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6° d'assimiler les délits qu'ils commettraient en duel à ceux que punissent les lois civiles criminelles ; 7° enfin d'infliger irrévocablement la peine de mort à ceux qui l'auraient donnée, au mépris des lois , de leur serment et de l'honnenr.

Tableau statistique des Duels portés a la connaissance du

ministère public en France, pendant l'espace de 8 années (1827-1834).

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A partir de 1835, les Comptes généraux de la justice criminelle n'ont plus donné le chiffre exact des duels , qui, du reste, sont maintenant classés parmi les assassinats (1).

(1) Le Compte général de 1841 ne signale que 6 affaires de duels, comprenant 20 accusés.

CHAPITRE XV.

DE LA NOSTALGIE.

C'est ce désespoir
Que n'ont pu daus l'exil sentir ni concevoie
Tous ces heureux bannis, de qui l'humeur légère
A fait des étrangers sur la terre étrangère;
C'est ce dégoût d'un sol que voudraient fuir nos pas,
C'est ce vague besoin des lieux où l'on n'est pas,
Ce souvenir qui tue; oui, cette fiègre lente
Qui fait rêver le ciel de la patrie absente;
C'est ce mal du pays dont on ne peut guérir,
Dont tous les jours on meurt sans jamais en mourir.

C. DELAVIGNE, Marino Faliero.

Définition et synonymie.

Je ne terminerai pas l'étude des passions sociales sans dire quelques mots d'une affection morale vulgairement connue sous le nom de maladie du pays, et que les médecins ont appelé nostalgie (1), à cause de la tristesse profonde qui en constitue le principal caractère.

La nostalgie, en effet, est un désir mélancolique et impérieux de revoir les lieux où s'est passée notre enfance, et où habitent les objets de notre tendresse. Certains auteurs ont avancé à tort qu'elle était uniquement produite par la différence de l'air atmosphérique et du climat, car elle disparait quelquefois, chez les militaires qui en sont atteints, par le seul espoir d'un congé.

(1) De váozes, relour, et de önyos, cnrui, tristesse,

Quoique cette passion s'observe plus particulièrement dans la jeunesse, elle est assez commune chez les enfants que les nourrices ramènent à la maison paternelle, ainsi que chez le vieillard dont un brusque changement de pays vient rompre les longues et douces habitudes.

On la rencontre beaucoup plus souvent chez les bilieux

que chez les sanguins, et parmi les hommes que parmi les femmes; ce qui tient à la position sociale de ces dernières, et peut-être aussi à la plus grande mobilité de leur caractère.

Les soldats (les fantassins surtout et les marins), les domestiques et les esclaves, en sont atteints bien plus fréquemment que les individus exerçant quelque autre profession que ce soit.

Enfin, on a remarqué que plus les pays sont âpres et sauvages, plus leur image obsède la pensée de celui qui s'en trouve éloigné, et s'y retrace sans cesse sous l'aspect le plus enchanteur. Toutefois, de nombreuses observations attestent que les BasBretons et les Normands qui viennent à Paris pour la première fois sont très-sujets à la nostalgie, tandis qu'elle semble épargner les habitants de la Savoie et de l'Auvergne.

Ce n'est cependant pas toujours l'éloignement du sol natal qui cause cette affection : des adolescents et des jeunes gens sont devenus nostalgiques sans quitter leur

pays,
mais seulement pour

avoir quitté la maison paternelle, où des soins affectueux leur étaient par trop prodigués. D'après ces considérations, ne devrait-on

pas admettre trois espèces de nostalgie, qui, la plupart

du temps, se confondent , il est vrai, mais qui peuvent aussi se développer isolément ? Pour parler le langage des phrénologistes, la première dépendrait de l'habitativité; la seconde , de l'affectionivité ; et la dernière, de l'empire de l'habitude : ce serait la nostalgie par habitudivité.

Symptomes, marche et terminaison. L'individu qui devient nostalgique commence par prendre en aversion sa position présente ainsi que les usages des lieux où il se trouve. Incapable de supporter la moindre contrariété, il fuit toute espèce de réunion, et recherche la solitude , où il peut donner un libre cours à ses pensées rêveuses, d'abord remplies d'une douce mélancolie. Peu à peu la nature habituelle de ses idées s'assombrit : il devient inquiet , insouciant, taciturne; il ne sort guère de l'apathie dans laquelle il est plongé que lorsqu'il croit trouver quelque rapport avec les lieux ou les êtres chéris , uniques objets de ses regrets et de ses væux. A-t-il perdu l'espérance de les revoir, on aperçoit bientôt en lui tous les ravages de la souffrance morale : son regard est sombre, égaré; ses paupières, rouges et tuméfiées , laissent parfois échapper des larmes involontaires ; son teint s'étiole, son appétit se perd; sa respiration est courte, fréquente, entrecoupée de profonds soupirs; il éprouve des lassitudes , des faiblesses spontanées, des douleurs de tête, des palpitations, puis une maigreur générale, accompagnée d'un affaiblissement notable des sens et des facultés intellectuelles.

Enfin les symptômes s'aggravent : la fièvre, qui

n'était d'abord que fugace et irrégulière, devient continue, avec redoublement vers le soir; il y a délire et insomnie; la peau reste constamment sèche et brûlante; les tempes et les orbites se creusent; un marasme effrayant arrive à la suite de la diarrhée colliquative, et ce n'est souvent qu'au moment de rendre le dernier soupir que l'infortuné, retenu jusqu'alors par une fausse honte, dévoile la cause secrète du mal qui le dévorait.

Dans le plus grand nombre des cas, la nostalgie a une marche lente et insensible; d'autres fois elle se développe tout à coup, au son d’un air national, à la vue d'un compatriote, au reçu d'une lettre de famille, ou bien par l'effet de la tristesse, compagne inséparable de toute maladie grave.

On a vu cette affection régner épidémiquement dans les armées (1), et compliquer le scorbut, la dysenterie, la peste, le typhus , dont elle rendait la terminaison encore plus meurtrière; très-rarement elle porte au suicide les infortunés dont elle empoisonne l'existence. On compte toutefois en France, pendant la seule année 1840, vingt-quatre suicides qui peuvent avoir été déterminés par la nostalgie; savoir :

Désir de se soustraire à la loi du recrutement, 5
Dégoût du service militaire..
Chagrin de quitter la France. .....

de quitter un maitre, une maison...

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(1) La nostalgie a surtout sévi d'une manière épidémique sur l'armée du Rhin, au commencement de l'an 11; sur celle des Alpes, pendant les premiers mois de l'an VIII; et sur la grande armée

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