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différents duchés et territoires en Silésie Jægerndorf, Liegnitz, Brieg, Wohlau, etc.

Louis XV, descendant en ligne directe de la branche ainée d'Autriche, par la reine, femme de Louis XIII, et par la reine, femme de Louis XIV, pouvait également élever des prétentions à la succession de Charles VI ; mais il trouva plus convenable à sa dignité de ne se présenter que comme arbitre et protecteur. Ajoutons d'ailleurs que le cardinal de Fleury qui voyait la France à la veille d'avoir à soutenir une guerre contre l'Angleterre, dans l'intérêt de l'Espagne, préférait que le roi restàt étranger à la guerre continentale qui devait, selon toute probabilité, éclater en présence de tant de prétentions rivales. (Voir les notes.)

Une guerre maritime existait déjà à cette époque, entre l'Angleterre et l'Espagne ; les corsaires des deux nations se livraient en Europe, en Asie, en Amérique, aux excès les plus inouis les uns envers les autres, dans le but de satisfaire la cupidité de leurs armateurs et des marins, que ceux-ci avaient chargés d'écumer la mer en pillant les navires sans défense ; des hostilités plus meurtrières encore avaient lieu entre les bâtiments des deux marines militaires opposées. 2)

Dans le mois de décembre 1740, l'amiral anglais Vernon après avoir fait, sans succès, quelques tentatives sur Cuba, avait enlevé aux Espagnols la ville de Porto-Bello, entrepôt des trésors du nouveau monde, et en avait rasé les fortifications.

La marine militaire de la France était faible à cette époque ; toutefois, à la nouvelle de la prise de Porto-Bello, le cardinal de Fleury résolut de donner à l'Espagne tous les secours qui pouvaient se concilier avec la continuation de la paix, existant entre la France et l'Angleterre ; en conséquence, le Marquis d'Antin, vice-amiral, partit du port de Brest avec une flotte de vingt-deux vaisseaux de ligne qui devaient servir à protéger les côtes et les vaisseaux espagnols en Amérique.

Une division de la flotte anglaise, feignant de prendre pour Espagnols quatre bâtiments français, naviguant sous les ordres du chevalier d'Epinai, les attaqua, au mois de janvier 1741, dans les parages de St.-Domingue ; malgré la supériorité du nombre

1) A l'occasion des atrocités et des brigandages commis par les corsaires anglais, nous reproduirons ici quelques lignes d'un auteur anglais, que nous avons citées au chapitre IV : « Si tous nos brigandages commis dans les mers de l'Amérique « étaient connus, la nation se trouverait surprise d'avoir produit tant de scélérats a qui ont violó les droits les plus sacrés des gens ..... »

( Examen des préjugés vulgaires contre le trailé signé au Pardo,

le 14 janvier 1793.)

et la force des bâtiments, l'escadre anglaise fut obligée de se retirer, après avoir fait des excuses au chevalier d'Epinai, imputant l'agression à une méprise! Ayant eu plusieurs bâtiments démâtés, le commandant anglais se retira en désordre : il ne dût son salut qu'à la modération des instructions que le gouvernement français, qui ne voulait pas rompre avec l'Angleterre, avait données au vice-amiral Marquis d'Antin.

Mais six mois plus tard, au mois d'août 1741, les vaisseaux français le Borée, commandé par le chevalier de Caylus, l'Eguillon, commandé par le comte de Pardaillan, et la frégate la Flore, furent assaillis à l'entrée du détroit de Gibraltar, par quatre vaisseaux de guerre et une frégate de la marine royale d'Angleterre ; bien que trois contre cinq, ils ne purent etre entamés et les bâtiments anglais se retirèrent après trois heures d'un combat inutile.

« Les Anglais s'essayaient ainsi contre la France », dit le continuateur du président Hénault 1); » déjà ils adoptaient cette poa litique plus utile que glorieuse de faire la guerre sans la déa clarer. »

Nous avons vu, dans les $S 1 et 2 de ce chapitre, que l'Angleterre n'en était pas à son coup d'essai, dans ce genre, comme semble le croire l'écrivain dont nous avons reproduit les paroles ; les faits que nous avons encore à présenter dans ce même chapitre, et ceux que nous avons exposés dans les chapitres IV, VII, 31, et XXVI, sont autant de preuves qu'elle a continué de suivre la «politique plus utile que glorieuse de faire la guerre & sans la déclarer. »

L'attaque inattendue des bâtiments français dans le détroit de Gibraltar, fit craindre au cardinal de Fleury de ne pouvoir, longtemps encore, éviter de déclarer la guerre à l'Angleterre ; en vue d'opérer une diversion favorable à la France, en faisant naitre des troubles politiques au sein du royaume britannique, le cardinal eut la pensée de seconder les projets que nourrissait le prince Charles-Édouard, fils du roi Jacques III, de se présenter en Ecosse, pour réchauffer le zèle des partisans de sa maison ; dans ce but, on engagea le prince à se rendre à Paris ; des négociations secrètes eurent lieu entre Charles-Edouard et le chevalier de Cornot, muni des instructions du cardinal de Fleury. 2) Les conférences avaient lieu, pendant la nuit, dans l'église du convent des Bernardins, à Paris ; elles se renouvelèrent, plusieurs fois dans le courant de l'année 1742.

