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veilleuse attention. J'ai vu de fort bons esprits, et des personnes des plus qualifiées de la cour, se plaindre de ce que sa représentation fatiguait autant l'esprit qu'une étude sérieuse. » L'obscurité et la complication du premier acte de cette pièce est reconnue de tous les critiques. Despréaux l'appelait un logogriphe; mais on a poussé la plaisanterie trop loin lorsqu'on a prétendu que Corneille, assistant à la reprise de cet ouvrage, quelques années après qu'il l'eut composé, n'y entendit rien luimême.

Voltaire a cherché à prouver que Calderon de la Barca, dans un drame intitulé: En esta vida todo es verdad y todo mentira, avait fourni à Corneille les principales scènes de son Héraclius. Certes l'Héraclius espagnol est un roman moins vraisemblable que tous les contes des Mille et Une Nuits, et rempli de tout ce qu'une imagination effrénée peut concevoir de plus absurde; mais il renferme aussi des traits sublimes. Calderon, qui avait plus d'un trait de ressemblance avec Shakespeare, est fécond en anachronismes; il suppose une reine de Sicile du temps de Phocas, un duc de Calabre, des fiefs de l'empire; il va même jusqu'à faire tirer du canon à une époque où assurément la poudre n'était pas encore inventée. Ceci vaut l'érudition de ce peintre qui faisait garder saint Pierre par des soldats armés de fusils, et avait placé sur le premier plan de son tableau un corps de garde où l'on jouait aux cartes et où l'on fumait.

Calderon n'aurait pu imiter la tragédie de Corneille, puisqu'il ne savait pas même le français. Corneille, au contraire, avait déjà emprunté aux Espagnols le sujet du Cid celui du Menteur. Il est vrai qu'il ne parle pas de Calderon dans son examen ; mais on y remarque cette phrase: Héraclius est un original dont il s'est fait depuis de belles copies. Comme le dit très-bien Voltaire, il entendait par-là toutes nos pièces d'intrigues où les héros sont méconnus. S'il avait eu Calderon en vue, n'auraitil pas écrit que les Espagnols commençaient enfin à imiter les Français, et leur faisaient le même honneur qu'ils en avaient reçu? Aurait-il surtout appelé l'Héraclius de Calderon une belle copie?

Sous le rapport de la versification, la tragédie d'Héraclius est une de celles que Corneille a le moins soignées. Elle a plus de succes à la représentation qu'à la lecture. Les nombreux événemens dont l'intrigue est chargée produisent des situations qu'on ne peut suivre avec plaisir qu'au théâtre. Il faut même voir jouer cette pièce plusieurs fois pour en remarquer toutes les beautés, qui doivent nécessairement échapper au spectateur à une première représentation.

Plusieurs vers, qui font allusion aux circonstances actuelles, ont été saisis avec transport par un public français :

Tyran, descends du trône, et fais place à ton maître;

Et meure du tyran jusqu'au nom de son fils!

Michelot-Marcian et Lafont-Héraclius ont été trèsapplaudis dans leurs rôles. Saint-Prix et mademoiselle Duchesnois ont soutenu leur réputation. Lacave et mademoiselle Rose-Dupuis se sont surpassés en froideur et en nullité. Ils se considèrent sans doute comme les ombres d'un tableau, et croiraient faire tort aux principaux personnages s'ils ne se sacrifiaient pas pour les faire ressortir davantage. Qu'on dise encore qu'il y a au Théâtre-Français des acteurs qui ont de l'amour-propre

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NOUVELLES

De la Cour, Paris et les Départemens.

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Les feuilles quotidiennes instruisent bien mieux qu'un journal périodique le public qui s'occupe de politique, et chacune, selon son esprit, laisse entrevoir, quoique sous un voile épais, les dispositions des gouvernans et la conduite des gouvernés. Les passions semblent s'éteindre; le calme revient après une tourmente qui dure depuis bien des années, et, grâces à l'expérience, la crainte même. aura bientôt cessé. Les peuples sont instruits, les rois tendent tous à faire leur bonheur. Dès-lors, l'Europe,

après vingt-cinq ans de troubles et de discordes, va trouver cette paix générale après laquelle elle soupire, et qu'elle doit obtenir après avoir fait tant de sacrifices. Tous les yeux des politiques semblent se tourner avec intérêt vers la France; son sort intéresse ses voisins, elle a une influence incontestable sur le globe. Espérons donc tout du gouvernement établi, et des bonnes intentions de Louis XVIII. Déjà une loi inspirée par la clémence vient d'être rendue. Les chambres l'ont discutée; elle vient d'obtenir leur adoption. Nous l'offrons en entier à nos lecteurs.

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Na

varre,

A tous ceux qui ces présentes verront, salut:

Nous avons proposé, les chambres ont adopté, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit:

Art. 1er. Amnistie pleine et entière est accordée à tous ceux qui, directement ou indirectement, ont pris part à la rébellion et à l'usurpation de Napoléon Bonaparte, sauf les exceptions ci-après.

