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ceux de la religion, qui nous rendront meilleurs, et en même temps plus heureux.

74. La vie est un chemin escarpé, que borde de chaque côté un précipice souvent caché par des fleurs : le médecin, le prêtre et le magistrat devraient toujours s'y rencontrer, pour tendre une main secourable aux imprudents qui s'approchent trop près des bords.

NOTES.

Note A, page 46.

Influence des Climats et des Lieux sur la constitution

physique et morale des peuples.

(

etc...

L'Asie, selon Hippocrate, diffère de l'Europe par la nature de toutes choses , et par celle des productions de la terre, et par celle des hommes. Tout vient beaucoup plus beau et plus grand en Asie qu'en Europe : le climat y est plus tempéré, les mæurs des habitants У sont plus douces et plus faciles. La cause de ces avantages, c'est le temperament exact des saisons,

« Il en est de même pour le sol comme pour les hommes : où les saisons éprouvent des vicissitudes fréquentes et considérables, le sol est très-sauvage et trèsinégal : on y trouve des montagnes la plupart boisées, des plaines, des prairies; où les saisons sont régulières, le sol est très-uniforme. Le même rapport s'observe chez les hommes pour qui veut y faire attention. Il y a des naturels analogues à des pays montueux, couverts de bois et humides ; d'autres à des terres sèches et légères; ceux-ci (ressemblent) à des sols marécageux et couverts de prairies; ceux-là à des plaines nues et arides; car les saisons, qui modifient la nature de la forme, different d'elles-mêmes , et plus elles en diffèrent, plus il y a de modification dans l'apparence extérieure. » (Des Eaux, des Airs, et des Lieu.r. - Traduction du docteur C. Daremberg.)

« Ces quelques pages, dit le jeune et savant traducteur d'Hippocrate, placent le prince de la médecine au premier rang parmi les philosophes; elles renferment, comme en un germe fécond, toutes les idées de l'antiquité et des temps modernes sur la philosophie de l'histoire; elles ont été résumées en quelques lignes par Platon et par Aristote; elles ont inspiré à Galien son admirable traité: Que le Caractère de l'homme est lié à sa constitution; et, dans des temps plus rapprochés de nous, elles ont fourni à Bodin, à Montesquieu et à Herder, le fond même de leurs systèmes politiques et historiques.

« Je rapporte ici les passages de Platon et d'Aristote : ils complètent, avec ce qu'Hippocrate a enseigné, les données de la philosophie antique sur ces hautes ques. tions :

« Vous ne devez pas ignorer, dit Platon, pour ce qui a regarde les lieux, qu'ils semblent différer les uns des « autres pour rendre les hommes meilleurs ou pires, et a qu'il ne faut pas que les lois soient en opposition avec « eux. (Parmi les hommes) les uns sont bizarres et em

portés, à cause de la diversité des vents et de l'élévaation de la température, les autres à cause des eaux, « les autres, enfin, à cause de la nourriture que la terre « leur fournit , et qui n'influe pas seulement sur le corps « pour le rendre meilleur ou pire, mais qui n'a pas moins « de puissance sur l'âme pour produire tous ces effets. » Ce texte n'est pas le seul où Platon ait tenu compte des influences extérieures sur le caractère des hommes. Galien en a rassemblé un certain nombre empruntés surtout au Timée, et au second livre des Lois.

« Voici maintenant le passage d'Aristote; il semble, plus évidemment encore que celui de Platon, résumer la théorie hippocratique :

« Les peuples qui habitent les climats froids, les peu« ples d'Europe , sont, en général, pleins de courage;

« mais ils sont certainement inférieurs en intelligence et « en industrie; et s'ils conservent leur liberté, ils sont a politiquement indisciplinables, et n'ont jamais pu con«quérir leurs voisins. En Asie , au contraire, les peuples « ont plus d'intelligence, d'aptitude pour les arts, mais « ils manquent de cæur, et ils restent sous le joug d'un « esclavage perpétuel. La race grecque, qui topographiaquement est intermédiaire, réunit toutes les qualités «des deux autres... Dans le sein même de la Grèce, les «divers peuples présentent entre eux des dissemblances analogues à celles dont nous venons de parler : ici , « c'est une seule qualité qui prédomine, là elles s'harmoa nisent toutes dans un heureux mélange. » (C. Daremberg, Introduction du Traité des Eaux, des Airs et des Lieux.)

NOTE B, pages 73 et 133.

Sur l'Extase.

Les médecins donnent le nom d'extase à une affection du cerveau, dans laquelle l'exaltation de certaines idées absorbe à un tel point l'attention, que les sensations sont momentanément suspendues, les mouvements volontaires arrêtés, et l'action vitale même souvent ralentie. On la distingue de la catalepsie en ce que, dans cette maladie, il y a suspension complète des facultés intellectuelles avec aptitude du corps à conserver les positions qu'on lui fait prendre. Il est à remarquer que le délire et les hallucinations qui accompagnent quelquefois l'extase offrent pour l'ordinaire un caractère religieux, et s'observent chez des personnes d'une haute piété.

Les théologiens, de leur côté, considèrent quelquefois l'extase comme un état surnaturel dans lequel

l'âme est si absorbée dans la contemplation des perfections divines, et si éprise de leur beauté, qu'elle ne sent et n'aperçoit plus ce qui se passe au dedans ni au dehors du corps.

Le savant Émery confond l'extase et le ravissement dans une même définition, mais M. Boucher dit que, dans ce dernier état, l'opération divine est encore plus forte que dans le premier, puisqu'on y a vu quelquefois le corps s'élever de terre, et demeurer ainsi élevé pendant quelque temps. Puis il ajoute que « le Seigneur, par l'extase, donne une idée de la contemplation à laquelle l'âme sera élevée dans le ciel, et que, par le ravissement, il donne une idée de l'agilité dont les corps seront doués dans le séjour de la gloire. » Ceci posé, comment distinguer l'extase médicale de l'extase théologique, ou, si on l'aime mieux, à quels signes reconnaitra-t-on qu'une extase est simplement une maladie ou bien une faveur céleste ? Voici , d'après le grand travail de Benoit XIV sur la Canonisation des saints, les marques certaines auxquelles on pourra reconnaître le doigt de Dieu. «L'extase n'est pas un état maladif, mais un état surnaturel et une faveur divine, lorsqu'une personne la craint et s'en défie; lorsqu'elle tâche de s'y soustraire ou d'en diminuer la fréquence; lorsqn'elle se dérobe aux regards de peur qu'on ne la surprenne dans cet état, ou qu'elle éprouve de la confusion si on l'y surprend; quand elle y entre au milieu d'une oraison, ou à la suite d'une communion faite avec ferveur; quand elle s'y comporte selon les règles de la plus parfaite modestie , et que son extérieur n'offre qu'un spectacle édifiant; quand elle en sort avec la paix dans l'âme et la sérénité sur le front ; lorsque ensuite elle s'affermit dans l'humilité, la mortification et la fidélité à ses devoirs; lorsqu'elle ne perd pas entièrement le souvenir de ce qui s'est passé en elle; lorsque son corps acquiert de la

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