieu malgré les efforts de la volonté, comme cela se voit dans certaines irritations du cervelet et de la moelle épinière, ainsi que dans les affections dartreuses ou érysipélateuses des organes sexuels. C'est dans le but de guérir ou de prévenir ces dernières affections, assez communes chez les petites filles, que je conseille aux maitresses d'ouvroirs de faire travailler debout les enfants toutes les heures, seulement pendant quatre ou cinq minutes.

Le libertinage est-il provoqué par une irritation du cervelet, ce que l'on reconnait à la pesanteur et à la chaleur permanentes de la région occipitale, on conseillera de porter les cheveux très-courts, rester nuit et jour la tête nue, de se servir d'un oreiller de balles d'avoine. Si ces moyens sont insuffisants, on pourra prescrire des applications de glace à la nuque et une saignée du pied, bien préférable dans ce cas à celle du bras ou aux sangsues. On évitera surtout chez ces malades de panser les sétons ou les vésicatoires avec de la pommade aux cantharides, qui ne ferait qu'augmenter l'éréthisme des organes génitaux.

Des frictions sèches ou narcotiques , pratiquées de chaque côté de la colonne vertébrale, des affusions froides, la saignée générale ou locale, dissipe

de

ront aussi les désirs érotiques dépendant d'une irritation de la moelle épinière. Dans les deux cas , il faut, autant que possible , éviter de coucher sur le dos, et dans un lit trop moelleux, attendu que la concentration de la chaleur sur la région dorsale tiendrait les organes sexuels dans un état permanent d'excitation. Cette dernière recommandation s'adresse encore aux personnes qui éprouvent des pollutions nocturnes involontaires, et qui feront bien de ne se mettre au lit que quatre ou cinq heures après leur dernier repas.

. On s'attachera à combattre par un traitement antiphlogistique approprié la vaginite érysipélateuse, si commune chez les ouvrières qui sont forcées de rester assises une grande partie de la journée.

Un régime suivi avec exactitude pendant plusieurs mois fera presque toujours disparaître l'inflammation dartreuse qui affecte assez fréquemment les organes sexuels, et qui rend surtout tant de pauvres femmes bien plus malheureuses que coupables. On commencera par appliquer sur chaque bras un vésicatoire ammoniacal qu'on y laissera jusqu'à formation de vésicule, puis on entretiendra la suppuration avec de l'écorce de garou. On donnera en même temps tous les jours un ou deux grands bains frais à l'eau de son ou d'épinards. On prescrira à l'intérieur une tisane de petit-lait et de réglisse , dans laquelle on ajoutera parties égales de suc de fumeterre. Des lavements composés de la même manière devront être conseillés de préférence aux injections, qui ne sont pas tonjours sans inconvé

nient, de méme que les bains de siége, pour peu qu'ils soient chauds.

Quant au satyriasis et à la nymphomanie, dépendant ou compliqués d'une affection syphilitique, ils exigent l'emploi des antiphlogistiques, associés aux antispasmodiques, et quelquefois aux mercuriaux.

Tels sont les principaux moyens mis en usage par la médecine pour combattre les différentes formes du libertinage, soit qu'il dépende d'une dépravation volontaire, soit qu'il tienne à la prédominance cerébro-génitale, ou à un état maladif de l'organisme.

Si nous passons aux mesures préventives et répressives employées par le législateur, nous trouvons bien quelques sages dispositions relatives aux filles isolées, aux maisons de tolérance, aux cabarets, aux bals, aux masques, aux théâtres, à l'imprimerie et à la gravure; mais elles sont si mal observées, que l'on peut les regarder en partie comme non avenues. D'un autre côté, en ne punissant le libertinage que lorsqu'il est patent, c'est-à-dire lorsqu'il blesse la morale publique, et constitue les délits prévus par les articles 330-340 du Code pénal (1), l'autorité se trouve sévir contre une passion dont elle a, en quelque sorte, favorisé le développement, en ne montrant pas assez de sévérité contre la funeste contagion de l'exemple.

(1) Voir le texte de ces articles à la fin du volume, note M.

PASSIONS SOCIALES.

CHAPITRE VII.

DE L'AMOUR.

L'amour n'est pas unc seule passion : il éveille et réunit toutes les autres.

Madame de Souza.

Définition et synonymie.

Dans son acception la plus étendue , l'amour est ce charme irrésistible qui attire tous les êtres, cette affinité secrète qui les unit, cette étincelle céleste qui les perpétue: en ce sens, tout est amour dans la création.

Considéré sous le rapport moral, c'est un penchant de l'âme vers le vrai, le beau, le bien.

Sous le point de vue religieux, Dieu est amour, et l'amour est toute sa loi. Ainsi, amour de Dieu, souverain bien et créateur de toutes choses; amour des hommes, ses plus nobles créatures, telle est, en résumé, la théorie chrétienne de l'amour.

De l'amour de Dieu, qui est l'amour dans toute sa plénitude , dérive la loi harmonique de l'amour des hommes, qui comprend successivenent la fa

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