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retirer. Ajoutons, avec M. Thiers, que si les Russes et les Suédois fussent venus, alors, avec leurs 20 vaisseaux, se joindre à la flotte danoise dans la rade, théâtre du combat, Nelson eût échoué dans son audacieuse entreprise, et les droits de la neutralité maritime auraient triomphé dans cette journée.

Mais le temps avait manqué à tout le monde, et la promptitude des Anglais avait changé le destin de cette guerre!

Une lutte de quatre heures mit donc fin à une guerre dont les premiers actes d'hostilités ne remontaient pas au-delà du 5 février. (Voir chap. XXIV, § 3.)

Le 3 avril, les négociations commencèrent ; le 9, une convention d'armistice fut signée à bord du vaisseau amiral anglais dans la rade de Copenhague, le gouvernement danois, fidèle aux engagements qu'il avait pris avec les Puissances du Nord à l'occasion de la neutralité armée, ayant repoussé la proposition qui lui fut faite de signer un traité d'alliance défensive avec la GrandeBretagne, qui s'engageait à soutenir le roi de Danemarck par une flotte de 20 vaisseaux de guerre.

La convention d'armistice portait en substance, que le traité de neutralité armée serait suspendu, en ce qui concernait la coopération du Danemarck, aussi longtemps que l'armistice resterait en force, c'est-à-dire pendant 14 semaines, et qu'aucun vaisseau anglais ne pourrait s'approcher qu'à la portée du canon des vais seaux armés et des forts danois dans la rade de Copenhague.

Après la signature de cette convention, l'amiral Parker se rendit devant Carlscrona, et adressa, le 18 avril, une sommation au vice-amiral suédois Cronstedt pour qu'il lui fit connaitre la pensée de sa cour, et si elle était dans l'intention de renoncer a aux projets hostiles que, de concert avec la Russie, elle avait « dirigés contre les droits et les intérêts de la Grande-Bretagne. » (Qu'on le remarque bien, les droits de la Grande-Bretagne !)

Après avoir pris les ordres de sa cour, le vice-amiral Cronstedt répondit, le 23 avril, par ordre du roi, son auguste souverain, à l'amiral Parker :

Le Roi de Suède n'hésite pas un moment à remplir, avec fidélité et loyauté, les engagements que S. M. a contractés avec ses alliés Il considère la cause de ses fidèles alliés comme la sienne propre ; S. M. ne veut pas se refuser toutefois à écouter les propositions équitables, pour terminer les différends subsistants, qui pourraient être faites aux Puissances confédérées du Nord, par des plénipotentiaires autorisés par S. M. Britannique. »

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L'amiral Parker désirant tirer de la victoire remportée par la flotte anglaise, toutes les conséquences qu'il pouvait en espérer, voulait exiger du Danemarck de se retirer de la confédération des neutres. Nelson fut envoyé à Copenhague à cet effet. Sa mission resta sans résultat : les Danois devaient donc s'attendre à une attaque nouvelle et s'apprêtaient à la soutenir.

Ce fut pendant que ces diverses négociations se suivaient, qu'on apprit à Copenhague la mort violente de Paul Jer, assassiné dans la nuit du 23 au 24 mars.

Cet événement inattendu était de nature à porter, plus encore que le succès obtenu par l'amiral Parker devant Copenhague, le dernier coup à la confédération.

Le comte de Pahlen, gouverneur de St.-Pétersbourg, et chargé de la police de l'empire, s'était donné la terrible mission de mettre fin au règne de Paul fer. Après la mort de son souverain, il resta dans le conseil de l'empereur Alexandre qui lui confia le portefeuille des affaires étrangères. Ce fut lui dès lors que le nouveau monarque de Russie chargea d'entrer en relations directes avec l'amiral Sir Hyde Parker, afin d'arrêter les hostilités dans la Baltique. La lettre que le comte de Pahlen écrivit, en cette circonstance, à l'amiral anglais, mérite d'être reproduite :

« Une des premières démarches de l'empereur Alexandre a été d'accepter les propositions que la Grande-Bretagne avait faites à son prédécesseur, de terminer, par une convention heureuse, les différends qui avaient fait éclater la guerre dans le Nord de l'Europe. Fidèle, néanmoins, aux engagements contractés avec les cours de Stockholm, de Berlin et de Copenhague, S. M. a fait connaitre qu'elle était fermement décidée à agir de concert avec ses alliés, en tout ce qui était relatif aux intérêts des Puissances neutres.

