Page images
PDF
EPUB

Harmonie de la Médecine, de la Législation et de la Reli

gion. Nécessité de leur concours dans le traitement des Passions.

Notions préliminaires.

1. L'homme, ce chef-d'oeuvre de la création, est composé d'un corps et d'une âme, unis de telle sorte que

de leur réaction réciproque et harmonique dépend le parfait accomplissement de ses destinées.

2. Comment s'opère celte union de la matière et de l'esprit? Mystère aussi impénétrable que les

grandes lois de la nature : le suprême Architecte s'en est réservé le secret!

3. Qu'est-ce que la nature, le temps, l'éternité, la vie, la mort ? La nature ou univers est l'ensemble des êtres que Dieu a semés dans le temps et dans l'espace. Le temps est la durée de la nature: l'éternité est la durée de Dieu. Par rapport aux destinées de l'homme, la vie, c'est l’union de l'âme et du corps; la mort, c'est leur séparation ; l'éternité, leur réunion.

4. Dès l'enfance l'homme est enclin au mal; ses sens l'entraînent vers la terre, vers des plaisirs ma

(1) Lés propositions que renferme ce résumé ne sont qu'un extrait presque textuel des principales idées émises dans le cours de celle pathologie morale. Je les reproduis ici dans un ordre méthodique,

, pour que le lecteur puisse saisir plus facilement l'ensemble et le but de mon travail.

par des

tériels, par conséquent finis et passagers; son âme, au contraire, l'élève et le fait aspirer au souverain bien, qui peut seul satisfaire l'immensité de ses désirs.

5. Ce désaccord est-il l'ouvrage de Dieu, ou n'annonce-t-il pas plutôt un renversement manifeste du plan primitif de la création ? L'homme n'est donc pas , en général, une intelligence servie organes, mais une intelligence dechue, luttant ici-bas contre des organes.

6. Cette lutte presque continuelle entre les organes et l'intelligence, entre la chair et l'esprit , c'est l'épreuve qu'on appelle la vie.

7. Pour-soutenir ce combat dont la palme est anx cieux, l'homme possède la sensibilité, l'intelligence et la liberté, facultés précieuses qui l'avertissent de ses besoins , lui en font calculer l'importance et recourir aux moyens qui doivent les contenir ou les satisfaire.

8. Ainsi, l'homme est conduit par deux guides, le besoin et la raison : l'un qui le sollicite et le pousse, l'autre qui l'éclaire et le retient.

9. L'enfant et l'animal obéissent immédiatement à la stimulation du besoin ; l'homme complet ne le satisfait qu'après avoir jugé s'il peut et s'il doit le satisfaire. Du reste , le plaisir et la joie, la douleur et la tristesse, viennent bientôt lui apprendre si la satisfaction est permise ou illicite, suffisante ou dépassée : la douleur l'avertit du mal physique, le remords , du mal moral; la douleur, en effet , est le cri plaintif des organes malades, comme le remords est le cri accusateur de la conscience blessée.

10. Tous les besoins de l'homme ont rapport à la conservation et au développement de son corps , de ses relations avec ses semblables et de son intelligence; partant, trois sortes de besoins : des besoins animaux, des besoins sociaux, des besoins intellectuels.

11. Les besoins animaux nous sont communs avec la brute; ils apparaissent les premiers, et prédominent pendant l'enfance de l'homme comme pendant celle des peuples. Les besoins sociaux, plus particulièrement développés chez l'homme que chez les animaux, se montrent en second lieu. Viennent ensuite les besoins intellectuels ou supérieurs, qui sont l'apanage de l'homme, seule créature capable de connaître Dieu, de l’aimer et de le conquérir.

12. Tous nos besoins sont intrinsèquement bons, par cela même que Dieu nous les a donnés ; mais, pour qu'ils restent tels, il faut qu'ils soient satisfaits d'une manière harmonique et dans la limite du devoir; sans quoi, ils dégénèrent en passions.

13. Les passions, toutes essentiellement mauvaises, ne sont autre chose que des besoins déréglés, non moins nuisibles à l'individu qu'à la société, et qui renversent l'hiérarchie divine établie entre l'âme

et le corps.

14. Dans l'ordre providentiel, l'âme est faite pour commander, le corps pour obéir; par l'effet de la passion , l'âme détrônée n'est plus que l'esclave de son propre esclave.

15. Le besoin séparé du devoir conduit au mal; il y a donc nécessité pour l'homme de faire accor

der ses besoins avec ses devoirs, lesquels sont, comme eux, animaux, sociaux et intellectuels.

16. Nos devoirs, ainsi que nos besoins, ne sont pas toujours simples ; ils se compliquent même trèsfréquemment; souvent aussi il arrive qu'ils se trouvent en opposition : dans ce cas, l'on doit obéir au plus noble, en écoutant la voix de la conscience, juge inné du bien et du mal.

17. La limite qui sépare le besoin de la passion, le bien du mal, n'est qu'une simple ligne; cette ligne, c'est celle du devoir. Malheur à celui qui la franchit, car l'abîme vers lequel il marche est d'autant plus dangereux que sa pente est d'abord agréable et presque insensible.

. 18. L'hygiène, code physiologique; la législation, code social; la religion, code spirituel , code divin: tels sont les trois guides qui apprendront à l'homme à régulariser ses triples besoins, comme être animé, comme être sociable, comme être intelligent : celuilà seul est maître de lui-même, dont les besoins obéissent à la raison, et la raison à Dieu.

19. Sans doute, il y aura toujours des passions sur la terre, de même qu'il y aura toujours des maladies : il est donc de notre intérêt autant

que

de notre devoir de nous maintenir dans l'atmosphère physique et morale la plus propre à arrêter leur funeste contagion.

20. Que dirait-on d'un médecin qui soignerait avec zèle les serviteurs d'une maison, et qui, par indifférence, en laisserait mourir le maître? Tels sont ceux qui ne se préoccupent que des infirmités des

organes, et n'accordent aucune attention aux maladies de l'âme.

21. La mort de l'àme est causée par les actes de nos passions, par le péché.

22. Mais l'âme est immortelle! Aussi emploie-t-on seulement cette expression de mort pour signifier que, par l'effet de la passion, l'âme a perdu son empire, sa dignité, sa beauté : son empire sur l'individu, sa dignité aux yeux des hommes, sa beauté aux yeux de Dieu. Le vice, en effet, c'est la défaite de l'âme et l'esclavage ; la vertu, c'est sa victoire et la vraie liberté.

Classification des Passions.

gour

23. Ainsi que les besoins et les devoirs, les passions peuvent être divisées en passions animales, en passions sociales, en passions intellectuelles. Les passions animales, bornées dans leurs désirs, et, comme les besoins dont elles émanent , sujettes à une sorte de périodicité, comprennent l'ivrognerie, la mandise, la colère, la peur, la paresse et le libertinage. Parmi les passions sociales, dont les désirs sont presque toujours continus et insatiables, on peut ranger l'amour, l'orgueil et la vanile, l'ambition, l'envie et la jalousie, l'avarice, la passion du jeu. Parmi les passions intellectuelles viennent se classer les manies de l’étude, de la musique, de l'ordre, des collections, ainsi

que les fanatismes artistique, politique et religieux.

On a prétendu admettre des passions permises et des passions défendues ; on a aussi qualifié certaines passions, grandes, nobles, généreuses : c'est une

« PreviousContinue »