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sances chrétiennes, depuis la paix générale de 1814, divers traités, dont nous croyons devoir indiquer les plus importants.

Tunis.

Traité du 17 avril 1816, avec la Grande-Bretagne, par lequel le Bey s'engage à ne plus réduire en esclavage les prisonniers de guerre.

Traité du 17 avril 1816, avec la Sardaigne, qui assure aux sujets sardes, en toutes circonstances, le traitement accordé aux sujets britanniques.

Traité du 24 février 1824, avec les États-Unis de l'Amérique septentrionale, pour modifier la convention du mois d'août 1797: tout vaisseau de guerre de l'Union entrant dans le port de la Goulette sera salué de 24 coups de canon, sans étre obligé de fournir lui-même la poudre.

Traité avec la France, signé le 15 novembre 1824 au Bardo et le 31 juillet 1825 à Paris, pour renouveler les capitulations et articles de paix. L'art. XVI déclare qu'en cas de discussion entre les deux gouvernements, il ne sera exercé aucunes représailles sur les particuliers qui, dans aucun cas, ne sauraient être responsables de faits de leur gouvernement.

Le traité du 8 août 1830, entre la France et le Bey de Tunis, a été indiqué plus haut ; il abolit l'esclavage des Chrétiens et le Bey y renonce à jamais, pour lui et ses successeurs, au droit de faire ou d'autoriser la course, en temps de guerre, contre les bâtiments des Puissances qui jugeront convenable de renoncer à l'exercice du même droit envers les bâtiments du commerce tunisien ; il assure d'ailleurs la libre navigation des navires de commerce. Ce traité restitue à la France le droit de pêcher le corail, et fait concession à perpétuité à la France d'un emplacement, dans la Maalka, pour ériger un monument religieux en l'honneur de Saint-Louis, à l'endroit où ce prince est mort.

Le traité du 24 octobre 1832 a réglé les droits de la pêche du corail pour laquelle la France doit payer une somme annuelle de 13,500 piastres.

Un traité de cominerce, conclu le 14 octobre 1839, avec le royaume de Belgique, assure la protection réciproque des bâtiments de commerce sous la portée de canon des côtes, le salut coup pour coup, l'établissement de consuls, etc.

Tripoli.

Le traité signé le 29 avril 1816, avec la Grande-Bretagne, porte que l'esclavage des prisonniers de guerre chrétiens est aboli, et que le traitement accordé au commerce des sujets britanniques est étendu aux Joniens et aux Hanovriens.

Nous avons parlé plus haut des traités conclus, le même jour, avec le royaume des Deux-Siciles et avec le royaume de Sardaigne, ainsi que du traité du 14 août 1830 avec la France.

Déjà, dans le 18e siècle, les pirateries des corsaires de Tunis étaient devenues plus rares ; toutefois, le Bey en ordonnait par intervalle la reprise, à l'égard des bâtiments de commerce des États secondaires qui se refusaient d'acquitter le tribut qu'ils s'étaient engagés autrefois à payer.

Il en était à peu près de même en ce qui concerne Tripoli,
Alger était surtout resté le véritable repaire de la piraterie.

L'Europe a supporté avec une patience qui n'est pas concevable, l'ignominie du tribut.

Quelle était donc la puissance, quelle était donc la force de résistance des régences barbaresques ?

La régence d'Alger présentait une population de 1,800,000 ames, une force armée de 4,000 combattants, formant le corps des Janissaires et de 10 à 12,000 hommes mal disciplinés, servant généralement à faciliter la levée des impôts. La marine militaire se composait de 14 bâtiments de toute grandeur, savoir : 3 frégates, 2 corvettes, 2 bricks et 7 schoners ; enfin, les revenus réguliers de la régence ne s'élevaient pas à plus de quatre millions de francs.

La régence de Tunis, dont la population est à peine de trois millions d'individus, possède une armée de 18,000 hommes, dont 8,000 seulement sont régulièrement organisés ; une marine composée d'une vingtaine de petits bâtiments mal équipés, et des revenus réguliers de huit millions de francs environ.

Enfin, la régence de Tripoli ne possède pas, sur son vaste territoire, une population de 7 à 800,000 habitants ; sa force armée est de 3,000 hommes, sa marine à peu près nulle, et ses revenus réguliers ne s'élèvent pas à plus de deux millions de francs ; le tribut annuel que le Bey de Tripoli recevait autrefois de divers États chrétiens, n'a jamais atteint, en totalité, un chiffre supérieur à celui de 20,000 piastres d'Espagne (4 10,000 fr.)

