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traditions chrétiennes. De graves ques- qu’on a improprement conservé justions devront donc se présenter lorsque qu'aujourd'hui aux habitants des Antilles nous aurons à parler des tentatives faites et de l'Amérique. Nous serons par conpour émanciper une race malheureuse, séquent obligé de nous conformer à cet pour concilier les droits de la propriété usage errone. avec les lois de l'humanité, et les intérêts Mettant de nouveau à la voile, et quidé des possessions coloniales avec les pré- par les indications de quelques indigènes ceptes de la morale évangélique. de Cuba, qu'il avait pris à son bord,

Des études de statistique nous sont Colomb aperçut les inontagnes d'une aussi réservées , lorsque nous aurons à ile nouvelle. Les Indiens qui l'accompaexaminer les résultats des échanges des gnaient la désignaient sous le noin de productions presque spontanees du tro- Bohio ( maison ), ou d'Haïti ( terre pique avec les produits fabriqués de nos montagneuse). Colomb y jeta l'ancre, manufactures; lorsque nous verrons les le 6 décembre 1492, dans un port richesses de certaines iles croître ou dé formé par un petit cap. qu'il nomma croître suivant les lois que leur impose- Saint-Nicolas. Quelques jours après, il ront les métropoles, soit qu'elles demeu prit solennellement possession de l'ile, rent soumises à la même puissance qu'au- qu'il appela Espanola. paravant, soit que les hasards de la guerre Un mois après, Colomb retournait en ou les combinaisons des traités leur ap- Espagne pour aller jouir un instant de portent une nationalité nouvelle et une la gloire de ses travaux. nouvelle législation.

Une nouvelle expédition se prépara Puis apparaîtront les tableaux de au milieu de l'enthousiasme universel. mæurs, soit que nous ayons à peindre Colomb s'imaginait qu'Haïti était l'anle créole avec sa brillante hospitalité et cien Ophir de la Bible, et chacun, son apathique existence, soit que nous exalté par les récits du navigateur, ayons à retracer la physionomie du nègre voulait faire avec lui le voyage aux pays luttant contre les labeurs de l'esclavage de l'or et des diamants, et prendre part et les instincts paresseux d'une nature aux richesses merveilleuses qu'avec endormie, avec ses humilités et ses ven- tout le monde il rêvait. geances, ses dévouements serviles et ses La flotte, composée de trois grands haines féroces ; soit enfin que nous de- vaisseaux, et de quatorze caravelles, vions saisir le caractère mobile et incer- partit de Cadix le 25 septembre 1493. tain du mulâtre, qui appartient aux deux Ce voyage ne devait pas remplir les esraces et qui est également renié par les pérances folles des aventuriers; mais il ne deux , triste enfant du maître et de l'es- devait pas être sans fruit pour la science clave femelle, que son père méprise et géographique. Colomb, dirigeant sa qui désavoue sa mère.

route beaucoup plus vers le sud qu'à DECOUVERTE. POPULATIONS INDI- son premier voyage, découvrit, après GÈNES. La découverte des Antilles vingt-cinq jours de navigation, la Doest le premier épisode d'un des événe- minique, Marie-Galande et la Guadements les plus importants de l'histoire loupe, puis successivement Mont-Sermoderne. Elle commence la série des rat, Saint-Christophe, Antigoa, Saintetravaux maritimes qui devaient révéler Croix et Puerto-Rico. à l'ancien monde l'existence du vaste Le 29 novembre, il jeta l'ancre decontinent américain. Après avoir décou- vant Haïti. Dans l'histoire particulière vert San-Salvador, la Conception, Fer- de cette contrée nous raconterons ce dinanda et Isabella, Colomb atteignit une qui s'y passa. Nous bornant mainteterre nouvelle:c'était Cuba, la plus grande nant à suivre ses explorations, nous le des Antilles. L'étendue de son territoire voyons aborder à la Jamaïque le 5 fit croire au navigateur génois qu'il avait mai 1494. enfin atteint le continent nouveau qu'il A son troisième voyage, parti d'Eucherchait, et la persuasion où il était, rope le 30 mai 1498, il découvrit la Trid'être parvenu à l'extrémité orientale de nité, le 31 juillet, puis, quelques jours l'Inde, lui fit donner le nom d'Indiens après, Tabago, la Grenade, Sainte-Maraux populations qu'il y rencontra, nom guerite. Dès lors l'archipel, continuelle

