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lueront de viogt et un coups de canon, et ensuite celui de France ayant rendu le salut, seulement de treize, les autres remettront leur pavillon.

« Art. XIV. Le vice-amiral ou contre-amiral de France seront seront salués de la même manière, par le vice-amiral ou contreamiral des autres États.

« Art. XV. Leur amiral saluera pareillement, le premier, le vice-amiral et contre-amiral de France ; mais ne pliera son pavillon que pour l'amiral, leur vice-amiral que pour l'amiral, et ainsi du contre-amiral; en sorte que la déférence de plier le pavillon, ne sera rendue, par les moindres États, qu'aux pavillons égaux et supérieurs.

« Art. XVI. Les vaisseaux du roi, portant cornettes, salueront l'amiral des moindres États, et se feront saluer par tous les autres pavillons, »

Vingt-deux ans avant la promulgation de cette ordonnance, les commandants de la flotte française avaient déjà insisté auprès du grand-duc de Toscane, pour que la citadelle de Livourne saluat, la première, la flotte, par des salves d'artillerie. Cette prétention parut alors exhorbitante ; quel effet ne dut pas produire à Florence l'ordonnance si positive de Louis XIV !

Aujourd'hui, l'initiative du salut par les forteresses n'est prise, que lorsqu'il existe un prince ou une princesse de sang royal sur le bâtiment qui se présente; il n'est point répondu à ce salut par le bâtiment.

Le contresalut coup par coup est devenu général. (Voir Livre I, titre III, SS 64 et 62.)

§ 3. Salut fait par le Conquérant, en 1830. Divers traités ont statué que, dans certains cas, le contresalut du canon entre bâtiments qui se rencontrent en mer, sera d'un nombre de coups moindre, selon le grade de l'officier qui sera dans le cas de le donner. En pareille circonstance, le salut et le contresalut prennent, en quelque sorte, le caractère personnel, c'est-à-dire que le salut s'adresse de la part d'un officier supérieur en grade, et que dès lors le contresalut peut être fait d'un moindre nombre de coups, selon la distance qui existe entre le grade des deux officiers.

C'est ainsi, par exemple, et bien que les traités existant entre la France et la Grande-Bretagne n'eussent rien statué à cet égard, que le vice-amiral français, comte de Rigny, dont le pavillon flottait sur le vaisseau le Conquérant , ayant été salué, dans le goulet de Toulon, par une frégate anglaise, répondit à ce salut par trois coups de moins.

Ce procédé fut critiqué.

On doit regretter que les traités publics n'aient pas fixé le cérémonial maritime d'une manière absolue.

Il faut éviter, en pareille circonstance, et au sujet de semblables distinctions, que la difficulté d'apprécier si le salut a été adressé de nation à nation, ou d'officier à officier, uniquement, ne fasse revivre des susceptibilités et des contestations qui appartiennent à une autre époque, et que l'esprit du droit international actuel est d'effacer entièrement; le contre-salut répondant coup pour coup au salut qui a été fait, prévient toute difficulté. (Voir Livre I, titre II, SS 62 et 63.)

$ 4. Réparation exigée par M. de Tinan pour l'insulte faite au pavillon français hissé à la poulaine d'un bâtiment de commerce anglais.

Au Livre I, titre II, § 63, nous avons fait connaitre quels sont les usages adoptés dans les pavois des bâtiments ; nous avons indiqué quels sont, dans ces circonstances, les devoirs des commandants et des capitaines des bâtiments de guerre et de la marine commerciale, ainsi que les égards dús aux nations étrangères ; enfin, quelles sont les seules places auxquelles peuvent être hissés les pavillons de nations, toutes les autres places étant considérées comme indignes de recevoir un pavillon étranger.

Les irrégularités dans les pavois ont fréquemment suscité des difficultés entre les commandants, et ont donné lieu quelquefois à des duels entre les officiers de la nation insultée par la disposition des pavois et ceux du bâtiment pavoisé.

