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plus profonde chez tous les hommes éclairés, justes, honnêtes, que le maintien de la course et que l'usage de délivrer des lettres de marque sont une honte pour la civilisation chrétienne, et pour les hommes d'État du 19e siècle.

§ 6. Divers faits de piraterie , et exécution des pirates.

l'enseigne Bisson.

Mort de

Les considérations diverses dans lesquelles nous sommes entré, en terminant le paragraphe précédent, tant sur la course autorisée que sur les prises avant rupture déclarée de la paix, nous mettent dans le cas de revenir, dans un dernier paragraphe, sur la piraterie proprement dite. .

Après les pirates conquérants, - Rollon, Zichmni , TchingTching-Kong, nous aurions pu nommer encore, au 11e siècle, Zachas, pirate sarrasin, qui parvint à se faire reconnaitre souverain de Smyrne, et dont la puissance devint telle que Soliman, Sultan de Nicée, rechercha son alliance et lui donna sa fille en mariage, en 1093.

Le corsaire Oroush (ou Aroudji), surnommé Barbarousse, et son frère Khair-Eddin (ou Hariadan), qui, dans le 16e siècle, devinrent successivement Deys d'Alger, où ils établirent ce repaire de pirates officiels, que la France a détruit en 1830. (Voir chap. XXXIII.)

Les forbans connus sous le nom d'Uscochi, qui désolèrent le golfe adriatique, et que l'empereur Ferdinand prit en quelque sorte à sa solde, en les nommant gardiens des frontières, en leur assurant une paie militaire; on leur assigna, en 1540, pour demeure, la ville de Segna, qu'ils conservèrent jusqu'en 1648, époque à laquelle les Uscochi furent anéantis par les Vénitiens.

Mais bien que les repaires de la piraterie officielle aient été détruits, ou que les chefs des pays à corsaires-pirates se soient engagés, par des traités, à renoncer à la course, la piraterie isolée, quoique combattue par toutes les marines militaires, n'a pas cessé d'exister. Quelques pirates se montrent encore dans l'Archipel grec, où les anses, les criques et les llots nombreux sont favorables à la piraterie ; sur certaines parties des cotes d'Amérique ; dans les mers qui baignent l'empire chinois ; dans l'Océan pacifique, etc.

Dans l'année 1827, un fait de piraterie est devenu l'occasion d'un acte d'héroïsme dont le souvenir doit à jamais être conservé,

et dont M. le vice-amiral Halgan a donné une relation dans la France maritime (2e volume, Paris, 1837).

La corvette de l'État la Lamproie s'était emparée sur les côtes de Syrie d'un brig-pirate grec, nommé le Panayoti, monté par 66 hommes d'équipage, qui fut conduit à Alexandrie.

La frégate la Magicienne prit à son bord l'équipage-pirate, à l'exception de six hommes qui furent laissés sur la prise, dont le commandement fut remis à M. Bisson, enseigne de vaisseau ; quinze marins français et un officier complétèrent l'armement de la prise, qui fit voile pour l'Archipel.

Dans la nuit du 4 novembre, un gros temps força le capitaine de prise à se diriger sur Stampalie, pour y relâcher; le 5, à huit heures de matin, le brig jetait l'ancre dans une petite baie, à trois milles de cette ville.

Deux des matelots grecs, laissés à bord du Panayoti, se jetèrent à la mer, et parvinrent à gagner la côte ; ces hommes s'empressèrent de se mettre en communication avec les pirates qui se trouvaient sur cette partie du littoral ; ils dirigerent vers dix heures du soir, sur le Panayoti à l'ancre, deux Mistiks portant ensemble 120 à 130 hommes. Le capitaine français donna ordre qu'on les hélát, et lorsque les deux embarcations ne furent plus qu'à demi-portée de fusil, l'enseigne Bisson commanda à sa mousqueterie de faire feu. Une fusillade vigoureuse riposta du côté des pirates. L'une des embarcations aborda par l'avant, la seconde, par la joue de babord, et bientôt, malgré les héroïques efforts de Bisson et de son second, M. Trémintin, les pirates s'élancèrent sur le pont du Panayoti.