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ment exploré par les navires espagnols, osaient à peine se défendre contre ces De tarda pas à être entièrement connu, bardis pirates. et toutes les autres Antilles furent suc- Fiers de leur indépendance, et jaloux cessivement découvertes.

de la suprématie que leur assuraient Lorsque les Espagnols abordèrent leurs habitudes guerrières, les Caraïbes aux Antilles, ils y rencontrèrent deux accueillirent avec méfiance les étranpopulations de mæurs différentes, et gers qui débarquaient sur leurs côtes , qui leur semblèrent en conséquence et leurs dispositions hostiles furent le appartenir à deux différentes races. premier prétexte des cruautés qui deL'une habitait principalement les gran- vaient signaler la domination espagnole. des iles de Cuba, Saint-Domingue, Puer- Chez les Caraïbes comme chez les Into-Rico, la Jamaique : c'est celle que diens, on rencontrait des notions reliColomb appelle les Indiens, l'autre oc- gieuses. Ils croyaient à un premier cupait les plus considérables des îles homme, père de tous les autres, adodu vent : c'était la population des Ca- raient des dieux bons et méchants; mais raïbes.

ne faisaient jamais d'offrandes qu'aux Les Indiens étaient d'un caractère mauvais esprits, les ludiens par peur, doux, parifique et hospitalier. Sans sou- les Caraïbes par sympathie. cis, et presque sans besoins, ils lais- Toutefois, il est probable, malgré ces saient couler leurs jours dans une douce différences de meurs, que les deux peuparesse, trouvant toujours sous la main ples ne forınaient qu'une variété de la ce qui était nécessaire à leur existence même race. Car leurs caractères phymodeste. Aussi, donnaient-ils avec siologiques sont absolument les mêmes. une généreuse indifférence tout ce qui Grands et agiles, ils n'ont pas les extréleur était demandé, toujours sûrs de mités inférieures grêles comme beaucoup retrouver dans les richesses d'un climat de peuplades sauvages. La tête est bien prodigue de quoi remplacer ce qu'ils formée et la figure d'un ovale agréaabandonnaient. « Ils sont, écrivait Co- ble, quoique le front soit singulièrelomb, si aimants, si doux, si paisibles ment aplati. Le nez est long, proqu'il n'y a point dans l'univers une meil- noncé et fortement aquilin; la bouche leure race ni un meilleur pays. Ils ai- moyenne, avec les dents verticales et ment leurs voisins comme eux-mêmes. les lèvres minces. L'œil est grand et Leur langage est aftable et gracieux, brun, les cheveux noirs, plats et luisants. et ils ont toujours le sourire sur les lè On dit qu'ils ne grisonnent jamais. Les vres. Ils sont nus, il est vrai ; mais leurs hommes sont presque glabres, ou s'armanières sont remplies de décence et de rachent soigneusement les poils qui candeur. »

croissent en petite quantité sur les difCes peuples étaient divisés en tribus, férentes parties du corps. La couleur de dont chacune était soumise à l'autorité leur peau est rougeâtre, tirant sur celle d'ua cacique. Mais cette autorité était de cuivre de Rosette. Chez les femmes, toute paternelle, et reposait sur des tra- condamnnées aux travaux les plus durs, ditions héréditaires, dont il était difli- et réduites à l'état de domesticité, le cile de retracer l'origine.

sein, quoiqu'un peu bas , est assez bien Les Caraïbes, au contraire, étaient conformé tant qu'il n'a pas servi à l'alcruels et inhospitaliers. Toujours en laiteinent, et la nubilité se développe guerre entre eux ou avec les Indiens, de très-bonne beure (1). ils faisaient des incursions meurtrières La physionomie identique des deux dans toutes les îles de l'archipel, dévQ- peuplades a conduit M. Bory de Saintrant les ennemis qui succombaient à la Vincent à les confondre dans une même guerre, et reservant pour leurs festins race ; et sans admettre les divisions les prisonniers qui leur tombaient en- ethnologiques de ce naturaliste, nous tre les mains. Bien faits, vigoureux, sommes tenté d'adopter , pour les peuadroits à tirer de l'arc, parcouraient ples qui nous occupent, les mêmes conles mers sur des pirogues creusées avec clusions. Toujours est-il certain qu'ils des haches de pierre, inspirant une pro- (1) Bory de Saint-Vincent, Dictionnaire clasfonde terreur aux Indiens efféminés qui sique d'histoire naturelle, article Homme.

ils

.

