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aux temps qui ont suivi son démembrement : il est superflu de dire que les traités conclus par le chef de l'empire avec les souverains étrangers ont été considérés comme annulés de fait par sa chute.

Napoléon, obligé de quitter Moscou sans avoir atteint le but qu'il s'était proposé, opéra sa retraite au milieu d'un hiver rigoureux et terrible dans ses effets. A la nouvelle des malheurs de l'armée impériale, les hommes auxquels le joug que ce prince, toujours victorieux jusqu'alors, faisait peser sur les peuples allemands avait rendu odieuse l'autorité de la France, commencèrent à entrevoir la possibilité d'un autre avenir. L'espoir que les désastres de l'armée diminueraient l'influence française, ne tarda pas à pénétrer leur ceur, et c'est sous l'empire de cette pensée que fut conclue, le 30 Décembre 1812, au moulin de Poscherun' (entre le lieutenant-général prussien d’York et le major-général russe de Diebitsch) une convention d'armistice, qu'on peut regarder comme la première transaction politique de la longue série d'actes et traités qui, depuis, furent signés entre les puissances qu’un même intérêt réunit dans le principe, uniquement pour restreindre la puissance de Napoléon, mais qui plus tard se coalisèrent pour décider la chute de l'ennemi commun.

Le premier traité d'alliance fut signé à Kalisch, le 26 Février 4813, et à Breslau, le 27, entre la Russie et la Prusse; il fut suivi, le 19 Mars, d'une convention datée de Breslau, qui en régla les différents détails d'exécution ?

De son côté, la Grande-Bretagne, mettant à profit les événements, s'empressa de créer à Napoléon des embarras nouveaux, et de lui préparer de nouveaux revers, en négociant et en signant des traités d'alliance et de subsides : avec la Suèdeo, à laquelle le traité de Stockholm, du 3 Mars 1813, imposa l'obligation de mettre sur pied une armée de 30,000 hommes, en lui assurant, à cet effet, un subside d'un million de livres sterling; (par ce traité la Grande-Bretagne abandonna la possession de

Nouv. Recueil de MARTENS, l. I, p. 756. Ibid., t. I, p. 558.

2 Ibid., t. I, p. 563, et t. III, p.

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la Guadeloupe à la Suède, et lui promettait ses bons offices pour lui obtenir la possession de la Norvége); avec la Russie, à laquelle la Grande-Bretagne, par le traité de Reichenbach, du 15 Juin 1813', accorda un subside d'un million cent trente-trois mille livres sterling, et l'entretien de sa flotte; (ce traité fut suivi de deux autres qui furent signés à Peterswaldau?, le 6 Juillet 1813, et à Londres, le 30 Septembre suivant);

avec la Prusse qui, par le traité du 14 Juin, conclu à Reichenbacht, s'engagea à coopérer de tous ses moyens à faire rentrer le Hanovre en la possession de la maison de Brunswick-Lauenbourg, et qui reçut de la Grande-Bretagne un subside de près de sept cent mille livres sterling, pour l'année 1813 : un nouveau traité fut d'ailleurs signé à Londres, le 30 Septembre 1813, pour régler le mode de payement des subsides.

Cependant Napoléon, qui était parvenu à réorganiser une nouvelle armée, quitta Paris le 16 Avril 1813, et battit les alliés, à la tête de ses jeunes légions, le 1er Mai, à Lutzen, le 21 et le 22 , à Bautzen.

Un armistice fut arrêté, le 5 Juin, à Pleiswitz®, entre les puissances belligérantes, par l'intervention de l'Autriche : il devait durer jusqu'au 20 Juillet, et fut prolongé jusqu'au 10 du mois d'Août, par une nouvelle convention, signée le 26 Juillet, à Neumark en Silésie.

