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cessaire de mettre sous les yeux du lecteur un extrait de ces deux offices diplomatiques.

« La frégate anglaise Squirrel, capitaine Hamstead commandant, est entrée, le 5 février 1801, dans le port d'Oster-Risöer, en Norvège, et a saisi le navire suédois Frieden, capitaine Ma. rellius , qui en sortait, en enlevant le pilote norvégien Rasmus Anderson Narrestöe, et le mettant aux fers pour avoir fait des représentations contre la capture !

Arrivé à l'ancre dans le susdit port, le commandant Hamstead a, par ses chaloupes armées, fait prendre possession des navires suédois suivants : Erbarheten, capitaine Berlen, Telemak, capitaine Sundberg, et Sex-Södskende, capitaine Bolin.

Les représentations du Si Tobiesen, premier magistrat de la ville, contre cet acte d'hostilité ouverte, furent en vain employées pour détourner l'officier anglais de sa conduite violente ; celui-ci insista même pour qu'on lui fournit des pilotes afin de conduire ses prises en mer.

«A la suite du juste refus qu'on lui fit à ce sujet, il expédia, le lendemain, un officier avec trois soldats et deux marins, armés de fusils et de sabres tirés, chez le chef des pilotes, pour le forcer de donner les pilotes demandés. Sur les entrefaites, le susmentionné chef-magistrat, accompagné du vice-consul anglais, se rendit à bord du Squirrel, représentant au commandant l'impossibilité d'acquiescer à sa demande ; mais durant cet entretien, une chaloupe armée fut de nouveau envoyée à terre ; plusieurs pilotes furent enlevés de force et obligés de se rendre aux ordres du capitaine Hamstead, qui, par ces moyens violents, emmena avec lui lesdits navires suédois.

« Cette conduite révoltante et criminelle dans tous ses détails ne pourra sans doute que rencontrer l'indignation du gouvernement britannique, qui, quelque facheuses que soient les circonstances du moment, ne saurait certainement pas tolérer une atrocité de ce genre, qui, inouïe entre des nations policées, dégrade l'honneur de la marine anglaise, et n'admet plus ni sûreté ni tranquillité pour les nations en paix avec la Grande-Bretagne.

« Dans cette conviction, je m'acquitte des ordres de ma cour, en réclamant les susdits navires suedois enlevés, en insistant sur leur restitution immédiate avec leurs équipages, en demandant une satisfaction proportionnée à l'énormité de l'attentat, dont les officiers anglais se sont évidemment, de propos délibéré, rendus coupables.

« Le roi, mon maitre, s'attend avec confiance à la prompte ré

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paration d'un délit qui affecte la dignité de sa couronne et la sûreté de ces royaumes.

Le 18 mars 1801, le comte de Wedel-Jarlsberg sut encore dans le cas de faire parvenir à Lord Hawkesbury de nouvelles plaintes.

Le 8 février précédent, une chaloupe armée, expédiée par le cutter de la marine anglaise l'Achille, commandé par le capitaine Barnett, était entrée dans le port d'Egvang, près Fahrsunden, en Norvège, et s'était emparée d'une prise française qui s'y trouvait à l'ancre ; «pendant ce temps-là, l'équipage de l'Achille est desu cendu à Skioldeneess d'où il a tiré sur une barque qui descen« dait de Lyshayn, ayant à bord trois paisibles habitants de la a côte, dont un, le S' Elling, avait été tué : deux actes dignes a des pirates les plus éhontés, pour lesquels le gouvernement « danois réclame réparation ........ )

En répondant au comte de Wedel-Jarlsberg, dès le lendemain, Lord Hawkesbury, lui donna l'assurance que des recherches rigoureuses seraient faites et que si les faits se trouvaient tels qu'ils avaient été exposés, les individus reconnus coupables rencontreraient les plus fortes marques d'improbation de la part du gouvernement de S. M.

