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trop restreint ? Nous ne croyons pas nous tromper en disant que les iles Joniennes, et nommément Zante, St.-Maure, Céphalonie, Ithaque et Cérigo, verraient avec plaisir leur réunion, que justifient non-seulement l'identité de meurs, de Religion et d'intérêts commerciaux, mais aussi leur proximité des côtes du royaume hellénique.

Retournons à l'objet de ce chapitre.

Le ministre anglais à Athènes, M. Wyse, fit connaitre au cabinet du roi Othon, le motif de l'arrivée de la flotte anglaise ; il lui accorda vingt-quatre heures pour accepter les propositions qu'il lui présenta, afin de donner une solution définitive aux affaires en litige, et il se retira à bord du bâtiment amiral.

Sur le resus du gouvernement hellénique de céder aux sommations de M. Wyse, l'emploi des mesures coërcitives est décide par l'amiral Sir William Parker, homme doux et bon, mais obéissant à ses instructions ; toutes les cotes de la Grèce sont mises en état de blocus pour les bâtiments de guerre seulement, blocus sur le papier, renouvelé de l'usage, tristement abusif, de la guerre de 1803, car il est évident qu'avec quatorze bâtiments la flotte anglaise ne pouvait former le blocus réel d'une étendue de côtes aussi considérable (du golfe de l'Arta au golfe de Volo, au nord de l'ile de Négrepont), et tout à la fois le blocus des îles nombreuses de l'Archipel.

Plus tard l'embargo fut mis sur tous les bâtiments du commerce grec, mesure contre laquelle la légation française réclama, le 26 janvier 1850; plus de mille de ces bâtiments furent saisis.

Était-il donc nécessaire que la saisie atteignit un aussi grand nombre de bâtiments pour mettre à couvert le montant des réclamations formées, si leur chiffre eut été ce qu'il aurait dû étre, c'est-à-dire vrai, et non pas ridiculement exagéré ?

M. Londos, ministre des affaires étrangères, protesta, le 47 janvier, contre les procédés de la Grande-Bretagne, en adressant, à cet effet, une note officielle à M. Wyse; et, par une lettre du même jour, il réclama l'intervention et les bons offices des ministres des deux autres Puissances protectrices, la France et la Russie.

Voici la lettre que la légation de France s'empressa d'adresser à l'envoyé britannique :

« Athènes, le 19 janvier 1850. « Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République française, ayant eu connaissance de la note remise hier, 18 janvier, par le très-honorable M. Thomas Wyse, ministre plé

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nipotentiaire de S. M. britannique près de S. M. hellénique, à M. Londos, ministre des affaires étrangères, et dans laquelle il est interdit aux bâtiments de guerre grecs de tenir la mer devant le pavillon anglais, accomplit à regret une démarche qu'il considère comme indiquée par ses devoirs de représentant d'une Puissance, partie dans le traité constitutif du royaume de Grèce.

« En effet, l'article 4 du traité conclu à Londres le 7 mai 1832 entre la France, l'Angleterre et la Russie, porte que la Grèce, sous la souveraineté du prince Othon de Bavière et la garantie des trois Puissances ci-dessus désignées, formera un État monarchique indépendant.

a Le soussigné ne pouvait faire que, dans son opinion mûrement réfléchie, l'interdiction faite par M. le ministre de S. M. britannique, et soutenue par M. le vice-amiral Parker, au gouvernement de S. M. hellénique, de disposer librement de ses bâtiments de guerre, ne doive être envisagée comme une première atteinte à l'indépendance de la Grèce.

« Qui dit indépendance, il est vrai, dit, par là même, responsabilité, et il ne saurait entrer dans l'idée du soussigné de contester d'aucune façon à M. le ministre de S. M. britannique le droit de poursuivre le re

à dressement de ses griefs contre le gouvernement de S. M. hellénique, si ce gouvernement se refusait à lui donner une satisfaction légitime. Mais la position ne se présente pas dans ces termes.

« Le gouvernement de S. M. hellénique, sommé de répondre dans les vingt-quatre heures et sans discussion à des demandes qu'il croit contestables, en appelle à un arbitrage qui réserve tous les droits et se trouve en conformité avec la teneur et l'esprit de l'article précité du traité de 1832. Ce n'est pas là, dans la manière de voir du ministre de la République française, un refus péremptoire et susceptible d'attirer sur le gouvernement de S. M. hellénique les conséquences qu'aurait pu justifier une dénégation absolue opposée aux réclamations dont il s'agit.

« Le soussigné croit en conséquence obéir à un devoir impérieux en priant de nouveau M. le ministre de S. M. britannique de vouloir bien considérer le recours fait, dans ces circonstances urgentes, à l'arbitrage du gouvernement de la République française, comme l'autorisant à suspendre, jusqu'à la nouvelle de l'accueil réservé par son gouvernement à cette proposition, les mesures coërcitives auxquelles sa nole du 18 janvier permet de craindre qu'il ne procède de concert avec M. l'amiral Parker.

