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Cette lettre dåt paraitre, à bon droit, assez extraordinaire au cabinet de Stockholm : l'Espagne en guerre avec l'Angleterre n'a aucune réparation à attendre de ce côté ;

il faut alors que la Suède se charge de la venger du guetapens dont les deux frégates espagnoles ont été victimes ; et, après avoir exprimé à la cour de Suède des regrets sur ce qui est arrivé, elle excite, par tous les moyens, l'amour-propre de cette Puissance ; elle se laisse même aller, enfin, à une menace aussi étrange que mal-adroite, afin de la déterminer à agir auprès du cabinet britannique !

M. d'Ehrenbeim adressa la réponse à cette lettre au chevalier de la Huerta, ministre plénipotentiaire d'Espagne à Stockholm; elle porte la date du 22 octobre.

Dans la position où se trouvait la Suède, qui ne pouvait obtenir aucune espèce de satisfaction du cabinet de St.-James, à l'occasion des deux convois suédois que la marine anglaise avait enlevés en 1798 et 1799 (voir chap. XXII), il était difficile de pouvoir espérer qu'elle obtiendrait la restitution des frégates espagnoles ; comment le cabinet de l'Escurial a-t-il pu le penser ?

Voici en quels termes est conçue la réponse du ministère suédois au gouvernement espagnol, réponse digne et calme, qui n'est pas tout-à-fait exempte cependant d'une certaine ironie de bon goût, mais dans laquelle le cabinet de Madrid ne vit ou ne voulut voir que froideur et manque d'énergie.

« Drottningholm, le 22 octobre 4800. «S. M. Suédoise a appris avec le plus vif déplaisir la violence que quelques officiers de la marine anglaise ont faite à un vaisseau marchand de la Poméranie-Suédoise, pour le faire servir à une entreprise hostile contre deux frégates espagnoles sur la rade de Barcelone. Parfaitement d'accord avec S. M. Catholique dans la manière d'envisager ce nouvel abus de la force, et le danger commun que de pareils exemples pourraient entraîner, tant pour les neutres, que pour les belligérants même, S. M. en fera porter des plaintes à Londres, dues en même temps à ses liaisons amicales avec la cour d'Espagne et à la neutralité du pavillon.

« Dans ces réclamations, qui ont pour premier objet le droit du pavillon et des sujets suédois, S. M. Catholique trouvera juste sans doute que le Roi se regarde comme parlie principale. En suivant ses intérêts, comme S. M. les entend, elle n'oubliera cerlainement pas ceux de l'Espagne. La justice veut qu'on restitue ce qui a été mal pris ; S. M. y insistera, toutefois sans garantir le succès de cette démarche. Elle fera, dans son temps, des communications confidentielles à la cour d'Espagne sur les dispositions dans lesquelles elle aura trouvé le gouvernement anglais à cet égard ; mais une juste confiance de la part de S. M. Calholique lui laissera sans doute le choix des formes et des moyens, la dispensant de toute époque fixe, comme de toute espèce de compte à rendre ; l'Espagne qui, comme tout le reste de l'Europe, connait le long procès que la Suède fait plaider à Londres sur les restitutions à faire à elle-même, n'a pas lieu de se promettre une plus prompte justice dans une cause où il s'agit de restitutions à faire à des ennemis.

« En général S. M. Suédoise ne se reconnait engagée dans aucune responsabilité d'un fait dont les causes lui sont absolument étrangères. Après les rapports que la cour d'Espagne s'en est fait donner, avec les circonstances qu'elle admet elle-même comme constatées, il a été très inattendu de l'y voir impliquer le gouvernement de Suède et toute la nation.

« Il serait assez malheureux que les torts d'un liers pussent faire rompre des relations que plusieurs discussions directes, pendant la présente guerre, n'ont pu altérer.

«Il y a eu de fréquents revers, particulièrement affectés, à ce qu'il a paru, aux ports d'Espagne : un vaisseau suédois pris dans le port même de passage par les Anglais ; un second, pillé et entièrement dévasté à Alicante par les Français ; plusieurs autres, enlevés par des corsaires français, alors qu'ils stationnaient à l'entrée du port de Malaga, ont fourni à S. M. Suédoise autant de sujets de réclamations et d'invitations amicales à la cour d'Espagne, de faire respecter son terriloire pour la sûreté de son commerce.