Bisson qu'une blessure affaiblissait, parvint cependant à se dégager des Grecs qui l'entouraient, et appelant Tremintin, il lui dit avec le sangfroid du désespoir : « Ces brigands sont maitres « du navire, la câle et le pont en sont remplis ! C'est le moment « de terminer l'affaire. Avertissez ce qui reste de nos braves de « se jeter à la mer. Adieu, pilote, je vais tout finir : c'est le mo« ment de nous venger. » Il se dirigea immédiatement sur le point ou étaient réunies les poudres ...... Quelques secondes après, le Panayoti sautait.

Le brave Trémintin que l'explosion avait lancé en l'air, et que le hazard seul a sauvé d'une mort qu'il n'avait point cherché à éviter en se jetant à la mer comme le désirait son capitaine, le brave Trémintin, disons-nous, fut lancé sur la plage, où un des pirates grecs lui enleva ses vêtements et la montre que Bisson lui avait donnée comme un souvenir de mort.

Quatre marins français qui s'étaient élancés à la mer rallièrent la maison où s'était retiré le second, c'est-d-dire la demeure ellemême du gouverneur de l'ile qui fit administrer au blessé les premiers secours.

Soixante-dix cadavres grecs que les lames apportèrent dans la journée du lendemain de la sinistre catastrophe, prouvèrent que la résolution héroïque du brave Bisson avait eu son plein effet.

Les lois et réglements n'accordent de pension, en raison des services d'un officier, qu'à ses père et mère, et à ses enfants. Bisson ne laissait qu'une seur : par exception, une pension extraordinaire lui fut allouée.

M. Trémintin fut nommé chevalier de la légion d'honneur, et reçut des mains du ministre de la marine, en présence des officiers de la marine qui se trouvaient à Paris, une épée d'honneur. Depuis, il a été admis dans le corps de la marine avec le grade d'enseigne de vaisseau, ou lieutenant de frégate.

Dans le fait de piraterie que nous venons de rappeler, l'héroïsme d'un commandant de la marine militaire a donné la mort à plus de soixante pirates : c'est une juste punition de leur crime; toutefois nous déplorons qu'elle leur ait été infligée au prix de la vie d'un courageux officier. Était-ce bien là, en effet, la punition que ces hommes de dépradations et de pillage devaient recevoir ? La mort ignominieuse par la corde et la suspension aux fourches patibulaires ou à la grande vergue d'un bâtiment, est, on le sait, le sort qui attend les pirates saisis au moment où ils se livrent à la piraterie. Quand les pirates sont en trop grand nombre, le commandant du bâtiment qui les poursuit et les saisit peut hésiter, on le conçoit, à la pensée de faire procéder à l'exécution, et de faire assister tout un équipage au spectacle de la mort par la corde d'un grand nombre d'hommes ; mais, dans ce cas, mieux vaut couler ces misérables, car ils ne méritent aucune pitié, que d'ordonner une semblable exécution.

C'est cette punition, cette mort infamante, par la corde, qu'ont reçue divers pirates des Antilles et d'autres mers encore, dont nous allons rappeler le nom et les actions, en empruntant les détails fort abrégés que nous rapporterons, à la France maritime, publiée en 1837 à Paris.

Gibbs, après avoir servi dans la marine des États-Unis de l'Amérique septentrionale, s'était embarqué sur un pavire colombien, la Maria, dont il parvint à soulever l'équipage contre son état-major, lequel fut déposé dans une petite baie de l'ile de Cuba. L'équipage de la Maria se livra à la piraterie et ne tarda pas à prendre Gibbs pour son chef.

Durant trois ans entiers, l'atroce précaution (dit le capitaine Lecomte, auteur de la relation), que prenait ce pirate de massacrer les équipages des bâtiments qu'il capturait, le fit échapper aux croisières française, anglaise et américaine qui veillaient sur ces mers.

