Page images
PDF
EPUB

canon de Gibraltar n'était-il pas là pour soutenir le refus du commandant anglais !

La marine anglaise n'eut pas plus d'égards pour les États-Unis dans une affaire qui dùt paraitre plus outrageante encore au gouvernement de l'Union.

Le 22 juin 1807, la frégate des États-Unis la Chesapeake, expédiée pour la Méditerranée, met à la voile de Hampton, quilte les caps, où était à l'ancre une escadre britannique, composée de trois vaisseaux à deux ponts et d'une frégate de 38 canons. Tandis que la Chesapeake traverse cette escadre, un des vaisseaux, le Léopard, la suit : elle n'était pas à trois lieues, que lo capitaine du Léopard la hèle, et dit qu'il a une dépêche à remettre de la part de l'amiral Berkley ...... C'était l'ordre de prendre, sur la Chesapeake, trois hommes dénommés et supposés être des déserteurs de la frégate le Mélampus. Le commodore Bacon répond qu'il n'a pas à son bord d'hommes des noms désignés ; il ajoute que son équipage n'est soumis à aucun autre contrôle que le sien. A cette réponse donnée dans les termes les plus polis, le capitaine Humphries fait répliquer par une bordée du Léopard Le commodore Bacon qui n'était pas préparé, reçut successivement trois bordées et dùt céder à l'atrocité de celte attaque et baisser pavillon après avoir eu trois hommes tués et dix-huit blessés Le commandant du Léopard envoie alors à bord de la Chesapeake un officier qui fait avec rudesse et hauteur la revue de l'équipage, et enlève quatre hommes, et laisse la frégate, hors d'état de continuer sa route, rentrer dans la baie et offrir aux Américains le spectacle de l'affront sanglant fait à leur pavillon.

Le résultat des recherches faites au ministère de la marine, et le rapport du commodore Bacon sur les quatre matelots pressés à bord de la Chesapeake , prouvèrent qu'ils étaient Américains. L'un d'eux fut pendu par les Anglais comme déserteur, et l'on prétendit dans le temps que ce fût en vue de justifier l'attaque du capitaine Humphries ; nous ne saurions ajouler foi à la réalité d'une pareille atrocité, – d'un fait aussi inqualifiable pour sa perfidie et sa froide cruauté.

Au reste, il importe peu que les matelots aient été des américains ou des anglais déserteurs ; l'attentat est le même au point de vue du droit maritime des nations audacieusement violé par le commandant du vaisseau le Léopard.

A la nouvelle de cet affront fait au pavillon américain, le gouvernement et tous les citoyens des États-Unis ressentirent une égale indignation ; le président de l'Union, Th. Jefferson , fit paraitre, le 4 juillet, la proclamation suivante :

Proclamation de Th. Jefferson, président des États-Unis.

« Au milieu des guerres qui divisent, depuis quelques années, les Puissances de l'Europe, les États-Unis d'Amérique, fermement attachés aux principes de la paix, ont tâché, par une conduite hospitalière et une observance impartiale des devoirs qu'ils avaient à remplir et des services qu'ils pouvaient rendre, de conserver avec les nations belligérantes leurs rapports accoutumés d'amitié, d'hospitalité et de commerce : évitant de prendre aucune part aux motifs de leurs contestations et ne formant sur leurs querelles qu'un seul væu, celui de les voir bientôt terminées, ils ont observé de bonne foi la neutralité qu'ils s'étaient imposée, et n'ont donné à personne l'occasion de se plaindre qu'ils s'en fussent écartés. Nos ports, nos rivières, tous les moyens de soulagement pour leurs malades ou de rafraîchissement pour leurs équipages, ont été ouverts, prodigués anx nations en guerre, et cela malgré les torls fréquents, malgré les actes de violence souvent exercés par des officiers d'une des Puissances belligérantes sur les personnes et sur les propriétés de nos citoyens. Il n'est que trop vrai de dire que cet abus des lois de l'hospitalité était devenu la pratique habituelle des commandants des vaisseaux anglais qui parcourent nos côles ou fréquentent nos ports.

