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mais le rétablissement de la route s'étant prolongé jusqu'en 1789, chaque année l'impôt et la réclamation se renouvelaient, et chaque année la décision était renvoyée. Cependant, la révolution commençait en France, et l'effer vescence gagnait les environs. M. Monod, en craignant les résultats, proposa une adresse au gouvernement bernois, qu'il rédigea, et qui fut adoptée. Elle rappelait les droits de sa ville; cependant, à raison des circonstances, on consentait à ne plus solliciter de décision, bien entendu qu'il n'en résulterait aucun préjudice pour le droit, qu'on réservait en entier. Cette sage conduite n'empêcha pas qu'en 1791, à la suite de quel ques diners publics un peu trop bruyans peut-être, et où plusieurs convives montrèrent de la légèreté, on ne traitât d'assemblées séditieuses ces réunions de plaisir, et qu'on ne soumit une partie du pays, et Morges en particulier, à une exécution militaire; la magistrature des villes, à une véritable amende honorable; et, plus tard, quelques individus à des procès criminels. M. Monod avait désapprouvé ces fêtes; il n'y avait pas assisté, et il ne fut point inquiété personnellement; mais il n'en partagea pas moins l'indignation générale qu'excitèrent ces mesures violentes et arbitraires, dirigées contre des magistrats qui n'avaient pas même le pouvoir d'eemêcher les réunions dont on se plaignait, et contre plusieurs individus très-innocens. Lorsqu'en 1797, après le traité de Campo-Formio, et lors du congrès de Rastadt, la France com

mença à intervenir dans les affaires de la Suisse, M. Monod fit ce qu'il put pour engager les Bernois à prendre, de leur chef, des mesures propres à prévenir cette intervention. Pour atteindre ce but, il résolut de profiter de sa liaison avec M. Thorman, bailli de Morges, qui était Bernois, et avec M. de La Harpe, qui était alors à Paris; il parvint à faire agréer une entrevue entre ce dernier et les députés que Berne avait auprès du directoire-exécutif de France. Ces intentions conciliatrices échouérent: les députés, après avoir consenti à l'entrevue, s'y refusèrent; Berne crut qu'on voulait l'effrayer, et ne fit rien. Ce fut dans ces circonstances que l'avant-garde de l'armée d'Italie arriva à la frontière suisse. Alors se forma, à Lausanne, un comité, composé d'une quinzaine de députés des principales communes du pays; et, dans l'espérance de parvenir aux arrangemens désirés, M. Mouod fut chargé de se rendre à Berne, tandis qu'on travaillait à arrêter la marche du général Ménard, qui commandait cette troupe. Un accident fatal dérangea ces mesures. Le général français avait envoyé un de ses adjudans, escorté de deux hussards, au commandant bernois Weiss, à Yverdun. L'adjudant traversait, de nuit, une commune suisse; une patrouille crie qui vive! les hussards, échauffés par le vin, au lieu de répondre, coururent sur la patrouille, qui fit feu et les tua. L'adjudant rebroussa, et le général, se prétendant insulté, entra dans lé pays. M. Monod était, dans ce moment, président du comité formé pour se saisir du pouvoir que