«S. M. I. ne s'attendait pas, que la Grande-Bretagne commencerait les hostilités contre le Danemarck, précisément au moment où l'envoyé de cette Puissance à la cour de Berlin était, de nouveau, autorisé à conférer avec le ministre russe résidant dans cette capitale.

« Les mesures prises par S. M. I. n'ont été qu'une suite de sou désir de maintenir la paix, afin de prévenir, pour le bien de l'humanite, une rupture funeste aux dites Puissances.

« Les hostilités entreprises contre le Danemarck eussent infailliblement mis obstacle à la paix, si les intentions pacifiques de S. M. I. eủssent, à cette époque, été connues de la cour de Londres ; mais comme la flotte anglaise est partie pour le Sund,

avant que S. M. soit montée sur le trône, elle attendra, pour connaitre les vraies dispositions du cabinet de St.-James, que celui-ci ait reçu les propositions qu'elle lui a faites.

« Le soussigné, etc., demande, en conséquence, au nom de son souverain, que l'amiral en chef de la fotte de S. M. Britannique suspende toute hostilité contre le pavillon des trois Puissances coalisées, jusqu'à ce que S. E. ait reçu des ordres ultérieurs de sa cour; et, en attendant, l'amiral sera personnellement responsable des suites qui résulteraient de la continuation de la guerre.

« Quoique prête à repousser la force par la force, S. M. I. persistera dans ses intentions pacifiques, si la justice et la modération du cabinet de Londres lui permettaient de concilier l'humanité avec ce qu'elle doit à la dignité de sa couronne et aux intérêts de ses alliés. »

En réponse à cette communication, l'amiral anglais fit connaitre que, dans l'espoir qu'il nourrissait de voir bientôt resserrer, entre la Russie et la Grande-Bretagne, les liens de l'amitié et de l'harmonie qui existaient autrefois, il allait donner les ordres nécessaires pour faire cesser toute espèce d'hostilités contre les sujets russes, danois et suédois, et qu'il se retirerait sans retard au Kioge-Bucht, pour y attendre les ordres de sa cour.

L'embargo ordonné par les divers États du Nord sur les vaisseaux anglais , et, par la Grande-Bretagne, sur les bâtiments russes, suédois et danois, fut levé; des négociations de paix s'ouvrirent à Saint-Pétersbourg pour régler définitivement les différends qui s'étaient élevés entre les États du Nord et la GrandeBretagne, sur le commerce des neutres ; elles se terminèrent par la signature, le 17 juin 1804, d'une convention entre la Russie et l'Angleterre à laquelle le Danemarck adhéra le 28 octobre suivant, et la Suède le mars 1802; convention mémorable qui établit, en quelque sorte, un nouveau code maritime international, entre ces Puissances; convention déplorable, ajouterons-nous, puisqu'elle a sacrifié l'immunité du pavillon consacrée par les traités des deux neutralités armées de 1780 et 1800 (voir chap. VII, § 2 et 23), et qu'elle a porté atteinte à la dignité et à l'indépendance des nations maritimes, en sacrifiant le droit de convoi, au profit de la seule Angleterre dont la marine était à cette époque, ainsi qu'elle est encore aujourd'hui, plus considérable que les marines réunies des États maritimes du Nord.

La convention du 17 juin 1804 est trop importante, elle joue un rôle trop fatalement essentiel dans l'histoire du droit maritime

des nations, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'en reproduire ici les articles principaux :

Art. 3. < Les vaisseaux de la Puissance neutre pourront naviguer librement aux ports et sur les côtes des nations en guerre.

« Les effets embarqués sur les vaisseaux neutres seront libres, à l'exception de la contrebande de guerre et des propriétés ennemies ; il est convenu de ne pas comprendre au nombre des dernières, les marchandises du produit du cru ou de la manufacture des pays en guerre qui auraient été acquises par les sujets de la Puissance neutre, et seraient transportées pour leur compte, lesquelles marchandises ne peuvent, en aucun cas, étre exceptées de la franchise accordée au pavillon de la dite Puissance.

