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préjugés vulgaires contre le traité signé au Pardo, le 14 janvier 1739 :

« Si tous nos brigandages commis dans les mers de l'Amé« rique étaient connus, la nation se trouverait surprise d'avoir pro« duit tant de scélérats qui ont violé les droits les plus sacrés « des gens. Qu'on ne se flatte donc point ; le peuple anglais n'est « pas moins vicieux qu'un autre. Le nombre de nos bâtiments « est cinq fois plus grand dans ces mers que celui des vaisseaux « de toutes les autres nations ensemble ; aussi le nombre d'Anglais « qu'on a justiciés, ou qui ont obtenu le pardon de leurs pira« teries, excède-t-il de beaucoup celui de quelque autre peuple « que ce soit. » ( Voir chap. II, § 3 [4°], origine de la guerre de 1739 entre l'Espagne et l'Angleterre.)

La paix d'Aix-la-Chapelle mit fin à la guerre de la succession d'Autriche ; elle fut signée entre la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, le 18 octobre 1748, et le traité fut revetu, successivement, ainsi que l'avait été le traité des préliminaires, de l'accession et de la signature des autres Puissances; tous les traités antérieurs, signés depuis la paix de Westphalie, en 1648, furent renouvelés et adoptés pour base et fondement de la paix, c'està-dire les traités de Nimègue, 1678 et 1679, de Ryswic, 1697, d'Utrecht, 1743, de Bade, 1714, de la Haye, 1717, de Londres, 1718, de Vienne, 1738. Le traité conclu le 25 décembre 1745, avait déjà rendu la tranquillité à l'Empire, mais la guerre avait continué dans les Pays-Bas, en Italie, et dans les deux Indes.

Après quelques années de repos, une nouvelle guerre éclata, entre la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne ; elle dura sept ans ; tous les grandes États de l'Europe y prirent part ; la paix fut signée, le 10 février 1763, à Paris, entre la France, l'Espagne, la Grande-Bretagne et le Portugal; et, le 15 du même mois, à Hubertsbourg, entre l'impératrice-reine, Marie-Thérèse, le roi de Prusse, et le roi de Pologne, électeur de Saxe.

La Grande-Bretagne avait commencé les hostilités sans déclaration de guerre. L'amiral Roscawen ayant rencontré, le 8 juin 1755, près des bancs de Terre-Neuve, deux vaisseaux de ligne français, le Lys et l’Achille, que le brouillard avait séparés de la flotte, les approcha en leur assurant que les souverains de leurs deux nations étaient en paix, les attaqua et les prit *); sur toutes les mers, en vertu d'ordres secrets donnés à l'avance, plus de trois cents bâtiments français naviguant dans la sécurité d'une paix

") Voir chap. II, 84, la réponse du vicomte de Bouville, commandant de la frégate l'Espérance, fait prisonnier le 11 novembre 1786.

profonde furent saisis dès le début, et plus de 4000 matelots furent faits prisonniers. 1)

Au moment où ces attentats contre le droit des gens s'exécutaient 2) le ministère anglais répondait au duc de Mirepoix, ambassadeur de France, inquiet des armements qu'il voyait faire dans les ports de l'Angleterre, «que son intention n'était nullement de « porter atteinte à la paix générale, et que, certainement, l'Angle« terre ne commencerait pas les hostilités. »

On ne cachait point à Londres et dans le parlement britannique, qu'en agissant ainsi, on avait eu en vue de détruire, par un coup de vigueur, la marine française ; et Lord Chatham disait, dans la chambre des Pairs : « Point de paix que la France ne « signe la destruction de sa marine ! C'est bien assez qu'on lui e permette le cabotage : l'Angleterre doit se réserver la souveraineté « exclusive de l'Océan ; il ne doit pas se tirer un coup de canon « sur les mers, sans la permission de la Grande-Bretagne. »

Lord Chatham en parlant ainsi n'était que l'écho du vieil orgueil britannique ; il reproduisait la doctrine des anciens rois, notamment de Jacques ler et de Charles II ; ce langage n'était pas digne de l'homme d'État éminent qui le tenait ; de tels propos appartiennent plutôt à un jeune midshipman qui fait sa première campagne, qu'à un homme de la valeur politique de Lord Chatham.

Le prétexte de la guerre fut un démêlé au sujet des limites de l'Acadie (connue aujourd'hui sous le nom de Nouvelle-Écosse), cédée à l'Angleterre par l'art. 12 du traité d'Utrecht (voir chap. II, $ 4 [6']), et pour ce motif la guerre, à son début, fut nommée guerre coloniale.