les Bernois avaient abandonné, et empêcher l'anarchie. Ce fut sous la direction de ces magistrats que s'opéra la révolution, sans autre effusion de sang que celle des deux hussards, avec plus de tranquillité et d'ordre qu'on n'aurait osé l'espérer, et qu'on ne l'a vu nulle part ailleurs. Aussitôt après l'entrée des Français, M. Monod fut envoyé à Paris, avec deux autres députés, pour chercher à connaître les intentions du directoire, et les rendre favorables, s'il était nécessaire; ils rencontrèrent en route le général, depuis maréchal Brune, qui se rendait en Suisse en toute bâte, et qui parut effrayé d'apprendre que le général Ménard y était entré. Cette nouvelle, apportée à Paris par la députation vaudoise, parut également y causer de la surprise. La constitution qui établissait une république helvétique, une et indivisible, fut acceptée pendant l'absence de M. Monod. A son retour, il fut nommé président de la chambre administrative du canton de Vaud. Mais, en 1800, son ami, M. de La Harpe, membre du directoire helvétique, en ayant été éloigné, il donna sa démission, pour ne pas paraître approuver ce changement, et se retira à Paris avec sa famille. Rappelé en 1802, par des circonstances domestiques, il arriva au moment où le gouvernement sévissait contre les habitans des campagnes, qui avaient cru se débarrasser des droits féodaux, en brûlant les archives qui en renfer maient les titres. Des mesures trop sévères avaient exaspéré les esprits; personne n'était plus propre que M. Monod à les calmer.

Il apprit, en arrivant, qu'il était nommé préfet, et malgré sa résolution contraire, vaincu surtout par les sollicitations des habitans de la campagne, il accepta, sous la condition d'une entière amnistie, qui fut accordée. Le calme ne tarda pas à renaître; mais bientôt des mouvemens plus sérieux éclatèrent dans les petits cantons, et s'étendirent sur presque toute la Suisse allemande. Le gouvernement, chassé de Berne, se réfugia à Lausanne. M. Monod profita de sa présence pour lui faire décréter l'abolition des droits féodaux, à des conditions équitables pour les seigneurs et pour le peuple. En même temps il prenait des mesures pour repousser des bandes insurgées qui marchaient sur Lausanne, quand une proclamation du premier consul Bonaparte, apportée par le général Rapp, fit cesser les hostilités. M. Monod, envoyé par son pays à la célebre conférence que le premier consul tint à Paris, pour régler les intérêts de la Suisse, fut un des dix députés nommés pour discuter, avec le chef du gouvernement français, l'acte de médiation, par lequel la paix fut rétablie et maintenue, à la satisfaction générale, pendant onze ans. Dans cette conférence, qui dura huit heures, M. Monod était à la tête des cinq membres chargés de défendre les intérêts des nouveaux cantons: placé à côté du premier consul, il en recut un compliment flatteur, sur la manière énergique et mesurée dont il s'était conduit dans les dernières circonstances. Nommé président de la commission chargée d'organiser la nouvelle constitu

tion, il fut ensuite élu membre du grand-conseil du canton de Vaud, par quarante - huit des soixante cercles qui formaient les assemblées électorales, puis président du petit-conseil, qui était l'autorité exécutive. Mais impatient de rentrer dans la vie privée, dès qu'il vit la tranquillité de la Suisse assurée par son traité d'alliance avec la France, en 1803, M. Monod donna sa démission, et se retira au sein de sa famille, qu'il ne quitta momentanément que pour quelques missions, dont son gouvernement le chargea auprès de celui de France. Ce fut pendant ce temps de paisible retraite qu'il publia des Mémoires, tendant à retracer les événemens auxquels il avait pris part, et à en tirer des conséquences propres å former l'esprit public de ses concitoyens. Cet ouvrage distingué parut sous le titre de Mémoires de Henri Monod, Lausanne, 1805, 2 vol. in-8°. Il publia aussi, dans le même esprit, à l'époque du renouvellement des élections, un petit ouvrage sous le titre du Censeur il y rappelait au peuple, qu'en s'occupant du choix de ses représentans il pou

vait exercer une utile censure, et il établissait les principes qui devaient le diriger. Il consacrait ainsi ses loisirs à son pays, et s'était plus d'une fois refusé à rentrer dans le gouvernement, lorsqu'en 1811 de vives sollicitations l'engagèrent à accepter de nouveau une place dans le petit-conseil il se trouva par-là au nombre des premières autorités lors de la crise de 1813 et 1814, qui remit en quelque sor