« Pour éviter toute équivoque sur ce qui doit être qualifié contrebande de guerre, S. M. I. de toutes les Russies et S. M. Britannique déclarent, conformément à l'article XI du traité de commerce conclu entre les deux couronnes, le 10/22 février 4797, qu'elles ne reconnaissent pour telles que les objets suivants : canons, mortiers, armes à feu, pistolets, bombes, grenades, boulets, balles, fusils, pierres à feu, meches, poudre, salpêtre, soufre, cuirasses, piques, épées, ceinturons, gibernes, selles et brides, en exceptant toutefois la quantité des susdits articles qui peut être nécessaire pour la défense du vaisseau et de ceux qui en composent l'équipage ; tous les autres articles quelconques non désignés ici ne seront pas réputés munitions de guerre et pavales, ni sujets à confiscation, et, par conséquent, passeront librement sans être assujétis à la moindre difficulté, à moins qu'ils ne puissent etre réputés propriétés ennemies dans le sens arrété ci-dessus ........; ce qui est stipulé dans le présent article ne portera aucun préjudice aux stipulations particulières de l'une ou de l'autre couronne avec d'autres Puissances, par lesquelles des objets de pareil genre seraient réservés, prohibés ou permis.

« Pour déterminer ce qui caractérise un port bloqué, on n'accorde cette dénomination qu'à celui où il y a, par la disposition de la Puissance qui l'attaque avec des vaisseaux arrétés et suffisamment proches, un danger évident d'entrer.

Art. 4. (..

Le droit de visiter les navires marchands appartenant aux sujets de l'une des Puissances contractantes, et naviguant sous le convoi d'un vaisseau de guerre de la dite Puissance, ne sera exercé que par les vaisseaux de guerre de la partie belli

gérante, et ne s'étendra jamais aux armateurs, corsaires ou autres bâtiments qui n'appartiennent pas à la flotte impériale ou royale de LL, MM. ; mais que leurs sujets auraient armés en guerre.

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« Lorsqu'un tel vaisseau de guerre, ayant sous convoi des navires marchands, sera rencontré par un ou des vaisseaux de l'autre partie contractante qui se trouvera alors en état de guerre, pour éviter tout désordre on se tiendra hors de la portée du canon ; le commandant du vaisseau de la Puissance belligérante enverra une chaloupe à bord du vaisseau de convoi, où il sera procédé réciproquement à la vérification des papiers et certificats qui doivent constater, d'une part, que le vaisseau de guerre neutre est autorisé à prendre sous son escorte tels ou tels vaisseaux marchands de sa nation, chargés de telles cargaisons et pour tel port ; d'autre part, que le vaisseau de guerre de la partie belligérante appartient à la flotte impériale ou royale de LL. MM.

« Cette vérification faite, il n'y aura lieu à aucune visite, si les papiers sont reconnus en règle. Dans le cas contraire, le commandant du vaisseau de guerre neutre, dûment requis par le commandant du vaisseau de la Puissance belligérante, doit amener et détenir son convoi pendant le temps nécessaire pour la visite des bâtiments qui le composent ; il aura la faculté de nommer et déléguer un ou plusieurs officiers, pour assister à la visite des dits bâtiments, laquelle se fera en sa présence sur chaque bâtiment marchand, conjointement avec un ou plusieurs officiers préposés par le commandant du vaisseau de la partie belligérante.

« S'il arrive que le commandant du vaisseau de la Puissance en guerre, ayant examiné les papiers trouvés à bord, et ayant interrogé le maitre de l'équipage du vaisseau, aperçoive des raisons justes et suffisantes pour détenir le navire marchand, afin de procéder à une recherche ultérieure, il notifiera cette intention au commandant du vaisseau de convoi, qui aura le pouvoir d'ordonner à un officier de rester à bord du navire détenu, et d'assister à l'examen de la cause de sa détention. Le navire marcband sera amené tout de suite au port le plus proche et le plus convenable, appartenant à la Puissance belligerante ; ........ il ne sera point permis, sous quelque prétexte que ce soit, au vaisseau de convoi de s'opposer par force à la détention du navire ou des navires marchands par le vaisseau ou les vaisseaux de guerre de la Puissance belligérante, obligation à laquelle n'est point tenu le commandant du vaisseau de convoi envers les corsaires et armateurs. »

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