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et d'après les prix courants des marchandises dans le port de Rio-deJaneiro au moment de l'arrestation. Les polices d'assurance, naissements, factures, comptes de frais et débours, et tous autres documents quelconques, devront être présentés légalisés en bonne et due forme.

« 3. A la valeur de l'indemnité qui sera liquidée pour chaque båtiment, sera ajouté, à tilre de dommages et intérêts, un intérêt de six pour cent par an, à partir d'un mois après la capture, jusqu'aux époques ci-dessous fixées pour les paiements ; et au moment total des indemnités qui seront liquidées pour les cargaisons, fret, dépenses et débours extraordinaires occasionnés par la capture, sera ajouté, à titre des dommages et intérêts, un intérêt de cinq pour cent par an, à partir de six mois après la capture jusqu'auxdites époques.

« 4. Les indemnités seront liquidées et fixées par une commission composée de quatre membres, savoir : deux commissaires liquidateurs, et deux commissaires arbitres, l'un de ceux-ci devant être appelé dans les cas seulement où les deux premiers ne seraient pas d'accord : il sera alors désigné par la voie du sort Un commissaire liquidateur et un commissaire arbitre seront nommés par le Gouvernement du Brésil, et l'autre commissaire liquidateur et l'autre commissaire arbitre, par le représentant de Sa Majesté Très-Chrétienne près la Cour de Rio-de-Janeiro.

a Les susdits commissaires recevront des réclamants ou autres personnes intéressées les comptes et documents ci-dessous énoncés, et tous autres titres qui pourront être présentés à l'appui de leurs droits ; et quoique les réclamants aient la faculté de produire toutes les pièces justificatives qui leur conviendront, jusqu'à la clôture des Iravaux de la commission, il est néanmoins expressément convenu et réglé qu'aucune réclamation ne sera examinée et prise en considération, si elle n'a été présentée dans les soixante jours qui suivront immédiatement l'installation de la commission.

a 5. La commission sera installée dans l'espace d'un mois après la signature de la présente Convention, et ses fonctions devront être définitivement terminées au 28 février de l'année 1829,

« 6. La liquidation sera faite en monnaie du Brésil, en tenant compte de la différence existant entre le change de l'époque de la capture et celui du moment où le paiement aura lieu ; et les sommes qui seront liquidées et fixées seront soldées en paiements égaux effectués à Rio-de-Janeiro, le premier, donze mois, le second, dix-huit mois, et le troisième, vingt-quatre mois après la fin et la clôture des travaux de la commission. Les cédules de paiement seront remises à la légation française près la Cour du Brésil, et comprendront les intérêts slipulés par l'article 3 : chacune d'elles énoncera le nom ou les noms des intéressés au profit desquels elle sera délivrée, et indiquera la personne ou les personnes qui devront acquitter le montant pour le compte du gouvernement du Brésil, ainsi que le lieu du paiement. a 7. La présente convention sera ratifiée, etc.

(Suivent les signatures. ) »

En s'appuyant, avec une trop persévérante obstination, sur le respect du à la chose jugée, et en opposant aux notes diplomatiques les arrêts prononcés par les tribunaux sur les bâtiments capturés, sans vouloir entrer dans aucune voie d'accommodement, le gouvernement brésilien s'était placé vis-à-vis de la France dans une situation difficile.

Par amour-propre national, en présence de chambres législatives (disposées trop généralement à blåmer le ministère et promptes à entraver la marche de l'administration), le gouvernement brésilien aurait sans doute continué de refuser toute indemnité; mais en présence d'une flotte prète à foudroyer Rio-Janeiro si le déni de justice avait continué, les chambres se tůrent ; force était, en effet, au Brésil de transiger. « Les différends ont duré « trop longtemps, avait dit l'empereur; je veux les terminer, j'en « sens l'à propos » ; les chambres le comprirent comme le souverain. Il eut mieux valu toutefois, pour réparer une injustice, avoir écouté le langage du droit et de la raison (que la France faisait entendre, depuis plus de deux ans, à Rio-Janeiro), que de s'être mis dans la position critique d'avoir à transiger et à reconnaitre le bon droit invoqué en présence uniquement d'une flotte chargée d'appuyer les démarches de la diplomatie, dont le rôle est d'émousser les aspérités qui surgissent inattendues des affaires en voie de négociation, de ramener, par des paroles de conciliation, les esprits trop facilement irrités parfois, d'entretenir les bonnes relations, et de faire jouir l'Univers des bienfaits de la paix, en s'efforçant d'écarter les causes de différends, tout en cherchant d'ailleurs à obtenir que justice soit rendue en toute occasion ; or, nous l'avons dit, la diplomatie avait depuis deux ans employé et épuisé tous les moyens de conciliation à Rio-Janeiro La France, après la preuve de longanimité qu'elle avait donnée, s'était vue dans la nécessité d'avoir recours aux armes.