« S. M. se serait fort applaudie de ses représentations, si elle eut trouvé, en sa faveur, quelques marques de l'énergie, que le gouvernement de l'Espagne vient de déployer contre elle dans une affaire où elle n'a d'autre part que des plaintes à faire. Mais l'inutilité de ses réclamations n'a pas fait sortir S. M. des termes de modération et d'équité convenables entre des cours amies, et auxquels S. M. espère encore voir revenir la cour d'Espagne après les différents malheurs arrivés dans ses ports. Le soussigné etc.

Signé : F. d'EHRENHEIM. »

Le chevalier de la Huerta communiqua cette réponse à son gouvernement, et la réplique qu'il fut dans le cas d'y faire, le 29 décembre 1800, par ordre de sa cour, fut une espèce de leçon donnée à la Suède sur la froideur et l'absence d'énergie avec lesquelles son gouvernement semblait ressentir un affront fait à son pavillon.

La cour de Suède avait déjà envisagé de la sorle l'office du 17 septembre. En effet, dans une lettre, du mois de novembre, adressée par M. d'Ehrenheim à M. de Tarrach, ministre de Prusse à Stockholm (lequel avait été chargé par son gouvernement de presser la cour de Suède, afin qu'elle exigeât une réparation de la part du cabinet britannique), on trouve cette phrase :

a Le Roi a été très-surpris de la responsabilité publique à laquelle la cour d'Espagne a appelé la Suède en cette occasion, et des menaces qu'elle y a jointes. Après toutes les vexations auxquelles les pavillons neutres ont été exposés pendant la présente guerre, c'est la mesure la plus oppressive qu'ils aient encore éprouvée. De cette manière, placés sans cesse entre l'offense et la réparation, ils devront bientôt se laisser entrainer dans la guerre, ou disparaitre de toutes les mers où elle se fait. »

Nous avons déjà dit que les démarches de la Suède à Londres n'obtinrent aucun résultat.

8 2. Prise du navire prussien le Triton. Dans les premiers jours du mois de novembre 1800, le navire prussien le Triton, du port d’Embden, chargé de bois de construction et destiné pour Amsterdam, après avoir été pris par un vaisseau de guerre anglais, à la hauteur du Texel, sous l'inculpation qu'il était chargé de marchandises de contrebande de guerre, avait été forcé, par l'état de la mer, d'entrer dans le port de Cuxhaven, sous la conduite du vaisseau capteur; le ministre du roi de Prusse à Hambourg racheta cette prise maritime, des mains de son capteur, pour la restituer à son premier propriétaire.

Il n'existait aucun traité qui autorisât l'Angleterre à considérer le bois de construction chargé sur un bâtiment prussien avec destination d'un port hollandais, comme contrebande de guerre. A cette époque, la Prusse n'avait pas encore contracté de traité de commerce avec la Grande-Bretagne ; or, les traités existant entre cette Puissance et les Pays-Bas ne comprennent pas le bois de construction parmi les articles de contrebande, non plus que le traité de 1766 auquel s'est référée l'impératrice de Russie dans sa déclaration de 1780, acceptée par la Prusse. (Voir chap. VII, § 2.)

La cour de Berlin dirigea immédiatement un corps de troupes sur le bourg de Ritzebuttel, et fit prendre possession du port dans le but d'empêcher qu'il ne se commit, à l'embouchure de l'Elbe, quelques hostilités contraires à la neutralité du Nord de l'Allemagne ; ce motif officiel de l'occupation du port de Ritzebuttel résulte de la proclamation même que fit le commandant des troupes prussiennes en entrant à Cuxhaven, le 23 novembre 1800.

La prise de possession fut effectuée et maintenue malgré les explications que demanda au cabinet prussien Lord Carysford, envoyé britannique à Berlin, par ses lettres des 16 et 18 novembre

adressées au comte d'Haugwitz, ministre des affaires étrangères de S. M. le roi de Prusse.