te au hasard le sort de la Suisse. Il se rendit auprès de l'empereur Alexandre, avec des lettres du général de La Harpe, et arriva à Schaffhouse au moment où les Autrichiens violaient la neutralité de la Suisse. Ce ne fut qu'avec peine qu'au bout de quelques jours, il put joindre le monarque russe à Fribourg. Alexandre l'accueillit avec bonté, et lui donna l'assurance que c'était en son absence, à son insu et contre son gré, qu'on était entré en Suisse; ce prince l'assura de sa protection pour son canton et le maintien de son intégrité. Envoyé de là à la diète de Zurich, M. Monod fut un des trois députés qu'elle chargea d'aller présenter ses hommages au roi de France, et le complimenter sur la restauration de la maison royale. Depuis lors il s'efforça, durant cette longue diète (jusqu'en 1815), de rompre les trames ourdies contre son pays et les nouveaux cantons. A la nouvelle du débarquement de Napoléon sur les côtes de Provence, il eut la com→ mission d'aller faire garnir les frontières du canton de Vaud les plus menacées, par ses milices, qui furent les premières sur pied. La nouvelle constitution de la Suisse ayant enfin été reconnue et garantie par les huit principales puissances de l'Europe, M. Monod fut nommé un des landammans de son canton, et il siége encore dans le conseil-d'état.

MONOD (JEAN), l'un des pasteurs de l'église réformée de Paris, membre de la légion-d'honneur, est né à Genève, en 1765, et a exercé les fonctions de ministre du

culte réformé, d'abord à Copenhague, puis à Paris, où il est depuis 1808. Il a publié : 1 Sermon sur la paix, et pour la commémoration de la mort de Louis XVI, 1814, in-8°; 2° Lettres de F. V. Reinhard sur ses études et sa carrière de prédicateur, traduites de l'allemand, avec une notice sur les écrits de Reinhard, par Phil. Alb. Stapfer, Paris, 1816, in-8°. Le père de M. Monod était aussi ministre de l'évangile. Lorsque la Guadeloupe tomba au pouvoir des Anglais, dans la guerre dite de sept ans, il y fut envoyé comme chapelain du gouverneur anglais, et pasteur des protestans français, assez nombreux dans cette île. La paix rendit la Guadeloupe à la France, et priva les protestans de leur culte; ils baignèrent de larmes le rivage où ils virent s'embarquer leur pasteur; les temps sont heureusement changés. Aujourd'huila France donne l'exemple des lois les plus généreuses sur la liberté des cultes, et le fils et le petit-fils de Monod sont pasteurs protestans dans la capitale de ce même pays, qui refusait, il y a soixante ans, un culte à une portion de ses citoyens.

MONRO (ALEXANDRE), médecin anglais, fils du célèbre anatomiste de ce nom, naquit à Édimbourg, fit de bonnes études, et remplaça son père dans la chaire de médecine et d'anatomie qu'il avait fondée à l'université de cette ville. Il devint membre de la société royale et du collège royal de médecine. Éditeur des œuvres de son père, qu'il a publiées en 1781, 1 vol. in-4o, il a composé luimême les ouvrages suivans: 1°

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Observations sur la structure et les fonctions du système nerveux, infol., 1783; 2° Structure et physiologie des poissons, in- fol., 1785; 3° Observations sur toutes les bursæ muccosæ du corps humain, in4', 1788; 4° Observations sur le système nerveux, faites avec l'opium et les substances métalliques, in-4°, 1793; 5o Trois traités sur le cerveau, l'œil et l'oreille, in-4", 1797; 6° Observations sur l'hernie crurale, avec une notice générale sur les autres variétés de cette maladie, in-8°, 1805; 7° Anatomie médicale du gosier, de l'estomac et des intestins, in-8°, 1812; 8° Esquisse de l'anatomie du corps humain, 4 vol. in-8°, 1813; 9° Observations sur le conduit thorachique (thorain duct.), in-4°, 1814; 10° Esquisse de l'anatomie du corps humain, dans l'état de santé et dans l'état de maladie, 1815 ou 1816, 3 vol. in-8°, et 1 vol. de planches. Il est aussi l'auteur d'un traité d'Anatomie comparée, traduit en français par M. Sue, 1786, in-12.