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appartiennent à cette diversité de l'espèce belle de l'archipel des Antilles. Sa lon. humaine qu'on appelle la race rouge. Il gueur est d'environ cent soixante-quinze est difficile de déterminer quel fut son lieues, sur unelargeur moyenne de trente. berceau : on peut présumer cependant Elle a trois cent cinquante lieues de qu'elle descendit des monts Apalaches, se tour, non compris les anses , et quatre répandit au nord dans le vaste bassin du cents lieues carrées. fleuve Saint-Laurent et au midi dans la Au centre de l'île s'élève un groupe de Floride; puis, passant d'iles en fles, elle montagnes superposées l'une à l'autre, occupa les rives orientales des régions d'où sortent trois chaînes , qui courent mexicaines, tout le groupe des Antilles, dans différentes directions. L'une s'étend et enfin l'espace contenu entre l'Oréno- vers l'est : c'est la plus longue; elle traque et le fleuve des Amazones.

verse le milieu de l'île, qu'elle partage La différence de mours et de coutu- en deux moitiés presque égales. Une semes que rencontra Colomb entre les conde chaîne se dirige vers le nordCaraïbes et ceux qu'ilappelle des Indiens ouest, et aboutit au cap Fou. La troine saurait contredire notre hypothèse. sième, moins longue que la précédente, Il est à présumer que les tribus qui s'é- suit d'abord la inême direction ; puis, tablirent dans les grandes îles oublièrent décrivant une courbe vers le sud, elle promptement leurs habitudes guerrières, va se terminer au cap Saint-Marc. On au milieu des richesses d'un sol fertile. rencontre aussi, dans les parties occiD'ailleurs le rapprochement de grandes dentales de l'ile, d'autres chaînons moins tribus sur une même terre, qui fournissait considérables. Cette multiplicité de abondamment aux besoins de tous, dé- montagnes rend très-difficile la commuveloppait le sentiment social, et adou- nication entre le nord et le sud de l'île. cissait les meurs. Les tribus caraibes, Au bas de toutes ces montagnes, se au contraire, retranchées dans les petites trouvent des plaines couvertes d'une iles, conservaient les traditions farou- végétation luxuriante. Celle du Cap, ches et les sentiments hostiles que favo. si célèbre par les magnifiques cultures rise toujours l'isolement. Séparées depuis qu'y avaient établies les colons franlongtemps de leurs anciens frères, elles cais, est longue de vingt lieues sur cinq avaient appris à les considérer comme de large. En outre, la plupart des mondes étrangers , et professaient pour eux tagnes dont l'île est couverte, peuvent se le mépris que témoignent toujours les cultiver jusqu'au sommet; celles qui, trop tribus guerrières envers les populations hautes ou trop escarpées , se refusent dont le caractère s'est adouci par les la culture, sont sillonnées par des ravins travaux paisibles de l'agriculture, ou le qui entretiennent une constante humirepos constant d'une vie trop facile. dité. Il y croît des bananiers, des palmiers,

Au surplus, peu après l'arrivée des et des mimosa de toute espèce. Ces monaventuriers espagnols, les deux peupla- tagnes contiennent différents métaux, des allaient être confondues dans une du cristal de roche, du soufre, du charcommunauté de malheurs; et s'il est en- bon de terre, et des carrières de marbre, core douteux qu'elles aient eu le même de schiste et de porphyre. berceau, l'histoire peut dire avec certi- Les rivières sont nombreuses ; les tude qu'elles ont éié couchées dans le principales sont : l'Ozama, la Neyva, le même tombeau.

Macoris , l'Usaque ou rivière de Monte-
Christo, l’Yuna et l'Artibonite, la plus

étendue de toutes. Mais elles sont à peine SAINT-DOMINGUE. fre PARTIE.

navigables. Les plus considérables ne

peuvent être remontées en canot que CHAPITRE PREMIER.

pendant quelques lieues. Trois beaux lacs

complètent le système hydraulique de ce Premiers établissements des Espagnols. pays fertile ; l'un d'eux n'a pas moins

Leurs querelles intérieures; leur cruauté de vingt-deux lieues de tour.
envers les indigènes. Conquele et exter-
mination.