2. L'ordonnance du 24 juillet continuera à être exécutée à l'égard des individus compris dans l'article 1". de cette ordonnance.

3. Le roi pourra, dans l'espace de deux mois, à dater de la promulgation de la présente loi, éloigner de la France ceux des individus compris dans l'article 2 de ladite ordonnance qu'il y maintiendra, et qui n'auront pas été traduits devant les tribunaux; et, dans ce cas, ils sortiront de France dans le délai qui leur sera fixé, et n'y rentreront pas, sans l'autorisation expresse de S. M.; le tout sous peine de déportation.

Le roi pourra pareillement les priver de tous biens et pensions à eux concédés à titre gratuit.

4. Les ascendans et descendans de Napoléon Bonaparte, ses oncles et ses tantes, ses neveux et ses nièces, ses frères, leurs femmes et leurs descendans, ses sœurs et leurs maris, sont exclus du royaume à perpétuité, et sont tenus d'en sortir dans le délai d'un mois, sous la peine portée par l'article gr du code pénal.

Ils ne pourront y jouir d'aucun droit civil, y posséder

aucun bien, titre, pensions à eux accordés à titre gratuit; et ils seront tenus de vendre dans le délai de six mois, les biens de toute nature qu'ils possédaient à titre

onéreux.

5. La présente amnistie n'est pas applicable aux personnes contre lesquelles ont été dirigées des poursuites ou sont intervenus des jugemens avant la promulgation de la présente loi; les poursuites seront continuées, et les jugemens seront exécutés conformément aux lois.

6. Ne sont point compris dans la présente amnistie les crimes ou délits contre les particuliers, à quelque époque qu'ils aient été commis; les personnes qui s'en seraient rendues coupables pourront être poursuivies conformément aux lois.

7. Ceux des régicides qui, au mépris d'une clémence presque sans bornes, ont voté pour l'acte additionnel ou accepté des fonctions ou emplois de l'usurpateur, et qui par-là se sont déclarés ennemis irréconciliables de la France et du gouvernement légitime, sont exclus à pérpétuité du royaume, et sont tenus d'en sortir dans le délai d'un mois, sous la peine portée par l'article 33 du code pénal; ils ne pourront y jouir d'aucun droit civil, y posséder aucuns biens, titres ni pensions à eux concédés à titre gratuit.

La présente loi, discutée, délibérée et adoptée par la chambre des pairs et par celle des députés, et sanctionnée par nous cejourd'hui, sera exécutée comme loi de l'état; voulons en conséquence qu'elle soit gardée et observée dans tout notre royaume, terres et pays de notre obéissance.

Si donnons en mandement à nos cours et tribunaux, préfets, corps administratifs et tous autres, que les présentes ils gardent et maintiennent, fassent garder, observer et maintenir, et, pour les rendre plus notoires, ils les fassent publier et enregistrer partout où besoin sera: car tel est notre plaisir ; et, afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, nous y avons fait mettre notre scel. Donné à Paris, au château des Tuileries, le 12o. jour du mois de janvier de l'an de grâce 1816, et de notre règne le vingt et unième. Signé Louis.

Le même jour, il a été publié une ordonnance du roi, qui pourvoit aux emplois de gouverneurs qui se trouvent disponibles :

1re. Division mil. Le maréchal Pérignon.

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Le duc de Damas Crux.

Le maréchal duc de Reggio.

Le comte d'Escars.

Le maréchal comte Gouvion St.-Cyr.
Le comte Étienne de Durfort.
Le maréchal comte Jourdan.
Le comte Maison.

Le comte de Puységur.
Le comte d'Autichamp.
Le duc de Grammont.
Le comte de Béthisy.
Le comte de Vioménil.
Le duc de Feltre.

Le maréchal duc de Trévise.
Le maréchal duc de Bellune.
Le comte Charles de Damas.
Le comte Roger de Damas.
Le marquis de Lagrange.
Le maréchal duc de Tarente.
Le comte Dupont.

Le général Willot.

S. A. R. Madame, duchesse d'Angoulême, a daigné accorder, le jeudi 11 janvier, une audience aux dames composant le comité administratif de la société maternelle. Madame a adressé les paroles les plus encourageantes à ces dames pour soutenir et animer leur zèle à soulager les pauvres. Il a été envoyé, pour l'année 1816, plusieurs souscriptions qui sont adressées à M. Grivel, trésorier honoraire, rue Coq-Héron, no. 5. Dans cette liste, qui a produit un total de 2500 fr., S. A. madame la duchesse douairière d'Orléans a offert la somme de 600 francs.

-S. A. R. Mgr. duc d'Angoulême est arrivé le 15 janvier, à quatre heures, à Paris, après avoir fait un très-long séjour dans les provinces du Midi.

LL. AA. RR. Monsieur et Mgr. le duc de Berry ont

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