MONROE (JAMES), président. des États-Unis d'Amérique, ancien ambassadeur près de la république française, etc., est né vers 1757, dans l'état de Virginie. Destiné par sa famille à la carrière du barreau, il fit de bonnes études, et ayant terminé son droit, il exerça la profession de jurisconsulte sous la direction de M. Jefferson, qui avait pour lui, et lui a constamment conservé, les sentimens les plus affectueux. A l'âge de 21 ans, il fut nommé député au congrès; mais la guerre de l'indépendance venant d'éclater, il préféra servir son pays sur le champ de bataille. Sa bra

voure, ses talens, le firent successivement élever à différens grades, et il était déjà colonel lorsque la paix fut signée. De retour dans ses foyers, il reprit ses occupations comme légiste, et devint peu de temps après député au congrès, où, pendant dix ans, il justifia la confiance de ses concitoyens, qui l'y avaient réélu sans interruption. Ses principes s'accordaient parfaitement avec ceux de la révolution française, dont il ne blâmait que les excès : ils le firent nommer, en 1794, ambassadeur à Paris. Présenté en cette qualité, le 15 août de la même année, à la convention nationale, il reçut du président l'accolade fraternelle. M. Monroë déploya dans ses relations diplomatiques le caractère le plus honorable, et sut mériter l'estime du gouvernement français, tout en défendant avec la plus vive sollicitude les intérêts et l'indépendance de sa patrie. Lorsqu'en 1797, le directoire-exécutif suspendit ses relations avec les Etats-Unis, dont le gouvernement était dirigé par John Adam, tout dévoué au ministère anglais, il refusa de reconnaître comme ambassadeur M. Pinckeney, et montra les plus grands égards à M. Monroë. Rappelé peu de temps après, ce dernier remit solennellement ses lettres de rappel, et repartit pour l'Amérique, où, à son arrivée, il réclama vivement du secrétaire-d'état une déclaration écrite des motifs qui avaient fait mettre fin à sa mission. Washington était à la tête du parti fédératif. La lutte établie entre ce parti et le parti républicain, auquel M. Monroë ap

partenait, faisant craindre à celui-ci que les mesures de ses adversaires ne missent en danger les institutions de sa patrie, et ne fissent triompher l'aristocratie et le despotisme, il livra à l'impression sa correspondance pendant sa mission diplomatique, et y ajouta des observations préliminaires. Ce mode de justifier sa conduite politique, et de mettre áu jour celle de l'administration, produisit un excellent effet, et, quelques années après, en 1803, sous la présidence de M. Jefferson, il fut nommé gouverneur de la Virginie, où, par réélection, il fut maintenu pendant trois ans. La France avait acquis de la cour de Madrid la Louisiane; des discussions s'étant élevées entre le gouvernement espagnol et celui des États-Unis, au sujet de la navigation du Mississipi, par suite de cette cession, M. Monroë fut envoyé en qualité d'ambassadeur en France, puis en Espagne, pour y aplanir ces difficultés, dont il triompha enfin, grâce à la franchise et à la loyauté qu'il mit dans sa conduite. En 1806, il se rendit à Londres, afin de faire cesser, s'il était possible, les différens qui existaient entre l'Amérique et l'Angleterre. Ne pouvant y réussir, il demanda, l'année suivante, son rappel. De retour à Philadelphie, M. Monroë devint, en 1811, secrétaire-d'état. Au mois d'août 1814, après la prise de Washington par les Anglais, on le revêtit du commandément général des forces américaines, et il conserva le ministère de la guerre jusqu'à la paix; alors il reprit le département des affaires étrangè

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