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crédita ensuite, et elle a toujours eu depuis des partisans parmi les jurisconsultes. Bossuet l'a foudroyée dans son Histoire des Variations, et dans son 5o. Avertissement contre Jurien.

Quesnel établit, dans son petit livre, que « JésusChrist nous a enseigné à révérer sur la terre deux puissances, l'une spirituelle, l'autre temporelle. Le Pape et les évêques dépendent de la puissance impériale pour les choses temporelles, et les empereurs dépendent de l'autorité pontificale pour tout ce qui a rapport au salut. L'obéissance due aux souverains et celle qu'on doit aux ministres de l'Evangile, marchent d'un même

pas dans le christianisme, et ceux qui se révoltent contre l'Eglise sont bientôt rebelles à leur souverain. C'est dans les écrits de ceux qui ont méconnu la première, qu'on trouve le plus volontiers les principes qui portent à secouer l'un et l'autre joug ».

« Selon les maximes du catholicisme, comme il n'y a jamais de bonnes raisons de rompre l'unité de l'Eglise, jamais aussi les sujets n'ont de légitime raison de se révolter contre leurs souverains et de se soustraire à leur obéissance. La prétendue convention, écrite ou tacite entre les rois et les peuples, est une chimère. Il n'en existe de trace pulle part. Il est aussi ridicule de dire que ce pacte est le fondement de l'autorité du souverain, que de dire que l'autorité épiscopale ne subsiste qu'en verlu des sermens des évêques à leur sacre. Les évêques sont choisis el nommés, mais ils sont sacrés par d'autres évêques, et c'est de Dieu qu'ils reçoivent la puissance et l'autorité du caractère épiscopal. C'est le Saint-Esprit qui leur dovne le pouvoir et les grâces pour gouverver l'Eglise de Dieu. De même les souveraius, destinés à gouver

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ner les peuples, arrivent ordinairement au trône par le droit de la naissance. Mais la puissance et l'autorité royales, comme le dit saint Paul, leur viennent de Dieu. Toute la tradition ecclésiastique confirme la doctrine de l'apôtre. Il faut donc, dans l'institution d'un roi, distinguer ce qui est des peuples, ce qui est de Dieu, et ce qui est du roi, comme on le distingue dans l'institution d'un évêque. Dans celle-ci, l'évêque est élu ou nommé. C'est Dieu qui, par le ministère d'autres évêques, et dans la cérémonie de la consécration, le revêt de la puissance épiscopale et l'établit pasteur de son troupeau, et en même temps ce nouvel évêque reconnoît ses devoirs et ses obligations, et promet de les acquitter avec fidélité. De même dans l'institution d'un roi, sa naissance lui donne des droits à la couronne, mais elle ne lui en donne, ni l'autorité, ni la puissance. C'est Dieu même qui, selon la doctrine de l'Ecriture et de la tradition, en revêt le sujet qu'il avoit déjà choisi par sa Providence. Ainsi établi, il promet à Dieu et à son peuple de

gouverner avec justice, et de procurer en toutes choses le bien de son Etat. Comme c'est Dieu qui les fait rois, ils ne relèvent que de lui, ils n'ont que lui au-dessus d'eux. Tout le reste leur est assujetti »).

Telle est la substance de cet ouvrage où Quesnel défend la doctrine antique contre un protestant. Ses modernes partisans s'en sont, au contraire, fort écartés. Il étoit bon de leur rappeler les principes que leur patriarche avoit professés. Ils sout honorables pour lui, et ils sont une leçon pour ceux qui se sont Îaissés entraîner au torrent des idées nouvelles propagées, à cet égard, par des publicistes et des politiques, dont les systèmes ne reposent que sur des abstractions,

des conjectures, et des théories qu'il est aussi aisé de nier que d'établir.

NOUVELLES ECCLÉSIASTIQUES.

PARIS. Une des mesures les plus funestes à l'Eglise qu'ait prises le dernier gouvernement, est celle concernant les petits séminaires. Il s'en étoit formé un grand nombre après le Concordat. Des ecclésiastiques zélés, de bons curés de campagne avoient établi des écoles ou ils préparoient de bonne heure des sujets pour l'état ecclésiastique. Les vocations les plus heureuses ont besoin d'être secondées par des moyens humains. Il importe d'arracher les enfans à l'oisiveté, de les préserver de la contagion des écoles publiques, de développer en eux la piété, de leur inspirer l'amour de l'état auquel on les destine. Les évêques avoient donc favorisé ces établissemens , qui leur promettoient une ressource pour les diocèses, et la charité des fidèles avoit donné des fonds pour cet objet. Mais bientôt un gouvernement ombrageux s’alarma de ce qu'il auroit dû encourager. Il regarda comme suspectes des écoles qui n'étoient pas dirigées par ses agens. Un décret du 5 novembre 1811, fut rendu pour proscrire les petits séminaires. On n'en permettoit qu'un par diocèse, encore falloit-il qu'il fut placé dans la ville épiscopale, et que les élèves fréquentassent les lycées. On s'empara des maisons où on avoit fait des établissemens de ce genre, et on confisqua même le mobilier; procédé souverainement inique, et qui étoit fait pour arrêter les dons de la charité. Mais ce qui effraya le plus dans cette mesure, ce fut l'obligation de conduire les élèves aux lycées. Outre la perte de temps, c'étoit un sujet de dissipation. Il étoit aisé de prévoir que les jeunes séminariste sseroient un sujet de dérision pour les élèves des lycées, nourris généralement dans des

