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établir la position des deux Puissances qui ont fait l'offre en question et le caractère de cette offre même.

« M. Everett déclare au début de sa dépêche que a les États-Unis ne « verraient pas avec indifférence l'ile de Cuba tomber entre les mains d'aucune Puissance européenne autre que l'Espagne, etc. »

« Les deux Puissances qui pourraient le plus probablement s'approprier Cuba, et qui sont le plus redoutables pour les États-Unis, sont l'Angleterre et la France.

« La Grande-Bretagne possède , en vertu des traités, l'ile de Trinidad, qui, au dernier siècle, était une colonie espagnole, tandis qu'au commencement du siècle actuel, la France possédait la Louisiane, en vertu d'une cession volontaire de la part de l'Espagne. Ces deux Puissances sont, en fait, les seules qui, par leurs ressources navales, pourraient faire concurrence aux États-Unis pour la possession de Cuba ! Eh bien ! elles sont spontanément prêtes à « déclarer que, ni séparément, ni col« lectivement, elles ne veulent obtenir, ou conserver soit pour elles« mêmes, soit pour l'une d'elles, aucun contrôle exclusif sur cette île, « non plus que s'y arroger ou y exercer aucune domination. »

« Si donc, l'objet des États-Unis était de mettre obstacle à l'acquisilion de Cuba par un État européen quel qu'il fût, cette convention remplissait leur but.

a Mais si les États-Unis entendent soutenir que la Grande-Brelagne et la France n'ont aucun intérêt au maintien du statu quo à Cuba et que les États-Unis ont seuls voix prépondérante dans celle question, le gouvernement de Sa Majesté repousse tout d'abord une pareille prétention. Sans insister sur l'importance qu'a pour le Mexique et autres États amis le maintien de l'équilibre actuel du pouvoir, les seules possessions de Sa Majesté aux Indes-Occidentales lui constituent dans cette question un intérêt auquel elle ne saurait renoncer.

« Les possessions de la France dans les mers américaines constiluent à ce pays un intérêt semblable, que son gouvernement fera sans doute valoir. Ce droit ne saurait être infirmé par l'argument de M. Everett, qui représente Cuba dans la même position envers les États-Unis où serait envers l'Angleterre ou la France une île située à l'embouchure de la Tamise ou de la Seine.

« La distance de Cuba au point le plus rapproché des États-Unis, c'est-à-dire à l'extrémité sud de la Floride, est de 100 milles.

« Une île à égale distance de l'embouchure de la Tamise se trouverait à 40 milles au nord d'Anvers, en Belgique ; tandis qu'une ile à égale distance de la Jamaïque serait placée à Manzanilla, ville de l'ile de Cuba.

« On n'est donc point fondé à dire que la possession de Coba par la Grande-Bretagne ou la France serait menaçante pour les États-Unis, tandis que sa possession par les États-Unis ne le serait pas pour la Grande-Bretagne.

« Il est un des arguments du secrétaire des États-Unis, qui apparait au gouvernement de S. M. non-seulement mal fondé, mais inquiétant.

a Parmi les motifs en faveur de la convention proposée, Lord Mal

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mesbury et M. de Turgot ont mis en avant : « Les attaques faites récema ment contre l'ile de Cuba par des bandes d'aventuriers sans lois, par« ties des États-Unis, dans le dessein avoué de s'emparer de cette île. » A cela M. Everett répond en ces termes : « Le président est convaincu a que la conclusion d'un pareil traité, loin de metựre un terme à ces actes

illégaux, ne ferait que leur donner une nouvelle et puissante im« pulsion. »

« Le gouvernement de la Grande-Bretagne reconnaît avec respect la conduite tenue par le président en désavouant et décourageant les tentatives violentes auxquelles il vient d'être fait allusion. Le caractere de ces entreprises ne pouvait, en effet, que provoquer la réprobation de tout État civilisé. Les principes d'honnêteté et de justice du président ont dû se trouver froissés en voyant des bandes d'hommes se réunir, au mépris flagrant des traités, et partir des ports des États-Unis pour aller attaquer en pirates le territoire d'une Puissance amie de leur pays, et, une fois là, exciter, à main armée, des sujets fidèles à la révolte, une population paisible au désordre. Mais c'est un triste aveu à faire pour le chef d'une grande nation que de reconnaître, comme l'a fait le président, qu'une convention dûment signée et légalement ratifiée, pour s'engager à respecter à jamais la possession actuelle, ne ferait qu'exciter ces bandes de pirates à violer plus audacieusement encore les lois de la bonne foi et du bon voisinage. Sans contester la vérité de cette assertion, le gouvernement de Sa Majesté peut exprimer l'espoir que cet état de choses ne durera pas et que les citoyens des États-Unis, qui vantent à si juste titre leurs institutions, n'oublieront pas ces principes éternels du juste et de l'injuste, de paix et d'amitié, et ces devoirs envers nos voisins, qui doivent être la règle de toute nation chrétienne.

a Un peuple si éclairé ne saurait d'ailleurs manquer de reconnaître l'utilité, dans les relations internationales, de ces lois qui, depuis des siècles, sont désignées en Europe sous le nom de Droit des Gens. Parmi les commentateurs de ces lois, on remarque des citoyens américains qui ont acquis une réputation méritée. Et il est difficile de supposer que les États-Unis voudraient les premiers en abroger les stipulations les plus sacrées.