Dans le fait que nous avons à rappeler, il ne s'agit pas d'un pavois complet de bâtiment, mais d'une insulte préméditée par le capitaine d'un bâtiment de la marine commerciale anglaise contre deux bâtiments de guerre français, le capitaine anglais, du nom de Driver, s'étant avisé, excité peut-être par quelque vieux préjugé de haines nationales, ou par quelqu'excès de boisson, de hisser le pavillon français dans une place réputée indigne.

Le fait étant emprunté à une relation de voyage de M. X. Marmier, l'un des plus faciles écrivains de notre époque, il nous permettra, nous osons l'espérer, d'emprunter également, en partie du moins, la narration même qu'il a faite. Le lecteur nous saura gré, nous n'en doutons pas, de placer sous les yeux les lignes tracées par la plume élégante et rapide de M. X. Marmier.

« En 1839, la corvette l'Isère, commandée par M. de Tinan, le brick le Lancier, commandé par M. de Chanfray, se trouvaient dans le port de notre belle et chère Ile-de-France, qui de la couronne de France est tombée comme une perle dans l'écrin de la Grande-Bretagne et a repris son nom hollandais d'ile Maurice.

« Un beau jour, le capitaine du Greenlaw, navire de commerce anglais qui était dans le même port, le nommé Driver, ayant prolongé ses libations de grog un peu plus que de coutume, n'imagina rien de mieux, pour égayer ses hôtes, que d'insulter nos deux bâtiments de guerre en hissant notre pavillon à sa poulaine, ce qui, dans toutes les marines du monde, est considéré comme une injure éclatante.

« Au moment même où il venait d'accomplir ce beau fait d'armes, un canot venant de la ville rejoignait l'Isère. Le patron vit notre drapeau flottant à l'ignoble place que lui avait assignée M. Driver, et ne manqua pas de le dire aux officiers de la corvette.

M. de Tinan faisait alors une excursion dans l'ile. En son absence, le lieutenant, M. Jean Bart, un descendant de l'héroïque enfant de Dunkerque, se jette dans une chaloupe, monte à bord du Greenlaw, va droit au capitaine et le somme d'avoir à retirer immédiatement notre pavillon du lieu où il l'a hissé, puis, à demander pardon par écrit de son insolence.

a Obéir à la première partie de cette requête fut pour Driver l'affaire d'une minute. Quant à la seconde, elle embarrassait tellement sa fonfanterie qu'il ne pouvait se résoudre à l'accepter. M. Jean Bart lui déclare alors que, s'il n'emporte pas du Greenlaw une lettre d'excuse telle qu'il la désire, il exige une réparation les armes à la main. Le vaillant Driver balbutie, hésite, puis enfin convient de se battre le lendemain. Sur cette assurance, le lieutenant de l'Isère réjoint son bord. A peine y était-il arrive qu'il reçoit une lettre de Driver qui , rétractant sa parole, déclarait qu'il ne se battrait pas. Pour plus de sûreté il quitta son navire et se retira dans l'intérieur de la ville.

« Deux jours après arrive M. de Tinan. On lui rend compte de ce qui s'était passé ; il n'était pas homme à abandonner la poursuite de cette affaire. Driver lui échappant par sa lâcheté, il s'adressa à M. Nicolay, gouverneur de l'ile.

« Sur sa demande formulée dans le langage imposant d'un homme de cæur qui soutient une juste cause, le gouverneur força Driver à comparaitre chez lui devant les officiers de nos deux bâtiments, à leur lire à haute voix une lettre d'excuse et à tenir, pendant un jour, notre pavillon hissé au haut de son grand-mål.

« Tout allait bien jusque-là, et l'on pouvait croire l'affaire terminée, quand soudain ne voila-t-il pas que le gouverneur se figure que pour rendre hommage à son pays, nous devions déployer sur l'Isère et sur le Lancier le pavillon de la Grande-Bretagne à l'heure où Driver déployait le nôtre sur le Greenlaw.

« A cette singulière prétention, le commandant de la corvette et celui du brick répondent que M. Driver n'avait fait que son devoir en leur donnant une légitime réparation, et qu'ils ne voient aucune raison à lui rendre pour un salut obligé un salut de complaisance. Le gouverneur veut les faire céder. L'un et l'autre restent inflexibles. Alors, M. Nicolay, excité sans doute par les plaintes de Driver et par les susceptibilités de quelques autres Anglais, annonce aux deux commandants que si tel jour, à midi sonnant, ils n'ont pas arboré le pavillon britannique, les canons de la ville et du port seront braqués sur eux et les couleront.

