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vouement à la cause de tous les progrès, le Commerce, puis d'un second journal, la Patrie, qui a été l'un des plus courageux organes du parti réformiste, il fit mieux que d'écrire l'histoire des luttes passées. Il entra énergiquement dans les luttes du jour; et, dans la mesure de son action, il contribua à la chute d'un système qui était pour la France la négation de toute liberté, de toute dignité et de toute moralité : le système de la paix à tout prix, au dehors; au dedans, de la vénalité et de la corruption.

L'historien reprendra son œuvre quelque jour, lorsque l'établissement et la consolidation définitive, en France, du régime démocratique, permettra le repos aux sincères patriotes. Mais, en attendant, nous n'avons pas voulu laisser incomplet un livre accueilli par le public avec une rare faveur, et dont le succès a été consacré par plusieurs éditions successives. Nous avons obtenu de M. Albert Maurin qu'il nous livrât la partie achevée de son travail; et il s'est heureusement trouvé que cette partie, comprenant l'histoire de Napoléon, 1er consul et empereur, nous conduisait jusqu'en 1815, jusqu'à la seconde restauration, de manière à ne laisser que peu de chose à désirer à ceux qui veulent connaître, dans leur ensemble, les faits de cette étonnante période commencée par un coup d'État contre nos libertés révolutionnaires, terminée par des coups de canon contre nos libertés nationales.

Aussi, en ajoutant, comme appendice, à cette histoire de Napoléon, une rapide esquisse de la captivité de Sainte-Hélène; un tableau de la Révolution de Juillet 1830 et des causes qui l'ont amenée, et le simple récit de la Révolution de Février 1848, nous pouvons donner dès aujourd'hui au public, par l'auteur de la Galerie historique de la Révolution française, l'ensemble logique et providentiel des grands faits qui se sont produits depuis 1789 jusqu'à ce jour.

Nous ferons remarquer ici au lecteur la date que porte chacune des parties de cette œuvre complexe.

Les trois volumes précédents, comprenant l'histoire de notre Révolution de 1787 à 1799, ont été écrits de 1841 à 1842 et publiés pour la première fois en 1843; dans les deux volumes qui suivent, le récit des Révolutions de 1830 et de 1848, est seul une œuvre récente La Vie de Napoléon, 1er consul et empereur, a été écrite en 1843, et publiée partiellement en 1844 et 1845.

Nous avons cru ces quelques indications indispensables pour le public, et de toute justice pour l'auteur. Depuis que ces pages ont été tracées, quelques publications ont vu le jour, quelques histoires de la Révolution et de l'Empire ont présenté nos annales modernes à un point de vue et sous une forme qui se rapprochent plus ou moins du cadre de cet ouvrage; et, on le sait, de toutes les accusations qui peuvent peser sur un écrivain, celle de plagiat est une des plus redoutées.

Qu'on nous permette d'ailleurs de reproduire, et nous terminerons par là, quelques lignes qui précédaient la première édition de la Vie de Napoléon. Ces lignes justifieront ce que nous venons de dire, en montrant un des principaux obstacles que rencontre l'historien qui n'a point vu les événements de la période impériale, et qui cherche les éléments de son travail dans le témoignage des contemporains et surtout dans les écrits du temps:

<< Pour s'identifier avec les annales de la Révolution française, on pourrait, à la rigueur, se passer des historiens, tant les documents abondent sur cette époque de puissantes et de viriles libertés, de violente controverse. Rien qu'en suivant dans le Moniteur les séances de la Constituante, de la Législative et de la Convention nationale, on a tous les éléments du grand drame qui commence à la prise de la Bastille et finit au 19 brumaire. Quelle différence pour le Consulat et pour l'Empire! A partir de l'année 1799 jusqu'à nos désastres de 1815, les documents deviennent de plus en plus rares. Et nous ne parlons pas

ici des pièces officielles, mais de ces écrits qui naissent et meurent avec les circonstances qui les ont produits, et qui nous révèlent un jour le véritable esprit d'une époque, lorsque des fouilles intelligentes les remettent en lumière.

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<< Ainsi, sous le régime impérial, la liberté de la presse n'existe pas, le pamphlet est mort, le Corps législatif est muet; la voix du canon a fait taire la voix du peuple. Il n'existe plus en France d'esprit public. Une volonté énergique a résumé, dans sa personnalité, la plus absolue des centralisations. La pensée a cessé d'être une puissance; ceux qui gardent tacitement dans leur cœur quelques vestiges du culte qu'ils rendaient autrefois à la grande déesse, le maître les traite d'idéologues. Dailleurs, sans rechercher d'autres causes, tant de bras maniaient alors l'épée qu'il n'en restait plus pour manier la plume, et c'était une excellente politique à Napoléon, que de pousser sans cesse à de nouveaux combats ses généraux et son armée. Chaque réquisition de quatre-vingt mille hommes enlevait à la France cinquante écrivains, parmi lesquels un se serait au moins trouvé qui eût ébranlé, à lui seul, tout l'édifice fondé en 1804. Dix années de paix auraient suffi pour renverser le trône impérial, si on ne l'eût assis sur d'autres bases que ses sénatus-consultes organiques. >>

Mai, 1848.

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