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Et sur l'heureux rivage où j'ai connu l'amour,
Le soir, me délasser des fatigues du jour ?
J'espérais qu'au printemps, abaadonnant la ville,
Je salûrais encor le maternel asile ;

Que loin d'un vain tumulte et du bruyant essaim
Des plaisirs que Paris renferme dans son sein,
Je pourrais embrasser l'amante qui m'est chère!
Je m'en étais flatté; mais la farouche guerre,
Ce fléau destructeur qui suit les conquérans,
La guerre,
le plaisir, le bonheur des tyrans,
A bientôt détrompé ma plus douce espérance!
Loin de me réjouir, j'ai pleuré sur la France,
J'ai pleuré ses enfans, trop long-temps égarés,
Au milieu des combats par le fer dévorés....
Hélas! qu'cussé-je vu dans ces belles contrées ?
Des parens consternés, des mères éplorées,
Pressant contre leur sein, scrrant entre leurs bras
Des enfans qu'un tyran conduisait au trépas;
D'honnêtes laboureurs, isolés dans leurs terres,
Gémissant sous le poids des impôts arbitraires ;
Des magistrats..... Mais, quoi ! réveillant nos douleurs,
Vais-je de la satire emprunter les couleurs?

Oh! non.... ce genre affreux j'ai su me l'interdire,
Et n'ai jamais senti le besoin de médire :

Je me tais là-dessus, et, toujours bon Français,
Pour le bonheur public je forme des souhaits.
Ah! ne poursuivons plus, insensés que nous sommes,
La gloire qui s'achète au prix du sang des hommes !
A de moindres honneurs sachons borner nos vœux :
Soyons un peu moins grands, mais soyons plus heureux.

Enfin, un ciel plus doux succède à la tempête !
De la Discorde impie, au crime toujours prête,
Les flambeaux ont cessé d'embraser l'univers,
Et ses accens de mort n'agitent plus les airs.

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La paix, la douce paix, mère de l'abondance,
Pour ne la plus quitter, revient charmer la France;
Partout renaît le calme, et mes concitoyens

De la fraternité resserrent les liens.

Puissions-nous désormais, à l'abri des orages,

Sans courir les hasards, sans chercher les naufrages,
D'un bienfaisant repos savourant les douceurs,
Nous livrer tout entiers aux arts réparateurs!
C'est être heureux déjà que de vivre tranquilles.

Oui, je vous reverrai, coteaux, vallons fertiles,

Oui, sous vos cintres verts, forêts que je chéris,

J'irai, je chanterai les amours et les ris.

Je dirai, célébrant vos sites romantiques,

De l'heureux villageois les vertus domestiques;

Et du soleil brûlant défiant les rayons,

Un Delille à la main, couché sur vos gazons,
Ces gazons qu'a foulés une amante fidèle,
J'oserai méditer la nature éternelle.

Eh! que n'inspire pas votre aspect séduisant,
Beaux lieux?... votre silence est toujours éloquent.

L'imagination, cette brillante fée,

Par mille objets divers tour à tour échauffée,

De la voûte étoilée osant percer l'azur,

S'anime et s'embellit à l'éclat d'un ciel pur.

C'est aux champs que la mienne, ici trop timorée,
Aux rayons d'un beau jour mollement épurée,
S'élance, et plus féconde en son rapide essor,

Aime à me prodiguer son précieux trésor :

C'est aux champs que, plus libre et sentant mieux son âme,
Le poëte, cédant au beau feu qui l'enflamme,

Se plaît à cadencer ces vers harmonieux,
Formés pour les héros, les belles ou les dieux.
Rarement les grandeurs inspirent le génie.
On ne vit point jadis le cygne d'Ausonie,

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Pour chanter les combats, les bérgers et les arts,
Chercher l'ombrage altier du palais des Césars.
C'est aux champs qu'il peignit Didon abandonnée,
Appelant, accusant, pleurant l'ingrat Énée,
Et, dans les noirs accès de son dépit jaloux,
Priant les justes dieux de servir son courroux.
Tibur a retenti des doux accens d'Horace :
Unissant dans ses vers la noblesse à la grâce,
C'est à l'ombre des bois, loin de Rome et des cours,
Que le galant Ovide a chanté les amours...
N'a-t-on pas vu chez nous le rival des Corneilles
D'Alzire et de Mérope enfantant les merveilles,
Voltaire, dans Ferney par ses chants illustré,
Vivre long-temps heureux, mais jamais ignore?
De l'amitié des rois le sage se defie.
L'immortel défenseur de la philosophie,
Rousseau, ce noble ami de l'austère vertu,
Lui, que l'adversité n'a jamais abatta,
Coula des jours sereins au sein d'Ermenonville :
Et l'agreste séjour de Collin-d'Harleville,