« La situation devenait grave. Se soumettre à une telle injonetion, ni M. de Tinan ni son collègue n'y songeaient. Mettre à la voile pour fuir le péril, c'était une autre idée qui n'entrait pas davantage dans leur esprit. D'ailleurs à supposer qu'ils eussent voulu partir, ils ne l'auraient pas pu, car ils étaient en réparation. L'Isère avait gouvernail à terre, et le Lancier, son måt de beaupré.

« Il fut donc convenu qu'on attendrait de pied ferme l'artillerie du gouverneur, et qu'après lui avoir lâché toutes ses bordées, on périrait à son poste pour l'honneur du pavillon national. Pendant qu'officiers et matelots, animés d'une même pensée, se ralliaient tous à cette suprême résolution, M. Nicolay faisait ses préparatifs, armait ses batteries, et équipait un bateau à vapeur qui devait lancer sur la corvette deux cents hommes à l'abordage. Il n'y avait sur cette corvette que dix canons, et vingt sur le Lancier. Il y en avait sur le contour de la rade plus de cent prêts à faire feu à l'heure dite.

« Toute la ville de Maurice était en rumeur. La Franee y a laissé de profonds souvenirs d'affection. Un grand nombre de ses habitants condamnaient hautement la conduite du gouverneur et applaudissaient à celle de M. de Tinan, qui, dès le commencement de cette lutte, s'etait fait remarquer par sa digne et ferme attitude. Beaucoup d'entre eux vinrent, avec un sentiment de douleur et d'admiration, à bord de l'Isère et du Lancier, tendant la main aux officiers et les embrassant en leur disant adieu, comme s'ils ne devaient jamais les revoir. Et, en effet, il était probable que de ces deux beaux bâtiments, bientôt il ne resterait plus rien, pas une pièce de charpente, pas un étre vivant.

« Cependant le jour fatal arrive. Dès le matin, M. de Tinan et M. de Chanfray se disposent à faire couvrir leurs mats de pavillons français, comme pour protester encore une fois au nom de la France contre une injuste agression, comme pour trouver au moment suprême dans ce drapeau de la patrie un noble linceul. La sainte barbe est ouverte, les canonniers sont à leurs pièces, et les tambours s'apprêtent à battre le branle-bas.

« La matinée se passe, et le bateau à vapeur est encore à l'ancre, et la rade est immobile. Midi sonne. Même silence. C'est pourtant l'heure fatale marquée par le gouverneur comme par les trois Parques. Pas une pièce d'artillerie ne se meut, pas un mortier ne s'allume dans ces larges batteries que M. Nicolay préparait avec tant d'ostentation. »

.

En y réfléchissant plus froidement, le gouverneur avait, sans aucun doute, reconnu l'absurdité de ses prétentions, et n'insista plus.

La population française de Maurice célébra dans des banquets le triomphe de son ancien pavillon ; la France a possédé l'Ile de France — aujourd'hui ile Maurice - depuis l'année 1712 jusqu'en 1810, époque à laquelle elle tomba entre les mains des Anglais, qui l'ont conservée à la paix de 1814. (Voir chap. II.)

$ 5. Visite, en temps de paix, d'un bâtiment marchand dans la

Méditerranée.

Nous insérons ici, sans pouvoir y joindre de détails particuliers, la lettre, en date du 2 février 1852, d'un capitaine de la marine commerciale de France, visité par un bâtiment de guerre espagnol, dans la Méditerranée, par suite d'omission de salut.

Que signifie une visite de mer, précédée du coup de semonce et de l'envoi d'un biscaien, au sein de la paix, dans la Méditerranée, où, même en faveur de l'abolition de la traite des noirs, la visite n'a pas été autorisée ? Le commandant espagnol n'avait aucun droit de la faire comme police de navigation ; l'a-t-il faite

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