1) A. E. N. Des Odoards-Fantin, vicaire général d'Embrun, continuateur de Fabrégé chronologique de l'histoire de France par le président Hénault.

?) Noble Marc-Antoine chevalier de Cornot de Cussy-Bligny (fils de Mare lumbert Philippe baron de Cornot de Cussy, mort en 1763, était attaché au cabinet du cardinal de Fleury, qui, en plusieurs circonstances délicates, le chargea de missions de confiance. Le baron Marc Antoine de Cornot de Cussy (ayeul de l'auteur des Causes célèbres du droit maritime des nations) est mort en 1788.

Ces conférences restèrent sans résultat : le cardinal de Fleury avait négligé la marine militaire de la France, et redoutait une guerre maritime contre l'Angleterre. Le cardinal qui hésitait toujours quand il fallait prendre une résolution énergique, fut effrayé à la pensée des conséquences qui pouvaient résulter pour la France d'une guerre contre l'Angleterre ; il se laissa encore aller, en cette circonstance, au système de temporisation et de lenteur qui lui était habituel ; c'est ainsi que la France arriva jusqu'à la mort du cardinal, qui la gouvernait et dirigeait sa politique, sans que la guerre eût été déclarée à l'Angleterre. 2)

La guerre n'eut lieu, en effet, qu'en 1744 ; on reprit alors le projet qu'avait eu le cardinal de Fleury, en 1741, d'envoyer le prince Charles-Edouard en Ecosse ; voici à quelle occasion.

Depuis deux ans, une flotte anglaise de 52 voiles, sous les ordres de l'amiral Mathéus 2), semblait avoir placé en état de blocus les côtes de la Provence, et retenait, de cette sorte, dans le port de Toulon, l'escadre espagnole de l'amiral Don Joseph Navarro, qui avait été chargée de porter des troupes en Italie. Louis XV indigné de l'audace des Anglais, et n'ayant plus le cardinal de Fleury pour l'appaiser et suspendre l'exécution d'une détermination hardie, donna l'ordre au Marquis de Court, lieutenant général des armées navales, d'armer une escadre de 14 vaisseaux de ligne, 14 frégates et 3 brûlots, de prendre la mer avec l'escadre espagnole, et de combattre l'amiral Mathéus 3), s'il s'opposait au passage des deux escadres, lesquelles présentaient réunies le nombre de 26 vaisseaux de ligne et de 14 frégates à opposer aux 52 bâtiments de l'amiral anglais. Le combat s'engagea le 22 février 1744 ; la supériorité du nombre n'assura pas le succès à la flotte britannique. Le combat dura toute la journée ; les deux escadres combinées, sorties sans pertes d'un combat où les forces opposées étaient aussi inégales, conduisirent sur les côtes d'Italie les approvisionnements et les renforts de guerre dont avait besoin l'armée espagnole, tandis que l'amiral anglais se vit dans la nécessité de gagner Mahon, pour y réparer et ravitailler plusieurs de ses vaisseaux qui avaient été fort maltraités.

') Le cardinal de Fleury mourut le 29 janvier 1743. 2) et %) ou Matthews.

Au moment où ceci se passait, les forces navales de l'Angleterre étaient dispersées dans les mers d'Asie et d'Amérique et dans la Méditerranée ; les troupes de terre étaient répandues dans les Pays-Bas. L'occasion d'effectuer avec succès une descente en Angleterre, parut favorable à Louis XV; le roi comptait d'ailleurs beaucoup sur l'effet que devait produire la présence du prince Charles-Edouard qui devait accompagner le comte de Saxe, chargé de l'expédition. Malheureusement, la flotte française, placée sous les ordres du comte de Roquefeuil, fut assaillie, en sortant de Brest, par de forts coups de vent et une violente tempête qui la rejeta sur les côtes de la France.

On sait que le prince Charles-Edouard, n'ayant pu obtenir que Louis XV ordonnat un nouvel armement, résolut, dès l'année suivante, de tenter seul la fortune. Conduit en Ecosse par des armateurs de Nantes , il jeta l'ancre, le 19 juillet 1745, dans le Lochnanaugh ; il réunit bientôt un grand nombre de partisans, battit le général Cope et gagna la bataille de Falkirk ; mais il perdit, contre le duc de Cumberland, la bataille de Culloden 1); vaincu et voyant le parti Jacobite dispersé, il revint en France.