Le but réel était l'anéantissement de la marine française, qui, pendant la précédente guerre, avait lutté héroïquement, malgré son infériorité numérique, contre les forces navales de l'Angleterre.

Le cabinet anglais eut le talent de susciter des ennemis à la France sur le continent.

La France obligée de repousser par mer les hostilités des Anglais, et de soutenir en même temps une guerre continentale, vit cependant la première campagne, en 1756, s'ouvrir par de brillants succès. Le maréchal de Richelieu s'empara de l'ile de Minorque, que possédaient les Anglais, et M. de la Galissonnière qui commandait l'escadre française, battit, le 20 mai, l'amiral Byng qui s'était approché pour dégager le fort St.-Philippe, dont la capitulation eut lieu le 28 juin suivant 1); dans le Canada, les Français, commandés par M. de Montcalm, enlevèrent aux Anglais les forts Oswego, Ontario et George.

1) Les commandants des navires de la marine commerciale avaient reçu l'ordre du roi de n'opposer aucune résistance, parcequ'on croyait à Paris (dit le continuateur de l'abrégé chronologique de l'histoire de France du président Hénault), «que ces vaisseaux, pris avant la déclaration de guerre, seraient rendus infailliblement a à la paix ...... Une frégate de l'escadre de Brest s'étant emparée d'une frégate ang elaise, le roi donna ordre de la relacher, ne voulant pas, dit Louis XV à ce sujet, a faire la guerre en temps de paix, ni etre le premier en Europe enfreindre le e traité d'Aix-la-Chapelle. » 2) Voir Livre I, titre III, § 4 opinion de Gérard de Rayneval, de Raynal, etc.

Mais les efforts extraordinaires que la France devait faire sur le continent, ralentirent les opérations maritimes ; elle perdit, en 4757, Chandernagor ; le fort Louis, et l'ile de Gorée, en 1758; la Guadeloupe, en 1759 ; ce fut en cette même année, qu'eut lieu la sanglante bataille de Québec, dont le succès resta aux Anglais ; elle fut livrée le 13 septembre. Les deux généraux en chef des deux armées, Wolf et le Marquis de Montcalm, y furent tués : Québec tomba, le 18 septembre, au pouvoir des Anglais qui achevèrent, en 1760, la conquête du Canada. (Voir chap. II, $ 5.)

Dans les mois de janvier et février 1761, les Anglais s'emparèrent de Pondichéry et de Mahé sur la côte du Malabar ; en 1762, ils se saisirent de la Dominique, de la Martinique, des iles de Grenade, St.-Vincent, Ste.-Lucie et Tabago.

Malgré les revers éprouvés par la France en Europe, dans les deux Indes et en Afrique, le duc de Choiseul eut la pensée de proposer à l'Espagne de signer un pacte de fumille, dont l'objet était de cimenter une alliance perpétuelle entre toutes les branches de la maison de Bourbon ; cet acte célèbre fut signé à Madrid le 45 août 1761; la Grande-Bretagne déclara, le 2 janvier 1762, la guerre à l'Espagne, qui l'accepta par une contre-déclaration du 16 du même mois.

La lassitude des armées, et l'épuisement des finances se faisant sentir, les Puissances belligérantes entrèrent enfin en négociation pour la paix : les traités qui la consommèrent furent signés le 10 février 1763 à Paris, et le 13 du même mois à Hubertsbourg ; en 1762, la paix avait été signée entre la Prusse et la Russie.

La France renonça au Canada, à l'ile St. Vincent, à la Dominique et à Tabago; elle reprit possession de la Martinique, de la Guadeloupe, de Marie - Galante, de la Désirade, de Ste.-Lucie ; de ses comploirs sur les côtes de Coromandel, d'Orixa, de Malabar et du Bengale, etc.

1) L'escadre française était forte de douze vaisseaux et de cing frégates ; l'escadre anglaise comptait treize vaisseaux et cinq frégates : on peut donc dire que les forces étaient égales; mais l'amour-propre national blessé dans ce qu'il a de plus sensible, la suprématie de la Grande-Bretagne sur mer, voulut voir une trahison dans la défaite de l'amiral Jean Byng: le ministère fit traduire cet officier général, qui s'était toujours montré digne de son illustre père, devant un conseil de guerre qui le condamna à mort. Jean Byng fut exécuté en 1757.

L'ile de Minorque et le fort St.-Philippe furent rendus à la Grande-Bretagne, à laquelle l'Espagne céda la Floride et tout ce qu'elle possédait sur le continent de l'Amérique septentrionale, à l'Est et au Sud-Est du Mississipi ; l'Espagne reprit possession de l'ile de Cuba, que les Anglais lui avaient enlevée.