La réponse de M. d'Haugwitz, en date du 20 novembre 1800, est remarquable de précision et mérite d'être recueillie ; nous en donnerons un extrait :

« La mesure a été exécutée aussitôt que prise ; elle n'est plus dans le cas d'être révoquée ; l'exemple de ce qui s'est passé, impose à S. M. la nécessité de veiller efficacement au maintien de la neutralité, qu'elle a garantie à ses États. Le Roi ne saurait s'imaginer que S. M. Britannique, après avoir participé, en su qualité d'Électeur de Hanovre, aux avantages et aux bénéfices de cette même heureuse neutralité, puisse concevoir la moindre alarme en voyant entrer une garnison prussienne dans le port que l'Angleterre a choisi pour un point de communication avec le Nord de l'Allemagne. Placé de cette manière sous la garantie immédiate du Roi, il en sera d'autant plus à l'abri de toute espèce d'atteinte ....

Quand un gouvernement puissant a pour lui le bon droit, la justice et l'équité, il convient que dans ses rapports avec les autres gouvernements, il dise avec une énergique netteté les motifs qui ont déterminé sa conduite, et qu'il sache maintenir les mesures qu'il a cru devoir adopter.

Le cabinet prussien, ainsi qu'on le verra dans le paragraphe suivant, a fourni une nouvelle application de cette doctrine ; sa réponse à Lord Carysford, du 12 février 1804 méritait d'être conservée : nous l'avons fait.

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§ 3.

Violation de la mer territoriale de l'État de Norvège, dans le port d'Oster-Risöer, par la frégate anglaise le Squirrel, et, dans le

port d'Egvang, par le cutter l'Achille.

La proposition qu'avait faite la Russie, le 27 août 1800, de rétablir la neutralité armée entre les États du Nord, ne devait pas rester sans résultat ; suspendue pendant quelque temps à la nouvelle de la convention signée le 29 août à Copenhague (voir chap. XXII), la négociation avait été reprise ; elle aboutit enfin à la conclusion des ités des 16 et 18 décembre 1800, entre les cours de Russie, de Prusse, de Suède et de Danemarck. (Voir le commencement du présent chapitre, ainsi que le chap. XXIII.)

Aussitôt que la Grande - Bretagne eût acquis la preuve de l'existence des négociations, elle fit faire des représentations aux diverses cours entre lesquelles elles étaient suivies.

Nous croyons superflu de reproduire les notes qui furent présentées par les ministres britanniques, au nom de leur gouvernement, et les réponses qui y furent faites; nous nous bornerons à donner un extrait de la réponse que le comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères de Danemarck, fit à la note que M. W. Drummond, chargé d'affaires d'Angleterre à Copenhague, lui avait adressée le 27 décembre 1800.

« ....... La négociation qui se fait à Saint-Pétersbourg, entre la Russie, la Prusse, la Suède et le Danemarck, n'a pour objet que le renouvellement des engagements, qui, dans les années 1780 et 1781, furent contractés par les mêmes Puissances pour la sûreté de leur navigation, et dont il fut alors donné connaissance à toutes les cours de l'Europe. - S. M. l'Empereur de Russie ayant proposé aux Puissances du Nord de rétablir ces engagements sous leur forme primitive, le Danemarck a d'autant moins hésité à y consentir, que, loin d'avoir jamais abandonné les principes professés en 1780, il a cru devoir les soutenir et les réclamer dans toutes les occasions, et ne pouvoir admettre, à leur égard, d'autres modifications que celles qui résultent de ses traités particuliers avec les Puissances belligérantes. Bien éloigné de vouloir gêner ces Puissances dans l'exercice des droits que la guerre leur attribue, le Danemarck n'apporte, dans la négociation avec ses alliés, que des vues absolument défensives, pacifiques et incapables d'offenser, ou de provoquer personne. Les engagements qu'il prendra seront basés sur le plus strict accomplissement des devoirs de la neutralité, et des obligations que ses traités lui imposent ; et s'il souhaite mettre sa navigation à l'abri des abus et des violences manifestes que la guerre maritime n'entraine que trop aisément, il croit respecter les Puissances belligérantes en supposant que, loin de vouloir autoriser ou tolérer ces abus, elles voudront, de leur côté, prendre les mesures les plus propres à les prévenir et à les réprimer. Le Danemarck n'a fait mystère à personne de l'objet de la négociation sur la nature de laquelle on est parvenu à donner le change à la cour de Londres ; mais il n'a pas cru s'écarter des formes ordinaires en voulant en attendre le résultat définitif pour en instruire officiellement les Puissances en guerre.

« Le soussigné ne sachant pas qu'aucune des Puissances engagées dans celte négociation ait fait une déclaration ou adopté des mesures relatives à ce sujet, dont la Grande-Bretagne puisse

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