a Ces outrages ont été l'objet de représentations réitérées adressées au Gouvernement anglais, qui a donné les assurances les plus positives qu'il avait envoyé les ordres sévères de les faire cesser. Mais ces assurances et ces ordres sont restés sans effet, et aucune punition de nous avait vengés des insultes passées. Enfin, un attentat, au-dessus de tout ce que nous avions vu, vient de fixer le terme de notre indignation et de notre patience. Une frégate des États-Unis, partie pour un service éloigné et naviguant sur la foi des traités, a été surprise et attaquée par un vaisseau anglais d'une force supérieure et faisant partie de l'escadre qui mouillait dans ce moment-là sur nos rivages et couvrait cet attentat. Notre frégate a été mise hors de service en se défendant, et un grand nombre de nos matelots tués ou blessés. Cette allaque a non-seulement élé faite sans provocation, mais avec l'intention avouée d'enlever de force, à ce bâliment de guerre, une partie de ces équipages : après celle horrible exécution, le vaisseau anglais est venu tranquillement se remettre à l'ancre sur nos rivages avec l'escadre dont il faisait partie. »

Le président finit en interdisant l'entrée de l'Amérique à tous les bâtiments de guerre anglais, jusqu'à ce que le gouvernement anglais ait fait une réparation convenable.

Ces procédés inouïs de la part de la marine anglaise, et que rendent plus inqualifiables encore les circonstances au milieu desquelles l'attaque contre la Chesapeake a eu lieu, semblent être le prélude des atrocités qui devaient être commises deux mois plus tard à Copenhague et que nous avons décrites dans le chapitre précédent.

La guerre paraissait inévitable : les ports américains furent fermés, les côtes fortifiées, et tout rapport interdit entre la terre et la navigation britannique, jusqu'à ce que l'Angleterre eût fait faire une réparation convenable.

Des négociations furent entamées à cet effet ; le cabinet britannique les fit trainer en longueur.

Elles furent rompues en 1808, et, par un message en date du 8 novembre de cette année, le président des États-Unis se vit dans la nécessité d'annoncer au congrès le refus qu'avait fait le gouvernement anglais de donner une réparation satisfaisante pour l'attentat commis sur la Chesapeake.

Dans l'année 1809, les négociations furent reprises par M.Erskine, envoyé britannique.

Une proclamation du président, portant la date du 19 août, apnonça que l'acte prohibitif de toutes relations commerciales entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, la France et les possessions de ces deux Puissances, était révoqué, quant à la GrandeBretagne, attendu que l'honorable David Montague Erskine, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. britannique, avait, par ordre de son gouvernement, déclaré que les ordres du conseil des 7 janvier et 11 novembre 1807, devaient être considérés comme nuls et non-avenus quant aux États-Unis. (Voir chap. XXVI.)

On devait donc s'attendre aux États-Unis à de meilleures dispositions de la part du cabinet britannique.

En effet, un traité signé par M. Erskine stipula une réparation pour l'affaire de la Chesapeake, et replaça le commerce sur l'ancien pied entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Mais le traité ne fut pas ratifié, M. Erskine ayant, selon l'expression de M. Canning dans la chambre des communes, agi en opposition directe avec la teneur de ses instructions.

Les négociations qui furent encore reprises, depuis, n'amenèrent aucun résultat.

Les procédés de la Grande-Bretagne envers les États-Unis dont le commerce maritime était entravé de mille manières, la prétention que conservait l'Angleterre de presser les matelots américains sur mer, sous prétexte de l'exercice du droit de visite, décidèrent l'Union à déclarer la guerre à la Grande-Bretagne : les hostilités commencèrent dans le mois de juin 1812. (Voir même chap.)

Le traité signé à Gand, le 24 décembre 1814, mit fin à la guerre.

Ce traité a été conclu sur les bases du statu quo ante bellum : les questions du droit maritime y ont été complètement passées sous silence.