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Mévoisins, qu'Andrieux et Ducis ont chanté,
Qui du premier souvent ranima la santé. ...
Dans un travail pénible à Paris consumée,
Aux vers qu'il inspira devra sa renommée.
Oui, de Phebus toujours les jeunes nourrissons
Ont aimé les coteaux, ont chéri les vallons.
De tout temps le poëte, ami des verts feuillages,
Des bosquets parfumés a cherché les ombrages,
Et, détachant son luth long-temps abandonné,
A chanté da printemps le retour fortuné.

Toi donc, qui loin des bords que baigne le Permesse,
Suis de l'amour des vers l'amorce enchanteresse;

J

Qui, dans un noir réduit méditant des saccès,

Modules pesamment d'insipides essais,

Si les champs à ton cœur n'offrent rien qui l'inspire, Tes efforts seraient vains, tu peux briser ja lyre.

A. M:

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LE 21 JANVIER.

Cur omnium fit culpa paucorum scelus ?'
SÉNEQ. le tragiq.

Nagnère, dans ce jour, des brigands novateurs
Sur le saint roi Louis déchaînaient leurs fureurs.
Ces monstres, à l'aspect de sa vertu sublime,
Etaient épouvantes; sa vertu fut un crime.
Devant les factieux, ivres de leurs succès
Tout était criminel, excepté les forfaits.
Jour d'horreur, jour de sang! Ah! si de notre histoire
On pouvait effacer ta fatale mémoire!

Riche d'adversité, notre prince pieux

Mourut sur l'échafaud pour vivre dans les cieux.

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Que de pleurs! de regrets! de prières ardentes!....
Si l'on pouvait revoir les scènes déchirantes
Dont il fallait voiler les sublimes tableaux,
On ne confondrait plus la France et ses bourreaux!.

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J'en atteste tous ceux que le ciel plus propice

Laisse encor subsister de nos temps d'injustice:
Comme on pleure un bon père, on pleura le bon roi.
Hélas! on pressentait, saisi d'un sombre effroi,
Les malheurs inouïs préparés à la France....
Ces malheurs sont passés : aux chants de délivrance
Nous mêlons aujourd'hui publiquement nos pleurs;
La douleur et la joie ont partagé les cœurs;
A la ville, an hameau, les cloches funéraires
Appellent les Français redevenus des frères.”
Sanctuaire de Dieu, temple, agrandissez-vous !
Navrés de souvenirs, les Français à genoux,
Désavouent hantement l'andace sanguinaire
Qui les priva d'un roi', d'an Bourbon et d'un père.
La France est innocente aux yeux de l'univers:
Quel pays n'enfanta quelques enfans pervers?

Ainsi que nous voyons la nature effrénée
Produire un monstre.... et rester consternéc :
Rome eut Catilina, mais elle eut ses Catons;
La France eut Robespierre, elle avait des Bourbons.
Le Français est né grand, généreux, magnanime :
Il était enchaîné quand il souffrit le crime.
Déroulons les ecrits de nos temps désastreux :
S'il existe un forfait, mille actes vertueux
Conservèrent toujours l'honneur de la patrie.
Roi martyr, qui du ciel vois d'une âme attendrie
Les sentimens français dans ce jour des douleurs,
Tu le sais, si ton peuple a causé tes malheurs!
Il fut vain et léger, mais ne fut point perfide :
Quand tu lui dénonçais le décret parricide,
D'injustice et de honte éternel monument,
N'était-ce point crier : « Mon peuple est inuocent!»>
La France offre à la terre un spectacle admirable ;
L'innocence invoquant le pardon da coupable.
O France! ð ma patrie! un Dieu puissant et bon
Veillera désormais sur les jours du Bourbon
Qu'il a daigné sauver des fureurs de l'orage,
Pour te rendre le calme et des jours sans nuage.

ANTOINE MADROLLE, avocat.

LE HIBOU ET LE PAPILLON,

FABLE.

Après avoir changé quatre on cinq fois de peau,
Et rongé tout son soûl les feuilles d'un ormeau,

Une chenille industrieuse

Venait de s'enfermer dans sa coque soyeuse,
Et dormait immobile, au fond de son tombeau.
Dom hibou l'avait aperçue;

Et n'ayant rien de mieux à faire dans son trou,
Sur cet événement d'une espèce inconnue

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