Lorsque les Espagnols abordèrent

dans l'ile, le pays était partagé en cing L'île de Saint-Domingue est la plus tribus, indépendantes l'une de l'autre et

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gouvernées par des chefs appelés caci « Jamais, dit don Diego Colomb, dans auques. Leur autorité était illimitée; mais cune nation civilisée, les devoirs si vantés la douceur et l'indolence des mœurs en de l'hospitalité ne furent remplis plus tempéraient l'exercice. Peut-être cepen- scrupuleusement que par ce sauvage. dani les observations à ce sujet furent- Les effets apportés des vaisseaux furent elles incomplètes; car les Espagnols ne déposés près de sa demeure, et une garde laissèrent guère aux caciques le loisir d'a- armée les entoura toute la nuit , jusqu'à buser de leur autorité.

ce qu'on eût pu préparer des maisons La première vue des vaisseaux espa- pour les recevoir. Mais cette précaution gnols et les détonations de l'artillerie semblait inutile; pas un Indien ne parut frappèrent d'abord les insulaires d'épou- tenté un seul instant de profiter du malvante; mais , Colomb les ayant rassurés heur des étrangers. Quoiqu'ils vissent ce en distribuant parmi eux une foule de qui, à leurs yeux, devait circ des trésors petits objets qu'ils regardaient comme inestimables, jeté pêle-mêle sur la côte, des trésors, ils s'empressèrent d'offrir il n'y eut pas la moindre tentative de à leur tour tout ce dont ils pouvaient pillage, et en transportant les effets des disposer, et d'accueillir les étrangers avec vaisseaux à terre, ils n'eurent pas même les démonstrations affectueuses d'une l'idée de s'approprier la plus légère bagahospitalité empressée. Leur naïve admi- telle. Au contraire, leurs actions et leurs ration à l'aspect de ces hommes nou- gestes exprimaient une vive pitié, et, à veaux, armés du tonnerre et couverts voir leur douleur, on aurait supposé que de vêtements éclatants, s'exprimait dans le désastre qui venait d'arriver les avait leurs gestes, dans leurs regards, dans frappés eux-mêmes (1)! » toute leur physionomie. Ils considé- Des peuples habitant un vaste archipel raient les Espagnols comme des êtres devaient nécessairement être navigad'une nature supérieure, et en déposant à teurs. « Chacune de ces îles, écrit Coleurs pieds leurs plus beaux fruits et leurs lomb, possède une grande quantité de plus belles fleurs, ils semblaient faire des bateaux qui, quoique plus étroits, resoffrandes à des divinités.

semblent volontiers par leur longueur à Dans la première lettre écrite par Co- nos birèmes; mais ils surpassent ces lomb à Raphaël Sanxis, trésorier du roi dernières par la vitesse de leur course, d'Espagne, il dit : « Je suis toujours qui n'est dirigée que par les rames. Ils suivi d'une troupe d'insulaires qui, quoi- en ont de petits, de grands et d'autres que se trouvant avec nous depuis long- qui se trouvent au milieu de ces deux temps, nous croient descendus du ciel, espèces ; il en est qui ont plus de dixet qui proclament notre céleste origine huit rameurs, et c'est surtout avec ces partout où nous abordons, en criant à petits bâtiments qu'ils parcourent les haute voix aux autres habitants : « Accou- iles innombrables de ces mers, dans lesrez, accourez; venez voir des hommes quelles ils vendent leurs marchandises, habitants du ciel. » Aussi les femmes et les ayant établi entre eux une espèce de comhommes, les jeunes gens et les vieillards, merce. Cependant, j'ai vu des bateaux, après avoir étouffé la crainte que nous qui leur appartenaient, conduits par leur avions inspirée d'abord, s'empres- soixante-dix ou quatre-vingts rasaient à l'envi sur notre chemin, dans meurs (2). » l'espérance de nous voir, portant, les Les observations de Colomb semblent uns des boissons, les autres des vivres aussi prouver l'identité de race des difde toute espèce, et témoignant pour férentes tribus. « On ne remarque, dit-il, nous une amitié et une bienveillance parmi les habitants de ces iles aucune incroyables. »

différence dans la physionomie, aucune Cette bienveillance des naturels s'exer dans les mœurs, aucune dans le lança encore d'une manière active lorsque, gage (3). » Il décrit cependant avec exac. le 24 décembre, une tempête fit échouer titude les coutumes des Caraïbes. « Ils on de ses vaisseaux. Les Indiens accoururent pour aider l'équipage à sauver la (1) Historia del Amirante, citée par M. V. cargaison, et le cacique Guarionex fut

Schoelcher (Colonies étrangères et Haiti).

(2) Lettres à Raphaël Sanxis. des premiers à porter aide aux matelots.