Incendie de la ville de San Juan de Nicaragua (ou Greytown) par

la corvette Cyane des États-Unis de l'Amérique septentrionale.

Le Courrier des États-Unis, journal politique publié à Washington, s'est fait l'historien et le juge de ce fait inous ?); c'est lui que nous laisserons parler, sans ajouter à son écrit ni une réflexion, ni un commentaire. L'opinion exprimée par le Courrier des États-Unis nous dégage de ce soin.

') Extrait du journal français l'Assemblée nationale du 10 août 1854.

Si le récit que nous avons à faire ne nous arrivait pas environnė de toutes les garanties d'une certitude officielle, nous n'aurions pas hésité à le déclarer apocryphe, tant il semble impossible, au premier abord, que ce soit là une page réelle des anpales d'une nation civilisée.

Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié le drame compliqué dont les eaux de San Juan de Nicaragua ou Greytown furent le théâtre au mois de mai dernier. Un steamer américain, chargé de nombreux Californiens, s'approchait de cette ville à toute vapeur, lorsque du fond d'une petite barque, encore près du rivage, on vit se lever un pêcheur armé d'un fusil. D'après quelques paroles saisies au passage, cet homme demandait au capitaine de passer plus au large pour ne pas faire chavirer son embarcation. Rendu furieux par ce qu'il appelait l'impertinence d'un manant, le capitaine, dont le steamer se trouvait déjà à certaine distance, ordonne de virer de bord, repasse devant l'embarcation, se fait apporter un fusil, et avec un monstrueux sang froid, envoie une balle dans la tête du malheureux pêcheur.

Les habitants de Nicaragua, voulant venger la mort de leur compatriote, demandent que le coupable leur soit livré ; mais, M. S. Borland, ministre des États-Unis dans l'Amérique centrale, se trouvant parmi les passagers du steamer, répond que son gouvernement n'a pas encore reconnu l'autorité établie parmi eux, et que les citoyens américains ne sauraient se soumettre à la juridiction du pays. Le maire de Greytown ne se laisse pas convaincre par un si étrange argument; il envoie quelques hommes pour opérer l'arrestation du capitaine ; M. Borland prêche la résistance, et un conflit a lieu entre plusieurs Américains et une troupe d'habitants.

Dans la soirée, M. Borland se rendit à terre chez l'agent commercial des États-Unis. Le peuple, exaspéré par les événements du matin, entoura la maison consulaire et fit entendre des paroles menaçantes contre le ministre, qui n'avait, dit-on, aucun titre officiel, et n'aurait pas du, dans tous les cas, prendre parti pour le capitaine, Portugais de naissance. Les quais furent occupés toute la nuit par des gens armés qui empêchaient toute communication entre le steamer américain et la terre, de sorte que M. Borland se vit obligé d'attendre jusqu'au matin pour regagner le navire. Au lever du soleil, tout rentra dans l'ordre. Néanmoins, le ministre craignant des violences contre les résidents Cussy. II.

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américains, après le départ du vapeur, organisa une garde de cinquante hommes pour parer à toute éventualité. Le lendemain, le ministre des États-Unis partait pour New-York, et quelques jours après, il était à Washington faisant au parlement le récit de ses prétendus griefs.

La presse américaine accusait depuis si longtemps le gouvernement de manquer d'énergie dans les grandes questions du jour, que ce dernier se garda bien de laisser échapper une si belle occasion de gagner les lauriers sans courir le moindre risque. En conséquence, le navire de guerre Cyane, à peine revenu à New-York de son expédition à l'Isthme de Darien, fut en toute håte envoyé devant Greytown, où il arriva le 14 courant. Le capitaine Hollins, qui le commandait, dépêche aussitôt un officier aux autorités locales, leur demandant le réglement de diverses réclamations faites par des citoyens américains, satisfaction de l'insulte dont se plaignait M. Borland et une indemnité de 125,000 francs.