dispositions très-peu religieuses, et en effet les plus graves inconvéniens résultèrent de ce mélange et de cette fréquentation. L'esprit ecclésiastique fut altéré; des vocations naissantes furent arrêtées; la subordination ne fut plus la même; le travail même en souffrit. Quiconque connoît les lycées, sait assez que l'éducation n'y est pas ecclésiastique. La religion, dans la plupart, étoit comptée pour peu de chose, et sauf quelques exceptions assez rares, le ton et les habitudes de ces établissemens n'étoient pas très-rassurans pour des parens qui avoient à coeur la moralité de leurs enfans. Aussi le décret excita une foule de réclamations qui malheureusement ne furent pas écoutées. Nous avons sous les yeux

deux lettres écrites, à ce sujet, par un archevêque d'un grand siége, qui avoit créé, dans son diocèse, plusieurs établissemens utiles, et qui n'omit rien pour les préserver de la destruction. Ces lettres, du 10 décembre 1811 et du 10 janvier 1812, ont le ton et la liberté qui convenoient à un évêque. Elles renferment une réclamation courageuse contre une mesure violente et funeste à la religion. Le prélat demandoit que l'on conservât au moins provisoirement quelques-unes des institutions qu'il avoit formées, et qu'on ne les dispersât pas avec éclat. Il disoit dans sa lettre des choses très-fories : L'Eglise est appelée, dle sa nature, à souffrir; elle a rempli sa táche lorsqu'elle a dit la vérité. Le décret qui ôteroit aux évéques l'enseignement de la philosophie, rendroit illusoire le droit d'enseigner la théologie. Le poids de ces raisons, et le rang de celui qui les présentoit, ne purent arrêter l'exécution d'un décret qui avoit un double but, celui de nuire à l'état ecclésiastique, et celui de tirer un misérable lucre de l'éducation. Aujourd'hui que ces vues perfides or fiscales n'existent plus, les évêques vont rentrer comme les parens dans leurs droits naturels sur l'éducation. Ils pourront créer des petits séminaires où ils le jugeront convenable. Le gouvernement ne s'alarmera pas de ces fondations utiles, et la piété des fidèles n'aura

plus à craindre de voir ses dons ravis à leur destination primitive. Il est surtout essentiel que les élèves des petits séminaires trouvent, dans l'enceinte même de leurs maisons, tous les secours dont ils ont besoin pour

leur instruction, et qu'ils ne soient pas obligés d'aller chercher ailleurs des instructions qui seroient nécessairement moins appropriées à leur état futur. Quelles que soient les ainéliorations que les circonstances apporteront dans la discipline des lycées, ces établissemens seront toujours, par leur nature, étrangers à l'état ecclésiastique. Il y régnera toujours un esprit différent de celui d'un séminaire. Il faut que les jeunes ecclésiastiques soient élevés à part; ils en conserveront mieux leur vocation; ils en seront plus respectés. L'éducation ne sera plus entravée désormais. Elle ne sera plus une speculation de finances. La nature et la religion recouvreront leurs droits. C'est le voeu d'un gouvernement sage et protecteur. C'est celui des chefs même de l'instruction publique, qui ne sont plus gênés par des lois rigoureuses, et qui sont disposés à favoriser le bien, quelque part qu'il se fasse, et å laisser au zèle toute la latitude qu'il peut légitimement réclamer.

TROYES. Cette ville vient d'avoir aussi son jour de fête, et l'arrivée de notre évêque y a été célébrée avec de vives démonstrations de joie. Ses disgrâces et ses souffrances l'ont rendu plus cher et plus vénérable encore à son troupeau. La garde nationale et la gendarmerie sont allées à sa rencontre. Il est entré dans la ville, dans une voiture découverte, au son de toutes les cloches. La foule remplissoit les rues. A la porte de la cathédrale, le clergé de la ville et le chapitre à la tête reçut M. l'évêque sous le dais, et un des grands-vicaires le harangua. M. de Boulogne se rendit ensuite à son trône, et entonna le cantique d'actions de grâces qui fut chanté de grand cour. Ce diocèse, si long-temps tourmenté par l'ambition et l'intrigue, se réjouissoit de rentrer sous la houlette du pasteur légitime. Après la cérémonie, M. l'évêque fut reconduit par tout le clergé et la garde nationale. On

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