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DE L'IMPRIMERIE DE RENAUDIERE,

RUE DES PROUVAIRES, N°. 16.

Le Censeur
EUROPÉEN,

:

OU

Caameu de diverses questions de droit public, et des

littéraires et scientifiques, cousidérés dans leur rapports avec les progrès de la civilisation.

divers ouvrages

PREMIÈRE PARTIE.

MATIÈRES GÉNÉRALE S.

VUE

DES RÉVOLUTIONS D'ANGLETERRE.

SUITE (1)

« Lorsque le cri de liberté me fit courir aux » armes, dit Ludlow, il me sembla voir toute (1) Voyez le tome iv, pag. 1.

Cens. Europ. -Tom. V.

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» l'Angleterre se lever du même mouvement que » moi, et je m'étonnai qu'à cette apparition seule » toute l'armée de nos conquérans ne se pros» ternât pas en demandant grâce ; mais plus tard,

quand je comptai nos rangs , quand je vis comn bien de nous manquaient à notre cause, parce

qu'ils ne pouvaient vivre sans les vainqueurs ,

je m'étonnai que nous eussions la hardiesse de » tenir tête (1), »

C'était vainement, en effet , qu'on avait appelé sous les drapeaux du pays tous les enfans du pays; un grand nombre, depuis long-temps, avait abjuré ce titre ; un grand nombre n'avait plus de patrie que le camp des maîtres. Pour n’être, pas éternellement étrangers sur la terre conquise , pour s'y attacher et y prendre racine en quelque sorte, les conquérans avaient distribué parmi les vaincus des brevets de conquérans ; et ainsi, ils s'étaient fait une armée indigène d'espions et de commis qui prenaient part au travail et aux profits de l'exploitation. S'agissait-il do condamner, d'exécuter les personnes, de taxer , de confisquer les biens, c'étaient des hommes, nés sujets, qui prêtaient leurs bras, leur voix, leur plume, et qui, ensuite, à la face de leurs

(1) Mémoires d'Edmond Ludlow, tom. rer.

frères, tendaient la main au vainqueur , et se faisaient compter leurs services.

La misère est conseillère de mal (1): cette soif du bien-être qui nous dévore, quand elle est contrariée, s'irrite et nous pousse à tout sans discernement et sans frein. Epuisés de fatigue et de besoins, les subjugués eurent bientôt l'ame toute remplie par le seul desir d'être mieux, et ne furent plus capables d'un autre sentiment. La désertion leur ouvrait un refuge, ils s'y précipiterent. Mais à force d’user de cette ressource honteuse , on ne vit plus d'espoir qu'en elle ; on endurcit sa conscience, on regarda ses amis avec froideur, comme une proie qui devait être partagée, et qui le serait toujours, quand même on aurait scrupule d'y toucher ; les conquérans furent assaillis de requêtes; on demandait à les servir, on voulait des emplois , des charges, des titres, la noblesse. Ils accordaient, car c'était leur compte, mais avec choix et avec mesure, parce qu'il ne fallait pas un esprit commun pour persister dans un tel abandon de tous les liens et de toutes les affections natives, et de peur que le temps ne vint où il y aurait plus de bouches pour dévorer que

de bras Cependant, ceux qui produisaient, ceux qu'on

pour produire.

(1) Malesuada fames.

Vue dévorait prirent les armes; ils invoquèrent l'indépendance , ils en avaient besoin ; ils devaient être libres sous peine de la vie. Mais cette nécessité n'était que pour eux. Ils avaient beau s'écrier que c'était la cause commune des Anglais, les Anglais, valets des conquérans , sentaient que ce n'était point là leur cause , et prêtaient leur force aux conquérans.

Voilà ce qui confondait de douleur ceux qui avaient espéré d'être libres; au premier choc ils trouvèrent en face d'eux les hommes, qu'ils croyaient avoir à leurs côtés; et chaque jour même, à chaque nouveau combat, ils voyaient quelqu'un des leurs , emporté par la vieille habitude, répudier la liberté trop incertaine, pour aller dans le parti contraire , vendre son sang contre des emplois (1).

Une chose plus déplorable, c'est que cette frénésie qui, s'emparant des sujets jusque dans leur camp, au milieu des périls communs , des fatigues et des espérances communes, les séparait de leurs compagnons et les chassait vers les ennemis , que la soif de dominer avait gagné de même une partie de ceux qui persis. taient dans la cause du

pays,

et qui restaient sous

(1) Mémoires de Ludlow, tom. jer., pag. 186.

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