« M. Thouvenel, n'étant mû que par le plus vif désir d'interposer avec efficacité ses bons offices pour le réglement d'une affaire pendante entre deux gouvernemenls amis et alliés du gouvernement de la République française, se plaît à espérer que le très - honorable M. Wyse, appréciant les motifs et le caractère de cette communication. « Le soussigné, etc.

THOUVENEL. »

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Le même jour, M. Wyse fit connaitre à M. Londos la capture du steamer royal l’Othon, que l'amiral Sir William Parker envoya à Salamine.

De nouveaux actes de cette nature furent encore accomplis : M. Londos en donna avis aux légations de France et de Russie par la note suivante :

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« Athènes, le 9 (24) janvier 1850. « Monsieur, « J'ai eu déjà l'honneur de porter à votre connaissance tout ce qui a eu lieu à l'égard du bateau à vapeur l’Othon et des autres bâtiments de l'État au Pirée, et la protestation que j'ai adressée à M. le ministre d'Angleterre contre l'incroyable abus de la force qui essaie depuis quelques jours d'opprimer la Grèce.

« Je viens maintenant avoir l'honneur de vous informer que des bâtiments anglais de l'escadre sous les ordres de Sir W. Parker s'élant rendus à Paros, et y ayant saisi les bâtiments et les embarcations de l'arsenal, n'ont point hésité à violer les réglements sanitaires universellement respectés dans l'intérêt de la santé et de l'ordre public.

« Je viens également d'être à l'instant même informé par les autorités compétentes que les Anglais ont commencé ce matin à défendre aux bâtiments de commerce qui se trouvaient au Pirée de débarquer leur cargaison sans leur permission, en leur enjoignant de ne décharger, le cas échéant, que sur la côte qui est vis-à-vis de l'emplacement de la douane ; ils ont enfin défendu à tont navire, même de commerce, d'entrer au Pirée ou d'en sortir.

« J'abandonne à votre perspicacité et à vos sentiments de justice la qualification de pareils actes. Le monde envisagera toutes ces violences sous leur véritable jour ; il est cependant du devoir du gouvernement du Roi de continuer à protester contre le droit inique de la force.

« Le Roi, son gouvernement et la nation entière ont le plus vif espoir à l'appui noble et efficace (de S. M. l'Empereur) (de la République française); mais, en attendant, de grands intérêts sont immédiatement menacés ; l'ordre public, la sûreté de l'État, l'administration du pays se trouvent exposés par suite de l'interruption forcée des communications ; c'est donc pour éviter des conséquences aussi désastreuses que je viens vous prier, Monsieur, au nom du gouvernement du Roi, de vouloir bien ordonner aux bâtiments (de l'Empereur) (de la République) qui se trouvent dans les parages de la Grèce de prêter au besoin leur appui et leur coopération aux autorités grecques, soit pour ce qui concerne la sûreté de l'État, soit pour la satisfaction des besoins urgens de l'administration et en général du service public.

« Entourée dans toute son étendue de mers et possédant des îles nombreuses, la Grèce ne pourrait pas se trouver privée, même momentanément, sans préjudice, d'unc force maritime. Celte force vient de lui être enlevée déjà en partie, et d'après les menaces des Anglais

elle en sera bientôt entièrement privée ; c'est donc à vous, Monsieur,
que le gouvernement du Roi devait s'adresser dans cette circonstance,
et il a pleine confiance que comme représentant d'une grande nation
amie et bienfaitrice de la Grèce, vous répondrez à cet appel qu'une né-
cessité insurmontable nous a obligés à vous adresser.
« Agréez, Monsieur, etc.

A. LONDOS. »

La connaissance de ces faits divers occasionna en France une vive émotion et une sympathie non moins vive.

M. Piscatory, ancien ministre de France à Athènes, jusqu'à l'époque de la catastrophe révolutionnaire du 24 février 1848, prit la parole, comme membre de l'assemblée législative, dans la séance du 8 février 1850, et fit un exposé précis des réclamations anglaises et de la situation exacte des choses.