(3) Id.

ont, dit-il, plusieurs espèces de bateaux ductions précieuses que les soldats laisavec lesquels ils abordent dans les îles sés dans l'ile ont trouvées ou pourront voisines, où ils dévastent et pillent tout trouver par la suite. » Ces derniers ce qu'ils peuvent rencontrer. Ils ne mots semblent prouver que Colomb different des autres insulaires que par promettait des trésors quelque peu imaleur coiffure, laissant croître leurs che- ginaires, mais que dans ses illusions veux à la manière des femines; ils se exagérées il croyait bien rencontrer. Il servent d'arcs et de javelots faits avec est bien évident qu'il n'avait pas vi de des roseaux, auxquels ils adaptent, à la rhubarbe dans l'archipel americain, partie la plus grosse, un dard aigu. Ils puisque toutes les espèces de cette plante se nourrissent de chair humaine. Aussi sont originaires de l'Asie; mais il l'ansont-ils regardés comine les plus cruels nonce par conjecture, croyant avoir des Indiens, et inspirent-ils la plus grande atteint les régions inconnues de l'A-ie. terreur aux peuplades voisines. Quant Le navigateur génois devait trouver à moi, je ne les crois pas plus redoutables bien des gens prêts à partager ses espéque les autres (1). »

rances et ses illusions. De nobles Cas. Les bons Haitiens, fiers de la force de tillans se joignirent à lui, et s'embarleurs nouveaux alliés, se crurent désor- quèrent à leurs frais, s'imaginant aller mais protegés contre les incursions des conquérir le trône et les trésors du Caraïbes, et lorsque Colomb manifesta grand sultan de l'Inde. Quinze cents son désir d'établir un fort au sud de hommes d'équipage conduisaient la l'ile, les insulaires accueillirent sa pro- flotte; et bientôt il aborda aux rives position avec joie, et s'empressèrent de d’Española. Mais il cherche en vain le fort I'aider dans ses travaux de construc- qu'il y avait construit, et les hommes tion. Grâce à leur active cooperation, qu'il y avait laissés. Des cendres et des le fort fut achevé en dix jours. Colomb ruines, des cad ivres mutilés, des vêtel'appela La Natividad. Il l'arına de ca- ments en lambeaux, lui révèlent la des. nons, y plaça trente-neuf hommes avec truction totale de la colonie. Le cacique des provisions pour un an, et fit voile Guarionex, toujours bienveillant pour pour l'Espagne. Le 15 mars 1493, il en- les etrangers, lui raconte la cause de ces trait dans le port de Lisbonne.

malheurs. La relation de ses vovages causa dans A peine Colomb était-il parti , que les la péninsule un enthousiasme universel. Espagnols, abusant de leur supériorité, Colomb était parti avec l'idée de dé- avaient soumis les Indiens aux plus couvrir l'extrémité orientale des Indes, cruelles vexations, les obligeant à leur le pays de l'or, des perles et des aro- apporter sans cesse de l'or, enlevant mates, et il était revenu avec la persua- leurs femmes et leurs bilies, detruision qu'il avait touché le contient si sant leurs cabanes. Les Indiens, soulevés, longteinps rêvé par lui. La facilité avec avaient profité de la division qui s'était laquelle les insulaires échangeaient l'or introduite parini leurs persecuteurs, contre des verreries et des morceaux étaient venus attaquer à l'im roviste le d'assiettes cassées, le confirma dans fort désarmé, l'avaient incendié, tuant ses croyances. Aussi ne craignit-il pas les Espagnols jusqu'au dernier, malgré à son retour de promettre au roi d'Espa. les efforts du cacique lui-inême, qui avait gne de mettre a sa disposition des ri- été dangereusement blessé en voulant chesses de toute nature. « Je m'engage secourir quelques victimes. écrit-il à Raphaël Sanxis, à fournir á Colomb, comprenant combien il était S. M., aidé de ses secours les plus fai- important de vivre en bonne intellibles , autant d'or qu'ell" pourra en avoir gence avec les indigènes, s'atta ha par besoin, autant d'aromates, de cotons, de bons procédés à faire renaitre la conde gommes ( qu'on ne récolte qu'en fiance parmi eux, et il y parvint prompChine), autant d'aloés et d'esclaves pro- tement avec l'aide de Guarionex. pres au service de la marine qu'elle pourra

Reconnaissant alors que l'emplacel'exiger, de la rhubarbe, et d'autres pro- ment de la Natividad n'était pas favo

rable à ses projets de colonisation, il se (1) Id.

dirigea vers l'est, auprès d'une baie qui,

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