« Qu'on ne dise pas non plus que la convention proposée aurait empêché les habitants de Cuba d'obtenir leur indépendance. Cette convention gardait le silence touchant les difficultés intérieures. Mais une prétendue déclaration d'indépendance, faite dans le but de chercher immédialement refuge dans l'Union pour se meltre à l'abri d'une révolte des nègres, serait avec raison considérée comme équivalant, dans ses effets, à une annexion formelle.

« Enfin, tout en admettant pleinement le droit des États-Unis de rejeter la proposition faite par Lord Malmesbury et M. de Turgot, la Grande-Bretayne reprend toute sa liberté d'action et, le cas échéant, elle sera libre d'agir comme il pourra lui paraitre convenable, soit isolément, soil de concert avec d'autres Puissances.

J. RUSSELL, »

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Extrait d'une dépêche de M. Crampton, chargé d'affaires d'Angleterre à Washington, au comte de Clarendon (qui avait remplace

Lord Malmesbury au Foreign Office).

IVashington, le 18 avril 1832.

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« Conformément aux instructions contenues dans la dépêche de Lord John Russell, datée du 24 février, j'ai lu au secrétaire d'État des ÉtatsUnis la dépêche de Sa Seigneurie, datée du 16 dudit mois, relative à Cuba , et lui en ai remis copie.

« Mon collègue de France ayant, de son coté, reçu de son gouvernement l'ordre de communiquer au gouvernement des États-Unis one dépêche touchant la même question et conçue dans le même sens, il fut convenu entre nous de faire cette communication simultanément, ainsi que cela avait eu lieu précédemment, à propos de cette affaire. En conséquence, le 16 courant, nous nous sommes rendus ensemble, dans cette intention, chez M. Marcy.

Après avoir écouté avec attention ce que M. de Sartiges et moi lui avons lu, M. Marcy nous a répondu qu'il soumettrait au président les observations des deux gouvernements. Il nous a fait observer, en même temps, qu'il s'écoulerait probablement plusieurs semaines avant qu'une réponse nous fût adressée, même dans l'hypothèse où le président serait d'avis de donner suite à cette discussion, ce dont M. Marcy paraissait douter.

a Il lui sera , a-t-il ajouté, nécessaire de relire les dépêches pour en saisir toute la portée. Mais autant qu'il en peut juger dès à présent, l'opinion des deux gouvernements semble coïncider en deux points : 1° reconnaissance du droit des États-Unis de repousser les propositions faites par les Gouvernements anglais et français ; 2° nécessité de la part de ceux-ci de protester contre certaines des propositions avancées par M. Everett, dans sa note du 1er décembre 1852, de peur qu'on ne pút inférer, par suite, qu'ils ont acquiescé à ces propositions.

« Nous avons répliqué que, sans prétendre indiquer à M. Marcy ce qu'il aurait ou n'aurait pas à faire dans celle question, le but de nos Gouvernements respectifs nous semblait être, d'une manière générale, tel qu'il venait de le définir ; pour notre part nous considérions la discussion fermée par la communication que nous venions de faire.

« M. Marcy a paru accueillir nos observations dans un esprit de conciliation ; il a terminé en exprimant l'espoir et la croyance qu'aucune mésintelligence ne s'élèverait, à ce sujet, entre les grandes Puissances maritimes. »

Saisie du navire américain le Black-Warrior à la Havane.

Un article publié par le Constitutionnel 1), dans son numéro du 13 avril 1854, et que nous allons reproduire, fait connaitre ce qui s'est passé au sujet de la saisie momentanée du navire commercial le Black-Warrior, ainsi que l'irritation qu'a soulevée aux États-Unis la nouvelle de la saisie de ce bâtiment qui, porteur d'un chargement de coton, voulait ne se déclarer que sur lest.

1) Journal parisien.

Extrait du Constitutionnel.

« Quand on suit avec attention les actes du gouvernement des ÉtatsUnis, les débats du congrès et les passions qui, de temps à autre, y font explosion, on est frappé du contraste que présente la politique américaine avec celle de l'Europe, et ce contraste, il faut bien le dire, est tout à fait à l'honneur de ce qu'au-delà de l'Atlantique, on appelle le vieux monde.

« Aujourd'hui l'Europe est en arnjes ; elle se coalise, elle réunit et combine ses armées et ses fottes. Est-ce dans une pensée de conquête ? Y a-t-il chez quelqu'une des quatre Puissances, dont désormais il n'est plus possible de révoquer en doute l'union, un désir égoïste d'agrandissement ? Non. L'Europa n'a d'autre ambition que le maintien de son équilibre, la défense de son indépendance et d'une civilisation dont elle est si justement fière. La guerre qui va s'ouvrir est une guerre de conservation européenne, et tout le monde doit reconnaître que le désintéressement de l'entreprise en égale la grandeur.