Les malheurs du prince Charles-Edouard doivent rester en dehors de notre travail ; nous n'avons tracé les lignes qui précèdent qu'afin de compléter le tableau des événements militaires qui résultèrent, pour la France, de l'appui qu'elle donna à l'Espagne après la prise de Porto-Bello, par l'amiral Vernon, et surtout de l'ordre émané de l'initiative de Louis XV, transmis au Marquis de Court, d'attaquer l'amiral anglais Mathéus ou Matthews dans le but de favoriser le départ, pour les côtes d'Italie, de l'escadre espagnole, tenue en état de blocus, depuis deux ans, dans le port de Toulon, par une flotte anglaise. 2)

Pendant les trois années qui s'écoulèrent depuis le jour où, sans rompre la paix avec l’Angleterre, le cardinal de Fleury se décida à faire partir, pour les côtes de l'Amérique espagnole, la flotte placée sous le commandement du Marquis d'Antin, jusqu'au départ, en 1744, de la flotte chargée de conduire en Ecosse le prince Charles-Edouard, les Anglais violèrent le droit des gens, à l'égard de la France, en deux circonstances remarquables : en attaquant, au mois de janvier 1741, quatre bâtiments placés sous

1) 27 avril 1746. 7) Voir les notes à la fin du volume. Cussy. II.

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les ordres du chevalier d'Epinai, feignant de les prendre pour quatre bâtiments espagnols ; en attaquant, dans le mois d'août de la même année, les vaisseaux français la Borée, l'Eguillon et la Flore; ne pourrait-on pas dire aussi, en tenant bloquée dans le port de Toulon, pendant deux années, la flotte espagnole ? Dans ces trois circonstances, la marine française eut l'occasion de signaler son courage, et l'avantage lui resta. 1)

Si le cardinal de Fleury n'eut pas négligé, comme il le fit, la marine de la France, il n'est pas douteux que le roi Louis XV n'eût obtenu sur mer des avantages semblables à ceux qu'il obtint pendant la durée de la guerre continentale ?). La France ne possédait, à cette époque, que 35 vaisseaux de ligne ; toutefois, si la marine française eut à subir quelques échecs (notamment dans les parages de la Martinique, où le commodore Toushend battit quatre vaisseau français qui escortaient 30 navires de la marine commerciale), l'honneur du pavillon français fut maintenu, avec gloire, en plusieurs circonstances. C'est ainsi que le capitaine de vaisseau Macnemara, qui commandait l'Invincible, soutint une lutte acharnée contre quatre vaisseaux anglais, et parvint à sauver les bâtiments du commerce qu'il était chargé de convoyer; c'est ainsi encore que M. de la Bourdonnais, gouverneur de l'ile Bourbon, après avoir dispersé la flotte anglaise de l'amiral Peyton 3), s'empara de Madras (voir chap. II, § 4); que M. Dubois de la Motte, qui en 1746 escortait une flotte marchande avec le vaisseau de ligne le Magnanime et la frégate l'Etoile, mit en fuite quatre vaisseaux de guerre anglais, et arriva, sans aucune perte, à sa destination ; que le commodore Mitchel fuit devant une escadre française, sous les ordres du Marquis de Conflans, qui s'empara du bâtiment anglais le Severn, de 50 canons ; déjà, le 19 mai 1744, M. de Conflans, commandant du navire le Content, avait partagé la gloire du capitaine Périer, commandant le Mars, en contribuant à la prise du Northumberland, de 70 canons.

1) Ne devons-nous pas également faire mention de l'enlèvement, contre le droit des gens, d'un ambassadeur ? Le 20 décembre 1714, le Maréchal de Belle-Isle, chargé par le roi Louis XV d'une mission auprès du roi de Prusse, et traversant un territoire dépendant de l'Electorat de Hanovre, fut arrêté et conduit, avec son frère, au château de Windsor, en Angleterre, où il fut retenu prisonnier pendant huit mois.

2) Il serait trop long de reproduire tous les noms des villes et citadelles, prises par les armées françaises en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en Piémont, en Italie ; nous nous bornerons à nommer Courtrai, Menin, Ypres , Gand, Bruges, Oudenarde, Louvain, Anvers , Mons, Bruxelles, Charleroi, Namur, Borg-op-Soom, Maestricht, la Zélande envahie, etc.; en Italie : Nice, Montalban, Chateau-Dauphin, Cassal, Asti, Alexandrie, Parme, Plaisance, etc.; et à frappeler les batailles de Fontenoi, Rocoux et Laufeld.

.) Voltaire donne le nom de Barnet à l'amiral anglais.

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