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« Messieurs », dit-il, « les faits qui se sont produits en Grèce sont certainement les plus inopinés qui se puissent imaginer, non pas peulêtre pour ceux qui, comme moi, ont eu le devoir d'assister à tout ce qui s'est passé en Grèce depuis plusieurs années. Mais, d'ailleurs, qui pouvait prévoir qu'au moment où la France et l'Angleterre, où les flottes anglaise et française, dans un intérêt d'humanité, dans un intérêt de baute justice, de bonne politique, venaient d'accomplir une grande et efficace intervention ; qui pouvait prévoir qu'à ce moment-là, sans qu'aucune information fût donnée par l'ambassadeur anglais à notre ambassadeur à Constantinople, sans que l'amiral Parker, disant adieu à M. de Parseval, lui indiquát le moins du monde quelle était la pensée de son gouvernement, quelle était sa mission, ce même amiral, à la tête de treize bâtiments anglais, armés de 700 bouches à feu, paraîtrail dans la rade de Salamine pour y peser sur la faible Grèce de tout le poids de la puissance anglaise ? C'était là un projet si ignoré de tout le monde, que, même en Grèce, dans ce pays menacé d'un coup si inattendu, il n'y avait pas un bruit quetconque qui fût parvenu aux oreilles du gouvernement et qui indiquât le danger qu'il allait courir. Le Roi et la Reine de Grèce s'informaient auprès du ministre anglais du nombre de bâtiments et du nombre des officiers, et ordonnaient une fête. L'amiral Parker arrive ; onze bâtiments viennent mouiller à Salamine, deux entrent immédiatement dans le Pirée.

« La première démarche de l'amiral Parker est la demande d'être présenté et de présenter son état-major au Roi de la Grèce. Et c'est en sortant de cette visite toute cordiale que, pour la première fois, M. l'amiral Parker, accompagné du ministre d'Angleterre, se rend chez M. Londos, et lui dit que l'Angleterre va faire valoir des réclamations depuis longtemps pendantes, en ayant recours aux mesures de coërcition.

« Il ne s'agit pas, ajoute-t-il, de discuter le juste et l'injuste ; je vous donne vingt-quatre, et, ce délai écoulé, les mesures coercitives auront leur place et leur effet.

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a Dans quel pays, dans quel temps et vis-à-vis de quelle nation a-t-on jamais employé de pareils procédés ?

« Cette impression douloureuse ne pouvait être mieux rendne que par cette parole à la fois triste et simple du Roi de la Grèce : « Je doute « qu'il y a cinquante ans on se fût ainsi conduit envers une Puissance « barbaresque. »

« Messieurs, il importe, ce me semble, d'établir la valeur des réclamations, origine de cette inqualifiable démarche.

« Je vous prie d'écouter les quelques paroles que j'ai à dire sur les unes et sur les autres.

« Je crois bien savoir les faits, car il a été de mon devoir de les étu dier avec le plus grand soin.

« La première réclamation est celle en faveur de quelques Joniens, juges et parties.

« Un Jonien avait été condamné à mort pour un meurtre, pour un abominable meurtre. Trois ou quatre sujets joniens, habitant depuis longtemps la ville de Patras, cherchent à exciter une émeute. Ils sont arrêtés, conduits en prison, malgré la résistance la plus violente ; M. le ministre d'Angleterre réclama immédiatement une indemnité sous prétexte de tortures.

« Le gouvernement a fait enquêtes sur enquêtes. Les légations de France, d'Autriche, de Russie, informent avec le plus grand soin ; les médecins sont interrogés. Les hommes les plus attachés à ce qu'on appelait en Grèce le parti anglais déposent. Il n'est résulté de tout cela qu'un seul fait : c'est que ces trois Joniens, pour être conduits de la place publique, où ils avaient excité le désordre, à la prison, avaient les menottes. C'est pour eux qu'on demande 20 livres sterling par tête, et c'est pour cela que treize vaisseaux anglais sont au Pirée. Preinière réclamation.

« En 1847, sur la dénonciation d'un Jonien, des Joniens sont arrêtés à Girgos pour vol : la légation anglaise se plaint de l'arrestation et demande une indemnité de 20 liv. st. Notez bien que les deux Joniens arrêtés n'avaient pas de passeports anglais ; sur cette portion du littoral grec, il y a une grande quantité d'Joniens que l'agriculture appelle et fixe en Grèce ; que, par conséquent, si des Joniens qui y séjournent étaient libres sous la protection de la mission anglaise d'accomplir des méfaits, il n'y aurait pas de police possible : c'est donc encore 20 liv. st. par tête exigée par treize vaisseaux anglais.

« En 1846, quelques barques joniennes furent pillées à l'embouchure de l'Achéloüs.

« Si j'entre dans quelques détails, c'est que je tiens à prouver que je sais exactement.

« En 1847, M. le ministre des affaires étrangères me donna ordre de prendre les informations les plus positives, et, à lout prix, de savoir les faits de façon à les dire avec autorité.

«Quelques barques joniennes furent donc pillées à l'embouchure de l'Achelous. Immédiatement la légalion anglaise demanda pour ces barques une indemnité de 1,496 colonates (le colonate vaut 6 fr.), disant que

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