Pendant la durée du premier armistice, l'Autriche avait offert sa médiation; un congrès s'était ouvert à Prague, pour traiter du rétablisseinent de la paix : la convention signée, à cet effet, entre le comte de Metternich et le duc de Bassano, à Dresde, le 30 Juin®, ne fut pas rendue publique.

L'empereur Napoléon fit négocier à la même époque un traité d'alliance, qui fut signé à Copenhague, le 10 Juillet 1812, par lequel le Danemarck s'engageait à déclarer la guerre à la Prusse et à la Russie.

Nouv. Recueil de MARTENS, t. I, p. 568. Ibid., t. I, p. 571. 5 Ibid., t. I, p. 577.

8 Ibid., t. I, p. 586.

2 et 3 Ibid., t. I, p. 572 et 577. * Ibid., t. I, p. 582. : Thid., t. I,

p. 587.

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H.

Le terme final de l'armistice étant arrivé, sans que les plénipotentiaires chargés de traiter du rétablissement de la paix soient tombés d'accord, les négociations sont rompues le 11 Août;

le lendemain, M. de Metternich annonce, par une note officielle, à M. de Narbonne, plénipotentiaire de la France, que l'Autriche se décide à joindre ses forces à celles des alliés, et la guerre recommence!.

Napoléon remporte encore, le 29 Août, une victoire signalée sur les armées alliées, devant Dresde; mais, depuis cette époque, la fortune semble l'avoir abandonné : la Bavière renonce à son alliance: l'armée saxonne quitte les lignes françaises au milieu de la sanglante action de Leipzig, dont l'armée française (qui avait longtemps conservé l'avantage) est forcée d'abandonner le champ de bataille, pour retourner sur le Rhin, en culbutant, sur sa route, à Hanau , un corps bavarois; - à la grande alliance conclue à Tæplitz, les 9 Septembre et 3 Octobre 1813, entre l'Autriche, la Russie, la Prusse et la Grande-Bretagne”, succèdent d'autres traités d'alliance avec la Bavière3, - le Wurtemberg, - le grand-duché de Bade", l'électeur de HesseCassel qui était rentré dans la possession de ses anciens états ; - les duc et prince de Nassau", etc.; les autres états allemands se hâtent de renoncer à la Confédération du Rhin, dont Napoléon avait été déclaré le protecteur, par le traité signé à Paris, le 12 Juillet 1806 (art. XII), et des mesures communes sont prises afin d'établir un système général militaire pour l'Allemagne 8; le Danemarck signe à Rendsbourg", le

· Les diverses notes échangées entre la France et l'Autriche, depuis le mois de Décembre 1812, et celles qui sortirent du Congrès de Prague, ont été insérées dans le Moniteur universel de 1813, n° 273.

2 Voir Nouv. Recueil de MARTENS, t. I, p 596 à 609. 3 Traité signé à Ried, le 8 Octobre 1813 : Nouv. Recueil de MARTENS, t. I, p. 610. 4 Traité signé à Fulde, le 2 Novembre 1813 : Ibid., t. I, p. 613.

Traité signé à Francfort, le 20 Novembre 1813 : Ibid., t. I, p. 649. * Traité signé à Francfort, le 2 Décembre 1813 : Ibid., t. 1, p. 651. : Trajté signé à Francfort, le 20 Novembre 1813 : Ibid., t. IV, p. 99.

* Actes pour l'établissement d'un système général militaire, du 21 Octobre 1:3 au 12 Janvier 1814 : Ibid., t. I, p. 615 à 642, et t. IV, p. 101.

Traité de Rendsbourg : Ibid., t. I, p. 657.

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15 Décembre 1813, un armistice avec les puissances coalisées, – le 14 Janvier 1814, à Kiel', des traités de paix, avec la Suède et la Grande-Bretagne, par lesquels il renonce à la Norvége en faveur de la Suède, et à son alliance avec la France, puis, à Hanovre, le 8 Février?, un autre traité par lequel sont renouvelés les traités antérieurs entre les deux états; enfin, le roi de Naples ouvre des négociations avec le cabinet autrichien, et conclut, le 11 Janvier 18143 un traité d'alliance, «qui «lui garantit, ainsi qu'à ses héritiers et successeurs, la jouissance « libre et paisible de tous les états qu'il possède en Italie.» (Art. X.)