« L'Amérique nous offre un autre spectacle. Elle porte dans ses relations internationales une passion d'agrandissement qui l'entraîne parsois jusqu'à méconnaître ouvertement les droits les plus avérés, à dénaturer des questions, à envenimer des difficultés dont il serait facile de trouver la solution, si on leur laissait leurs proportions véritables. Nous en avons la preuve dans le message tout récent que vient d'adresser le président des États-Unis à la chambre des représentants, à* propos de la saisie du Black-Warrior à la Havane.

a Constatons d'abord qu'il ne s'agit que de la simple saisie et de l'embargo d'un navire marchand. Un permis d'entrer avait été accordé trois jours avant l'arrivée du Black-Warrior, et en cela les autorités locales de Cuba avaient fait preuve d'une tolérance bienveillante, puisque, pour faciliter la prompte expédition du bâtiment, elles avaient admis qu'il arrivait sur lest, d'après la seule déclaration des consignalaires. Cependant la douane constata que le Black-Warrior porlait un chargement de colon et d'autres objets ; aussi, les intéressés furent invités à corriger le manisesle et à y inscrire tout le chargement qui se trouvait à bord. Le commandant du Black-Warrior aurait refusé de salissaire à cette exigence, en alléguant qu'il avait l'habitude de se déclarer sur lest.

a Ici nous sommes en mesure d'affirmer, d'après des renseignements auxquels nous devons toute confiance, que lorsque les fonctionnaires espagnols apprirent la résistance du commandant du navire, ils l'informerent avec la plus grande urbanité que la déclaration du chargement n'était qu'une simple formalité, et n'avait pour objet que de prévenir des précédents illégaux qui seraient d'un mauvais exemple. Celte Cussy. II.

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courtoisie des autorités de Cuba a été expressément reconnue par le capitaine Bullock dans la lettre qu'il a adressée à New-York aux propriétaires du navire. Comment s'expliquer alors que le capitaine Bullock ait répondu à ces bons procédés par d'insolentes menaces, et que, dans la lettre même où il a fait coonaître la modération des fonctionnaires espagnols , il offre aux propriétaires du navire de réunir un corps de volontaires, pour enlever de vive force le Black-Warrior du port de Cuba ? 1) On pourra, au reste, se faire une idée de la violence que les Américains ont portée sur-le-champ dans cette affaire, quand on saura qu’un capitaine Watson, commandant du Fulton, avait offert de remorquer en dehors du port le Black-Warrior, bien convaincu que les autorités espagnoles n'auraient jamais osé commander le feu contre les deux navires.

« La saisie du Black-Warrior et de sa cargaison fut la conséquence naturelle de la résistance du capitaine Bullock aux demandes de la douane havanaise, et du refus des consignataires de déposer caution. Il paraît encore que le consul des États-Unis, au lieu d'intervenir d'une manière conciliante, aurait, par sa hauteur, fait de cet incident une querelle d'amour propre national, et c'est ainsi que cette affaire aurait pris une importance tout à fait exagérée.

« A Washington, elle est devenue l'objet, comme nous l'avons dit, d'un message du président des États-Unis, où se trouve dénoncée la conduite des autorités espagnoles de Cuba comme aussi injustifiable qu'offensante. «Les coupables sont à nos portes », dit M. Pierce, a munis « de pleins pouvoirs pour l'agression, mais n'en ayant aucun, préten« dent-ils, pour la réparation. C'est dans un autre hémisphère qu'il faut « aller chercher satisfaction, et la réponse aux justes plaintes que nous « adressons au gouvernement métropolitain, n'est que la répétition des « excuses présentées par les employés subalternes à leurs supérieurs « à la suite des représentations de ceux-ci. »

« Cette partie du message méritait d'être citée. Il est permis de s'étonner de cette plainte étrange du président Pierce d'être obligé de s'adresser, dans un autre hémisphère, au gouvernement espagnol. Ce n'est pas tout : le président des États-Unis semble aussi trouver de nouveaux griefs dans la modération du cabinet de Madrid, dont la loyauté n'aurait pas hésité, en certaines circonstances, à blâmer la conduite de quelques-uns de ses agents.

« Rien de plus légitime et de plus respectable que la susceptibilité des gouvernements pour défendre l'honneur et les intérêts des peuples qu'ils représentent. Mais, plus ils se sentent forts, plus ils mettent de sagesse dans leurs résolutions. Nous avons exposé, dans toute sa simplicité, l'incident du Black-Warrior. En vérité, il n'y a pas de proportions entre cet incident et le langage du président Pierce, qui déclare « qu'il serait vain d'espérer qu'une série d'actes hostiles, et l'adoption « d'une politique contraire à l'bonneur et à la sécurité des États-Unis,

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') Depuis que cet article a été écrit, les propriétaires du Black-Warrior soni rentrés en possession de ce navire, en payant une amende de six mille dollars.

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