Nous n'avons fait entrer dans le cadre de la guerre de sept ans, que les événements maritimes en quelque sorte ; nous devons faire sortir de ces événements les faits et les observations qui intéressent le droit maritime des nations.

Pendant le cours de la guerre maritime, le gouvernement anglais voulut colorer sa conduite à l'égard des neutres en mettant en avant un principe que la justice, la raison et l'indépendance des nations repoussent également; ce principe, restrictif des droits des neutres, innové par le cabinet britannique (qui l'invoqua encore à une époque plus rapprochée de nous) est connu, dans l'histoire du droit maritime des nations, sous le nom de Règle de la guerre de 1756, ou guerre coloniale.

Le gouvernement britannique prétendait que les neutres ne pouvaient faire, en temps de guerre, un commerce qui ne leur était pas permis en temps de paix, et sous ce prétexte il autorisa la saisie des bâtiments neutres qui se rendaient aux colonies françaises et en revenaient avec un chargement, les faisant déclarer de bonne prise par ses tribunaux ; et ce principe inoui, le cabinet de St.-James la constamment soutenu depuis, alors même que, de son côté, il ouvrit plus tard les ports de ses colonies à la navigation des nations neutres. (Voir chap. XXI et XXVI.)

La nullité de cette prétention est évidente : chaque nation a le droit, dans son indépendance et dans sa souveraineté, de régler, selon ce qu'elle croit utile à sa prospérité intérieure, le commerce de ses colonies, d'ouvrir et de fermer à la navigation marchande étrangère, ceux de ses ports coloniaux qu'elle juge convenable de désigner. La France avait donc le droit d'ouvrir ses ports coloniaux aux étrangers, à une époque, et de les fermer à une autre époque : cette mesure d'administration intérieure et de police est une conséquence de l'indépendance de tout gouvernement.

La règle de la guerre de 1756, introduite par le gouvernement anglais, était de sa part la déclaration qu'il ne reconnaissait plus la franchise du pavillon neutre, qu'il avait admise et reconnue par plusieurs traités. (Voir chap. I.)

Le principe, reconnu par les traités de 1713, . « le pavillon couvre la marchandise », ou, en d'autres termes, « vaisseaux libres, marchandises libres », ne fit pas, dans la période de 1713 à 4756, de grands progrès, bien qu'il eût été reconnu, en termes généraux, par le traité d'Aix-la-Chapelle, de 1748, entre la France, la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies des Pays-Bas.

Mais le traité de Paris qui mit fin à la guerre de sept ans, entre la France, la Grande-Bretagne et l'Espagne, traité auquel le Portugal accéda , le renouvela expressément en renouvelant, entr'autres traités, ceux de paix et de commerce qui avaient été signés à Utrecht.

L'art. 2 du traité du 10 février 1763 porte en effet : «Les traités de Westphalie de 1648, ceux de Madrid entre les couronnes d'Espagne et de la Grande-Bretagne de 1667, etc., et ceux de pais et de commerce d'Utrecht, etc. (voir chap. I), servent de base et de fondement à la paix et au présent traité ; et, pour cet effet, ils sont tous renouvelés et confirmés dans la meilleure forme, ainsi que tous les traités en général qui subsistaient entre les hautes parties contractantes avant la guerre, et comme s'ils étaient inscrits ici mot à mot, de sorte qu'ils devront être observés à l'avenir dans toute leur teneur

Les traités de 1739 entre la France et les Provinces-Unies, de 1742, entre la France et le Danemarck, et de 1745, entre la France et les Deux-Siciles, avaient également reconnu et admis le principe que « le pavillon couvre la cargaison ».

Mais en dehors de ces traités qui établissaient un droit conventionnel international entre les États contractants, dans le cas d'une guerre à laquelle l'un d'eux ne prendrait aucune part, les réglements particuliers de chaque pays restèrent en vigueur à l'égárd des autres nations. Les uns se conformaient aux principes du Consulat de la mer (voir Livre I, titre I, § 4), lequel rendait libre la marchandise amie sur batiment ennemi, et confisquait la marchandise ennemie sur bâtiment neutre; les autres (la France et l'Espagne notamment) continuaient de suivre les doctrines de l'ordonnance de 1684 et de l'ordonnance de 1744, lesquelles veulent, la première, que « la robe d'ennemi confisque celle d'ami»; la seconde, que la cargaison ennemie sur bâtiment ami soit seule confisquée et le bâtiment reláché. (Voir Livre I, titre 1, § 5 et titre III, § 10.)

Après la signature de la paix de 1763, le roi Louis XV réclama la restitution des prises maritimes faites avant la guerre; ce prince avait donné la preuve de son respect pour les traités,

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