«A l'égard, ajoute Lord Hawkesbury, de la demande faite par le comte de Wedel-Jarlsberg, pour la restitution des différents bâtiments dont il est parlé dans sa note et dans la précédente, le soussigné a l'honneur de lui faire observer que, dans les circonstances actuelles des deux pays (la Suède et la Grande-Bretagne), il est impossible à S. M. d'entrer dans aucune explication sur ces points. Mais si la mésintelligence qui malheureusement subsiste aujourd'hui entre les deux cours, est amiablement ajustée, ainsi que S. M. le désire ardemment, ces cas seront naturellement portés, sans perte de temps, devant les tribunaux réguliers et impartiaux, établis dans ce pays-ci pour décider de telles causes, conformément aux principes de justice et du droit des gens. »

Cette dernière phrase n'était pas de nature à rester sans réplique ; l'envoyé danois écrivit immédiatement, le 20 mars, à Lord Hawkesbury, que son souverain ne consentirait jamais à ce que la violation ouverte de ses ports ct de son territoire, devint, sous aucun prétexte, l'objet des délibérations et d'une décision de tribunaux quelconques. «Ses droits souverains et territoriaux sont assurés », dit M. de Wedel-Jarlsberg en terminant; «S. M. ne s'en départira pas ; et, toutes les fois qu'ils seront enfreints par la conduite violente des officiers britanniques, le roi n'hésitera pas à en appeler directement à la justice de S. M. Britannique, dont il s'attend à recevoir immédiatement cette satisfaction que les souverains ne se refusent guères, et qui, en pareil cas, serait promptement rendue à celui de la Grande-Bretagne. »

Une dernière note adressée le 24 mars 1804, par Lord Hawkesbury au comte de Wedel-Jarlsberg, mit fin à cette négociation; les officiers de la marine anglaise furent désapprouvés, et l'on ordonna la restitution des navires suédois, capturés dans le port d'Oster-Risöer ; réparation incomplète des nombreuses atteintes portées par l'Angleterre aux droits du Danemarck, en sa qualité de nation neutre; réparation tardive d'ailleurs, car la mesure des outrages d'un côté, et de la patience de l'autre, était comble; la guerre éclata au moment même où les choses se passaient à Londres.

Cette courte guerre du Nord, à laquelle mit fin la mort violente de l'empereur Paul ler, et les traités qui en furent la conséquence, feront l'objet du chapitre suivant.

CHAPITRE XXV.

GUERRE DU NORD. (1801.)

Mort de Paul jer." Paix de St.-Pétersbourg. Altération importante des

principes consacrés en 1780 et en 1800.)

Les atteintes répétées, portées par l'Angleterre aux droits des neutres ; les prétentions choquantes que cette Puissance continuait de manifester, en se tenant en quelque sorte en dehors du droit maritime généralement adopté, déterminèrent les États du Nord à entrer dans les vues de la Russie à l'égard de la Grande-Bretagne. (Voir chap. XXIV.)

Ces États résolurent d'apporter, en commun, des entraves aux abus, à l'arbitraire dérivant de la prépondérance de la marine anglaise, et dans ce but de fermer leurs ports aux vaisseaux britanniques.

Les cours de Berlin et de Copenhague joignirent leurs forces pour occuper conjointement les embouchures de l'Elbe et du Weser;

") Voir chap. VII, & 2; chap. XXIII et XXIV.

des gens,

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un corps de 12,000 Danois, sous les ordres du prince Charles de Hesse, se mit en marche pour Pinneberg, d'où le prince annonça, le 28 mars 1801, au sénat de Hambourg, par le manifeste suivant, qu'il occuperait la ville lendemain :

« Les mesures aussi arbitraires que violentes, prises par le gouvernement anglais, au mépris de tous les principes du droit

contre la navigation et le commerce des Puissances alliées pour la garantie et le maintien des droits des pavillons neutres, n'ayant point encore été révoquées malgré les plus instantes représentations, lesdites Puissances se voient dans la désagréable nécessité de prendre, de leur côté, tous les arrangements propres à rappeler ce gouvernement à des mesures plus équitables.

« Comme le moyen qui a paru le plus efficace pour atteindre ce but, est d'empêcher la navigation et le commerce anglais sur l'Elbe, et qu'à cet effet l'occupation de la ville libre et impériale de Hambourg est absolument nécessaire, S. M. Danoise, en regrettant d'être obligée d'ordonner une pareille mesure, à dù céder à l'empire des circonstances, et m'a chargé en conséquence de l'exécuter avec les troupes confiées à mon commandement.

