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THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY

1368268

ASTOR, LENOX AND TILDEN FOUNDATIONS

1948 L

DE FRANCE,

DEPUIS

LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XVI,

JUSQU'A L'ANNÉE 1825.

SUITE DU LIVRE I.

GOUVERNEMENT DE LOUIS XVI.

CHAPITRE IV.

FIN DE 1789.

1942 /

Une procession solennelle a lieu à Versailles pour 3 mai. l'ouverture des états généraux. Ou cria , sur le passage de la reine : Vive le duc d'Orléans ! La reine fut au moment de s'évanouir. Le plus profond silence fut gardé lorsque Louis XVI parut; plusieurs haro se firent entendre sur le passage de Marie-Antoinette. On remarqua particulièrement l'affectation avec laquelle le duc d'Orléans ( Égalité) saluait le peuple ;

TOME II.

1

chretien,

il paraissait triompher du monarque. La duchesse
d'Orléans parut enivrée des acclamations

que
lui

prodiguait la multitude ; sa contenance avait l'air de braver la reine.

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L'assemblée des états généraux s'ouvre à Versailles, après cent soixante-quinze ans d'interruption.

Clergé : Quarante-quatre prélats ; cinquante-deux abbés, chanoines, vicaires généraux, professeurs ; deux cent cinq curés; sept moines ou chanoines réguliers : total, trois cent huit. — Noblesse : Deux cent soixante-six gentilshommes d'épée; dix-neuf magistrats de cours supérieures : total , deux cent quatrevingt-cinq. ( La noblesse de Bretagne a refusé de siéger , dans l'espoir que son absence, jointe à l'absence de plusieurs autres députations de la noblesse , invaliderait les actes de l'assemblée. ) Tiers État : Quatre prêtres sans exercice public ; quinze nobles ou administrateurs militaires ; vingtneuf maires ou magistrats municipaux; deux magistrats de cours supérieures ; cent cinquante-huit officiers de judicature ou magistrats de cours subalternes ; deux cent quatorze hommes de loi ou notaires ; cent soixante-dix-huit négocians, propriétaires, cultivateurs , bourgeois-rentiers ; douze médecins ; cing hommes de finances ou d'administrations civiles ; quatre hommes de lettres : total , six cent vingt-un. Total des deux premiers ordres , cinq cent quatre-vingt-treize. Total des trois ordres douze cent quatorze.

Le tiers état comptait dans son ordre environ deux cents avocats ; ce fut un grand malheur pour la France. En effet, les députés de cette profession entraînèrent l'assemblée constituante dans toutes les

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méprises et les fautes politiques dont elle se rendit coupable; ce furent les avocats qui firent, sous la convention, le directoire , le consulat et l'empire, les lois les plus barbares, et toutes les mauvaises lois sous lesquelles la France gémit encore : il ne faut pas s'en étonner : un avocat est forcé par état , de parler beaucoup pour ne rien dire la plupart du temps; la nécessité d'abonder en paroles ne lui permet pas de penser : lorsqu'un avocat a appris et classé dans sa tête une certaine quantité de formules de droit, il se croit un homme d'état, et, s'il est appelé dans les assemblées législatives, il traite la politique comme une affaire de barreau. Obligé, dans ses fonctions, de soutenir le pour et le contre; de trouver des raisons,

des
argumens

des interprétations en faveur de l'erreur comme en faveur de la vérité , l'avocat a toujours en réserve un magasin d'argumens et de discours qu'il applique à tous les sujets. Atténuant ou exagérant le sens, l'esprit de la loi , selon qu'il est contraire ou favorable à la cause qu'il soutient , l'avocat se regarde, en défendant une cause judiciaire, comme une espèce de législateur! Malheur à tout état qui laisserait introduire en majorité dans les chambres législatives , ou dans la haute administration, des hommes aussi verbeux, aussi vains, et généralement aussi ambitieux de réputation et de fortune, que

le furent les avocats ! Nous en avons fait la cruelle expérience , et nous en éprouvons encore tous les jours les effets. Avec quelle impudeur, des avocats n'ont-ils pas interprété la Charte constitutionnelle , à la tribune de la chambre des députés! avec quelle perfidie de langage n'ont-ils pas violé presque tous les articles de ce pacte fondamental ! On essaierait en vain de citer, en faveur des avocats, l'exemple de l’Angleterre où ils exercent dans la chambre des communes , dans la haute administration de l'état , une si grande, et presque toujours une si heureuse influence : en Angleterre, les plus grands hommes de l'état ont commencé par la profession d'avocat; mais c'est un apprentissage politique, parce que les jeunes gens qui se destinent à la carrière législative, ministérielle , diplomatique, étudient avec une grande application la constitution et les lois politiques qui régissent les trois royaumes. Il n'en était pas de même sous l'ancien régime en France , où les jeunes gens qui se destinaient à la profession d'avocat, bornaient leur application à l'étude de la jurisprudence et des lois civiles; toutes les questions, toutes les connaissances relatives à la partie politique ou constitutionnelle de la monarchie leur étaient et devaient leur être parfaitement étrangères : nos assemblées législatives ont démontré ce que nous disons.

Les dispositions suivies dans les élections ( voyez 24 janvier) devaient amener , en assez grand nombre, des choix peu convenables ou mauvais. Aussi, dans l'ordre du clergé, les assemblées bailliagères ont envoyé pour

travailler à cette cuvre si difficile de refondre un état, une foule de curés de village qui n'eurent jamais idée de ce qui fait un état, qui, ne reconnaissant rien de ce monde au delà des bornes de leur obscure paroisse, et vivant dans une pauvreté sans ressources, ne sauraient voir qu'avec des yeux d'envie toutes les fortunes , soit ecclésiastiques, soit laïques. La majorité des députés du tiers état consiste en praticiens et en membres inférieurs et ignorans de chaque classe, c'est-à-dire , en mécaniciens de la profession : il y a quelques exceptions dignes d'attention ; mais la composition générale se forme

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