Les aveux que Gibbs fit lorsqu'il fut pris, en 1830, portèrent à quarante le nombre de bâtiments qui furent pillés sous ses ordres, et à plus de vingt celui des équipages qui furent massacrés.

Ce fut en revenant d'Alger, où il avait été offrir ses services au Dey (qui peu de temps après perdit son trône et devint le prisonnier de l'armée française), que Gibbs fut traduit devant un tribunal des États-Unis , sous la prévention du meurtre de Williams Robert, officier du brick américain Vincyard, commis sur les hautes mers, le 22 novembre 1830. Gibbs et l'un de ses associés nommé Wansley furent conduits à la potence disposée de telle sorte que les pirates, une fois exécutés, durent rester suspendus au gibet, au lieu d'en être retirés immédiatement après leur mort ainsi qu'il est d'usage de le faire pour les autres suppliciés.

Il y a vingt et quelques avnées qu'un aventurier du nom de Benoit Soto, fut condamné au même supplice par la cour martiale de Gibraltar, après avoir pendant dix ans, tant la répression de la piraterie est difficile, quelque active que soit la surveillance exercée par les marines de guerre des grandes nations, commis des actes d'une cruauté inouie.

A Malte, en 1832, nous avons vu, suspendus au gibet (élevé sur une hauteur et de façon à pouvoir être aperçu de la mer), les ossements desséchés de plusieurs pirates, comme un avis permanent à leurs pareils, s'ils sont pris un jour, du sort qui les attend.

Le brig-pirate espagnol le Panda s'était emparé d'un navire mexicain : le capitaine Don Pedro Gilbert, après avoir fait enlever tout ce que ce bâtiment pouvait renfermer de précieux, fit renfermer l'équipage à fond de cale, ordonna que le feu fut mis, au moyen de mèches soufrées, dans différentes parties du pavire, lequel fut abandonné dans cet état à son malheureux sort. Les prisonniers parvinrent à se rendre maitres de l'incendie et atteignirent les côtes des États-Unis, à peu de distance de CharlesTown et de Boston, au moment même où les pirates abordaient dans ce dernier port. Sur les dénonciations des Mexicains, Gilbert et sa bande furent arrêtés, et, malgré leurs énergiques dénégations devant le tribunal, sept d'entre eux furent condamnés à mort; cinq seulement furent conduits ensemble au gibet; il y eut sursis en faveur des pirates Soto et Thomas Ruys, qui avaient cherché à faire revenir le capitaine Gilbert de la terrible résolution de faire périr les captifs dans les flammes.

Les cinq sappliciés ne restèrent suspendus à la corde, après leur mort, que pendant cinq minutes, leurs corps étant destinés, selon la sentence, à servir aux études anatomiques de l'amphithéâtre de chirurgie de Boston.

Lorsque les cadavres arrivèrent au lieu de la dissection, le consul d'Espagne les réclama, disant que le crime de piraterie n'ayant pas été accompagné de meurtre, on devait leur accorder une sépulture chrétienne. Les magistrats eurent égard à la demande du consul, et les corps des cinq suppliciés furent transportés au cimetière catholique de Charles-Town.

CHAPITRE XXXVII.

REPRÉSAILLES EXERCÉES PAR UN GOUVERNEMENT.

Au Livre I, titre II, § 51, nous avons parlé des lettres de représailles que les gouvernements ont quelquefois délivrées, en temps de paix, à leurs sujets, dans le but de les mettre à même de récupérer la valeur de la propriété qui leur avait été enlevée, et quand le déni de justice de la part d'un État étranger était manifeste ; dans le chap. X du Livre II, nous avons donné un exemple des effets des lettres de représailles.

Dans le § 1 du chapitre actuel, nous aurons à présenter l'exposé d'un fait inouï de représailles exercées par le gouvernement anglais, à l'occasion de mesquines réclamations d'argent, contre un gouvernement faible.

« Les représailles », dit Vattel, « sont usitées de nation à na« tion pour se faire justice soi-même, quand on ne peut l'obtenir « autrement. Si une nation s'est emparé de ce qui appartient à « une autre , si elle refuse de payer une dette, de réparer une

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