Je veillerai avec sollicitude à ce que les troupes qui entreront dans la ville, y observent pendant leur séjour, la discipline la plus sévère, etc. »

Il est digne de remarque qu'au moment où le cabinet de St.James échangeait des notes officielles avec l'envoyé de Danemarck, les 18, 19, 20 et 23 mars, au sujet de la conduite de la frégate anglaise le Squirrel (voir chap. XXIV), et qu'il reconnaissait que les plaintes du Danemarck étaient fondées, le gouvernement britannique faisait partir, sous les ordres de l'amiral Sir Hyde Parker et du vice-amiral Nelson, une flotte de 52 voiles, dont 30 bombardes; laquelle flotte se trouvait déjà, le 20 mars 1801, au Catégat, pour appuyer la négociation de M. Vansittart et du chargé d'affaires accrédité, M. Drummond ; le gouvernement britannique en dirigeant vers le Sund des forces navales aussi imposantes se proposait de punir le gouvernement danois de sa constance inébranlable dans ses principes, et de l'obliger à renoncer à son alliance avec la Russie. En répondant favorablement aux plaintes de l'envoyé danois, au sujet des attentats commis par le Squirrel, il espérait sans doute endormir la vigilance du cabinet de Copenhague.

Le colonel Stricker, commandant de la forteresse de Cronenbourg, reçut l'ordre de s'opposer au passage de la flotte anglaise, Cussy. II.

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et, le 29 mars, le gouvernement danois, usant en cela de représailles, mit un embargo général sur tous les vaisseaux anglais qui se trouvaient dans les ports de la domination du roi.

Le 30 mars, la flotte anglaise força le passage du Suod, malgré les nombreux projectiles de mort et de destruction (bombes, boulets rouges, etc.), lancés du haut des remparts de la forteresse de Cronenbourg par cent bouches à feu de gros calibre; elle arriva devant Copenhague le même jour.

La Suède a-t-elle négligé de seconder le Danemarck en cette circonstance, comme il semble qu'elle était appelée à le faire ?

L'opinion publique lui a fait un reproche de n'avoir point apporté son concours de résistance.

Certes, après Paul ler, le plus animé des membres de la ligue contre l'Angleterre, était le roi Gustave-Adolphe ; il voulait le succès commun et l'aurait assuré s'il avait pu ; mais autant par suite de la mauvaise saison que par suite des dispositions ellesmêmes de la côte suédoise, on ne put faire de travaux suffisants du côté de la Suède, pour défendre le passage ; une seule batterie de huit pièces de canons fut établie sur le point le plus saillant du rivage.

Au surplus, le Danemarck ne voulut pas, sans doute, qu'on cessât un seul instant de le considérer comme la seule sentinelle réelle du Sund, car il ne fit aucune démarche auprès du roi Gustave-Adolphe pour que ce prince armât ses côtes.

Et d'ailleurs, ainsi que le fait remarquer M. Thiers dans son Histoire du Consulat et de l'Empire, la largeur du Sund étant de 2,300 toises ( 4,500 mètres), des batteries tirant des deux côtes, ne pourraient occasionner que de bien faibles dommages à des bâtiments qui se tiendraient au centre, et très-probablement si elles eussent existé, elles n'eussent point été un obstacle sérieux au passage des forces navales, placées sous les ordres de Nelson si impétueux dans ses résolutions.

Le 2 avril 1801 fut marqué par la bataille sanglante et mémorable entre la division de la flotte anglaise, placée sous le commandement du vice-amiral Nelson, et la division navale danoise commandée par Olfant Fischer. La marine danoise se couvrit de gloire ; la victoire toutefois resta à l'amiral anglais ; mais si le prince de Danemarck n'eût pas fait arrêter le feu, en vue d'éviter l'incendie de la ville de Copenhague, privée de l'appui de ses batteries flottantes (détruites pendant le combat), on peut admettre pour certain, au dire des écrivains du temps, que la division de Nelson, presque mise hors de combat, eût été obligée de se

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