Faute de s'entendre, faute de vouloir fermement en finir, les Puissances maritimes de l'Europe ont laissé subsister, pendant plusieurs siècles, un état de choses honteux pour la Chrétienté, qu'il eût été certes facile de faire cesser, si des jalousies secrètes, si des intérêts particuliers ne l'eussent pas emporté sur l'intérêt général.

Mais enfin, en 1830, l'Europe s'est vue délivrée à jamais de la piraterie qui désolait le commerce maritime dans la Méditerranée et dans l'Archipel, aussi bien que de tout tribut, présents ou redevance.

Que la conquête de l'Algérie par la France ait été un fait de nature à déplaire à l'Angleterre, si jalouse, toujours, des succès de la prospérité de la France, et de l'accroissement de son territoire continental ou colonial, on peut le concevoir ); mais l'on conçoit moins facilement que l'établissement des Français sur le territoire algérien ait déplu au gouvernement sarde, lequel, en effet, a protesté contre l'occupation française.

En terminant ce chapitre, nous dirons quelques mots de l'empire de Maroc, qui fait partie des États musulmans connus sous le nom, impropre d'ailleurs, d'États de Barbarie , nom que les

") Cette jalousie de l'Angleterre contre la France est un fait non-douteux pour quiconque examine avec impartialité sa conduite depuis le milieu du 18e siècle ; on trouvera toujours cette Puissance occupée à suggérer des embarras à la France, soit dans l'Inde, soit en Amérique, soit sur le continent : qu'on se rappelle, en effet, la guerre de sept ans, commencée sans déclaration, la rupture du traité d'Amiens , les efforts tentés, et les subsides payés pour abattre Napoléon, le machiavélisme de sa conduite avec les royalistes de la Vendée ; à l'occasion de ce dernier point laissons parler M. Crétineau Joly, dans son ouvrage impartial de l'Histoire de la Vendée militaire. a Les Anglais n'avaient pas vu sans un secret plaisir l'aurore de la révolulion française. Cette révolution humiliait la puissance de la vieille famille e de monarques dont elle avait partout rencontré les armées en hostilité avec leur e politique vénale ; à force de sacrifices, cette famille avait su former une marine « victorieuse de leurs foltes, naguère encore reines des mers. Les deux partis qui divisaient ce pays constitutionnel, jadis 'théatre lui-même d'une révolution san«glante, s'étaient réunis, dans un même sentiment, pour souffler en France le feu des discordes. Whigs et Tories avaient encouragé les premiers moteurs de l'in«surrection qui allait renverser dans le sang le trône de Louis XVI. Whigs et Tories ene pouvaient pardonner à ce roi l'appui qu'aux dépens des idées monarchiques, e il avait accordé aux insurgents d'Amérique contre la métropole anglaise. Ils ne lui e pardonnaient pas surtout l'accroissement de l'influence française dans les possese sions de l'Inde, les victoires navales de Suffren, les succès de nos armées sur le a continent, et les progrès merveilleux de notre puissance coloniale. Ce fut donc a avec joie qu'ils accueillirent les troubles de Paris et des provinces ; ils les secon«dèrent même en prodiguant leurs trésors

...... Le soulèvement tout populaire, tout national de la Vendée servait cette a hafne. Le cabinet de Londres jugea à propos d'y intervenir ...... Tinténiac fut en« yoyé aux chefs vendéens pour leur offrir des secours

Entre les deux partis qui, aux prises dans l'Ouest, se disputaient la puissance « avec un acharnement difficile à rencontrer ailleurs que dans les troubles civils, e l'Angleterre voulait bien envenimer les passions ; mais elle ne consentait pas aussi « aisément à donner les moyens de terminer, par un coup décisif, cette lutte , dont e ses intérels mercantiles, dont ses rivalités nationales devaient si bien profiter. • La guerre de la Vendée était pour elle une spéculalion. Cette guerre entretenait la disacorde au milieu du pays. Elle l'affaiblissait dans son agriculture, dans son in«dustrie, dans son commerce ; elle éternisait les haines , divisait la propriété terri#toriale en petites parcelles, et ruinait les individus sans enrichir les masses

« On envoya auprès de tous les chefs royalistes des hommes recommandables e par leur nom et par leur dévouement à la monarchie ; on offrit beaucoup plus que a ja Vendée ne demandait ; puis, on en resta là, attendant les événements, mais = faisant toujours parade d'un zèle qui n'exigeait aucun sacrifice ... »

Européens ont adopté, par suite d'un vice de prononciation et que l'usage a consacré. Les Berbers composaient la population qui existait sur les côtes septentrionales de l'Afrique à l'époque de la conquête par les Arabes.