Le 12, les habitants de Greytown n'ayant encore donné aucune réponse, le capitaine Hollins leur fit dire que si le 13, à 9 heures du matin, ils ne lui ont pas accordé tout ce qu'il demande, il commencera à bombarder la ville. La journée se passa comme la précédente et sans que la population donnât le moindre signe de concessions. Greytown, qui a fait tour à tour partie de l'État de Nicaragua et des domaines du roi des Mosquites, et dernièrement déclarée indépendante, se composait d'environ 30 maisons, presque toutes en bois et dont un grand nombre, construites depuis peu, étaient déjà abandonnées. Elle ne comptait guères que 500 habitants, dont une douzaine émigrés des ÉtatsUnis, autant de Français et d'Allemands, quelque 25 Anglais et le reste mélange de nègres de la Jamaïque, d'Indiens et de descendants d'Espagnols.

Devant les menaces redoutables du capitaine Hollins, la plupart des habitants se figurèrent qu'on se contenterait de leur envoyer quelques boulets et que les hostilités cesseraient après la destruction de deux ou trois maisons. Aussi, résolus à refuser toute espèce de satisfaction, la plupart d'entre eux se contentèrent-ils d'aller camper sur le rivage, à un mille de la ville, emportant à peine des provisions pour la journée. Six ou sept Américains allèrent se réfugier sous le pavillon du Cyane, tandis que plusieurs Anglais se retirèrent à bord de la goélette de guerre britannique Bermuda qui se trouvait dans le port sous le commandement du capitaine Joly. Le 13, à neuf heures du matin, il ne restait pas à Greytown, une seule créature humaine.

Ainsi qu'il avait été annoncé, le Cyane commença le feu et le continua jusqu'à trois heures de relevée. Après avoir jeté plus de 200 boulets dans cette bourgade déserte, le capitaine Hollins voyant que les habitants ne capitulaient pas, envoya à terre une chaloupe chargée d'un lieutenant et de vingt-cinq hommes, et, à quatre heures du soir, cette petite bande entra dans la ville pour y mettre le feu. A chaque maison qui brûlait, c'étaient de la part des Américains de bruyants hourras, comme s'ils venaient d'accomplir un difficile exploit.

Quelques voyageurs assurent que la plupart des soldats étaient rendus furieux par des libations immodérées, et l'on ajoute qu'aucune maison n'a été incendiée sans avoir été au préalable fouillée par les vainqueurs, qui en emportaient tout ce qu'ils y trouvaient de précieux. Le soir, au coucher du soleil, Greytown n'offrait plus qu'un monceau de cendres, et les habitants erraient dans les bois ne sachant où s'abriter ni comment même se procurer leur premier repas du lendemain.

La perte qu'ils viennent de faire s'élève, dit-on, à 2 millions 500,000 francs. Bien que le capitaine de la goëlette Bermuda n'ait pas essayé de défendre la ville il n'en a pas moins éprouvé un vif désir de le tenter, s'il faut s'en rapporter à une lettre qu'il envoya au commandant du Cyane au plus fort de la canonnade.

Dans ce billet l'officier anglais exprimait son regret de ne pas avoir à sa disposition un navire de guerre de la force du Cyane, assurant le capitaine Hollins que, dans ce cas, il le forcerait bien à cesser le bombardement de la place. En réponse à cette note, le commandant américain répondit qu'il regrettait infiniment de ne pas se trouver en présence de deux navires anglais, sûr qu'il était de pouvoir s'en emparer aux mêmes conditions que les ÉtatsUnis obtinrent jadis le Cyane lui-même.

Sur ces entrefaites, arriva le steamer anglais Dee, portant la malle anglaise. On s'attendait à le voir se joindre au Bermuda pour attaquer le navire américain ; mais le pillage et l'incendie de la ville continuèrent sans aucune démonstration de la part des Anglais, et quand tout fut terminé, le Dee reprit la mer, amenant à sa remorque le Bermuda et les sujets britanniques qui s'y étaient réfugiés, non sans avoir solennellement protesté contre ce monstrueux attentat.

Nous venons d'écrire le seul mot qui convienne au triste exploit du Cyane, le seul dont l'Europe se servira pour le qualifier.

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