Aucun état ne resta donc en dehors de la grande coalition, de la ligue européenne , ainsi que s'exprime la déclaration de Vitry, dont il sera parlé.

Napoléon, dans la position critique où il se trouvait, – abandonné de tous ses alliés, – et voyant l'Europe entière liguée contre lui, pour donner plus d'action à son armée et pouvoir rappeler en France, où la guerre s'est transportée, les corps qui sont en Espagne, - détrône son frère Joseph,

rend ses ananciens états au roi Ferdinand VII 4, et ne songe plus qu'à défendre la France envahie par les armées coalisées.

Au milieu de succès variés. de victoires qui n'amènent aucun résultat avantageux et réel, de brillants faits d'armes accomplis par l'armée française pendant une campagne que tous les hommes de guerre étrangers s'accordent à regarder comme l'une des plus belles, des plus savantes et des plus glorieuses de la carrière de Napoléon, malgré les tristes suites qu'elle a eues pour lui, - la paix européenne semble encore une fois sur le point d'être rétablie : un congrès a été ouvert à Chatillon. Mais les négociations sont bientôt rompues sans que la paix en soit sortie, et les puissances alliées, qui avaient conclu un nou

i Les traités de Kiel, et (2) celui de Hanovre sont placés dans la première partie de ce Recueil.

* Traité de Naples, 11 Janvier 1814 : Nouveau Recueil de MARTENS, t. I, p. 660.

* Traité signé à Valançay, le 11 Décembre 1813. Voir Nouveau Recueil de MARTENS, 11, p. 654.

veau traité d'alliance à Chaumont, le 1er Mars 1814', font connaitre, par une déclaration? datée de Vitry, le 23 Mars, leur intention de réduire le territoire de la France à ses anciennes limites, et de fonder la paix de l'Europe : elles ne s'expliquent point d'ailleurs encore en ce qui concerne Napoléon.

Le 31 Mars, Paris se voit dans l'obligation de signer une capitulation qui ouvre ses portes aux armées alliées 3, le même jour, une déclaration de l'empereur Alexandre annonce à la France la résolution des puissances alliées «de ne plus « traiter avec Napoléon Bonaparte ni avec aucun membre de sa «famille.» Napoléon n'hésite plus: il trace de sa main, à Fontainebleau, le 11 Avril 1814, une abdication conçue en ces termes : « Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en « Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare « qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France et «d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même celui de «la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la France;» enfin, un traité, signé le même jour, entre l'Autriche, la Russie et la Prusse, d'une part, et Napoléon, d'autre part, assigne à l'empereur des Français , détrôné, l'île d'Elbe pour résidence, et assure des pensions aux princes et princesses de sa famille. La Grande-Bretagne accéda, le 27 du même mois, à ce traité, qui fera partie de la série qui va suivre :

Le retour des princes de la maison de Bourbon fut décidé; Monsieur, frère du roi Louis XVIII, arriva à Paris et signa avec les puissances alliées, le 23 Avril, plusieurs conventions pour faire cesser les hostilités et pour accepter à l'avance la réduction du territoire français aux limites du 1 er janvier 1792 : le traité définitif de paix, signé à Paris, le 30 Mai 1814, les détermina. Un congrès, tenu à Vienne, régla d'ailleurs le partage de tous les pays qu'abandonnait la France, et des royaumes écroulés au bruit de la chute du souverain qui les avait créés. Les

! Vouv. Recueil de MARTENS, t. I, p. 683. - 2 Ibid., t. ), p. 688.

3 Ibid., I. 1, p. 693

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