Le Maroc ayant été gouverné, dans le 18e siècle, par plusieurs princes sages et capables (bien que quelques-uns aient été parfois cruels), a vu, depuis longtemps, sinon cesser entièrement, du moins réprimer avec sévérité les pirateries de ses corsaires : Mulei - Ismaïl qui mourut en 1727, après avoir régné pendant 55 ans, fut un prince humain et énergique, qui forma des relations commerciales avec les Européens ; son fils, Mulei-Abdallah les étendit ; à sa mort, survenue en 1757, son successeur, Mohammed, prince juste et administrateur, conclut un grand nombre de traités de commerce avec les États européens ; il mourut en 1789. Mulei-Soliman monta sur le trône ; ce prince se montra, comme son prédécesseur, favorable au maintien et à l'entretien des relations commerciales avec l'Europe ; il comprit que la piraterie des corsaires marocains était un obstacle sérieux à leur extension ; il la réprima sévèrement. A sa mort, en 1822, son neveu, le sultan ou empereur actuellement régnant, Abou-Zaid, Mulei-Abderrahman, est monté sur le trône. Il a conclu divers traités avec la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne, les ÉtatsUnis, etc.

Le traité du 19 janvier 1824 avec l'Angleterre renouvelle le traité du 14 juin 1801.

Le traité du 17 mai de la même année, avec la France, renouvelle le traité du 28 mai 1767 ; il y ajoute d'ailleurs deux articles additionnels, lesquels accordent, d'une part, aux armements de guerre français, lorsqu'ils conduiront dans les ports de l'empire des prises maritimes faites au-delà de la portée du canon des côtes marocaines et hors de la protection de l'État, sur sa mer territoriale, la faculté de les vendre ; d'autre part, de pouvoir s'approvisionner en boufs et autres articles de subsistance.

Le 28 mai 1825, tous les traités existants furent renouvelés ; le 10 septembre 1844 (28 du mois de Chaban, l'an 1260 de l'Hégire), une convention diplomatique a réglé les différends survenus entre la France et le Maroc, dont le gouvernement mit hors la loi, dans tout l'empire, Hady-Abd-El-Kader, fait prisonnier plus tard et conduit en France.

Le traité du 6 mai 1845, avec l'Espagne, concerne les frontières de Ceuta, et donne satisfaction à l'occasion de la mort de l'agent consulaire espagnol à Mazagan.

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Enfin un traité a été conclu, le 16 septembre 1836 (3 du mois Jamad el Lahbar, 1252 de l'Hégire), avec les États-Unis de l'Amérique septentrionale : ce traité présente toutes les clauses que l'on trouve ordinairement dans les traités de commerce et de navigation entre les nations chrétiennes,

CHAPITRE XXXIV.

FLOTILLE FRANÇAISE ARRIVANT DEVANT ANCONE EN 1832.

Occupation de la ville et prise de la citadelle par les troupes de débarquement, au sein de la paix, et sans autorisation préalable du souverain ter

ritorial.

La Romagne sollicitait des réformes administratives du SaintSiège ; ses yeux n'étant pas écoutés, elle s'insurgea contre son souverain en 1834 : depuis soixante ans c'est un usage qui s'est établi parmi les peuples ; il s'est même trouvé des hommes qui ont fait un devoir de l'insurrection, feignant d'oublier que l'insurrection peut prendre les proportions d'une guerre civile et qu'il peut en sortir plus de maux pour le pays que ne sauraient en produire les fautes du gouvernement qu'il s'agit de renverser, c'est le renversement de ce qui est, de l'autorité souveraine, de la dynastie régnante que se proposent toujours pour but tous les fauteurs d'insurrections. 1)

Le Pape, impuissant à réduire l'insurrection avec les seules forces militaires qu'il possédait, réclama l'intervention de l'Autriche : six mille Autrichiens entrèrent à Bologne le 28 janvier 1832.

La France protesta contre cette espèce d'invasion ; ses représentations restèrent sans résultat à Vienne comme à Rome.

Déjà l'opinion publique accusait le gouvernement français de manquer d'énergie et de dignité ; cette arme appartient à l'arsenal de l'opposition depuis 1815, de même que l'accusation de violation de la constitution.

") Ce qui s'est passé en France en 1830 et en 1848 en est la preuve. Les insurrections de la Sicile et de la Toscane, en 1848, n'ont pas eu d'autre but. Sans l'intervention armée de la France à Rome n'est-ce pas au renversement du trône du Saint-Père, comme souverain territorial, qu'aurait abouti la révolution romaine ?

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