CHAPITRE XXVIII.

NAVIGATION DES FLEUVES. ')

A l'occasion de la libre navigation des fleuves, nous rapporterons d'abord deux faits qui appartiennent au siècle dernier ; le troisième que nous mentionnerons s'est produit de nos jours.

La libre navigation des fleuves, déclarée d'un accord commun par les Puissances réunies en congrès, est un témoignage de la marche de la civilisation qui a élargi les rapports entre les nations, et nécessité des moyens de communication plus faciles ; cette liberté a reçu sa consécration par l'acte final du congrès de Vienne, du 9 juin 1815 ; c'est l'application de ce principe qui fera l'objet des discussions que nous aurons à reproduire dans le § 4.

Le § 1er présentera, au contraire, un fait de fermeture et d'usage exclusif, consacré par l'un des actes publics du congrès de Westphalie en 1648.

$ 1. Navigation de l'Escaut.

A l'époque du congrès tenu, dans les années 1642 à 4648, en Westphalie, pour mettre fin à la guerre dite de trente ans, le territoire connu aujourd'hui sous le nom de Belgique, ou royaume belge, formait la partie des Pays-Bas catholiques qui appartenaient à l'Espagne, laquelle reconnut alors d'une manière définitive et complète, après une lutte sanglante qui dura plus de quatre-vingts

) Voir Livre 1, litre II , $ 57.

ans, l'indépendance politique de la république des Provinces-Unies, dont le territoire se composait des Pays-Bas protestants (Hollande).

Par l'article XIV du traité qui fut signé le 30 janvier 1648, entre la couronne d'Espagne et les Provinces-Unies (de la Hollande), il fut décidé que l'Escaut serait tenu clos du côté des Provinces-Unies, ainsi que les canaux de Sas, Zwyn et autres cours d'eau y aboutissant et se rendant à la mer.

En 1713, les provinces catholiques des Pays-Bas (autrement dit la Belgique) passèrent sous la souveraineté de la branche allemande de la maison d'Autriche.

Le traité entre l'Espagne et la Hollande, signé à Utrecht, le 26 juin 1714, art. X, et l'article XXVI du traité dit de la Barrière, signé le 45 novembre 1715, à Anvers, entre l'empereur d'Allemagne, le roi de la Grande-Bretagne et les États-Généraux des Provinces-Unies, en renouvelant les traités de Westphalie, maintinrent dès - lors les stipulations concernant l'Escaut, c'est-à-dire la clause en vertu de laquelle l'embouchure de l'Escaut, principal passage pour le commerce maritime des provinces des Pays-Bas catholiques (connus, à partir de 1713, jusqu'à la révolution française et la guerre de 1793, sous le nom de Pays-Bas autrichiens), devait toujours rester fermée du côté des Provinces - Unies qui possédaient les deux rives du fleuve jusqu'à la mer.

Cette fermeture de l'Escaut a ruiné, dans le siècle dernier, le commerce de la ville d'Anvers.

L'empereur Joseph II résolut de délivrer la Belgique de la servitude commerciale à laquelle elle avait été soumise en faveur de la Hollande.

A cet effet il annonça, en 1784, que son intention était de renouveler quelques réclamations (surannées) contre la république des Pays-Bas, déclarant d'ailleurs plus tard, sur le refus des ÉtatsGénéraux d'y accéder, qu'il les abandonnerait toutes, si les États-Généraux voulaient consentir à ouvrir la navigation de l'Escaut. « La souveraineté de ce fleuve », disait Mirabeau ,

, dans les lettres qu'il publia pour défendre la cause de la république, « a été garantie à la Hollande par toutes les conventions qui a assurent l'existence politique de l'Europe. C'est à cette cona dition que les Hollandais renoncèrent aux Pays-Bas autri« chiens (appartenant encore à la couronne d'Espagne, à l'époque a de la renonciation en 1648), qu'ils possédaient depuis cent a trente cinq ans. La France et l'Angleterre leur ont garanti

« PreviousContinue »