Page images
PDF
EPUB

derniers traités de commerce, la question du rapport entre la valeur de la matière première et celle de la matière fabriquée, a été discutée pour presque toutes les industries.

On a indiqué, pour les machines, les proportions suivantes :

100 du prix total.

Prix des matières premières.
Main d'æuvre..
Frais généraux.

50

p.
40
10

Une économie de 10 pour 100 sur le prix des matières premières, et une telle proportion est énorme, se réduit donc à une économie de 5 pour 100 sur l'ensemble. Pour moins de 5 pour 100, quelquefois pour 1 ou 2 pour 100, un fabricant s'expose à perdre tout le fruit de son travail, toute la valeur de la main-d'æuvre et des frais généraux, si la mauvaise qualité du métal employé entraine le refus de l'objet fabriqué.

Nécessité d'avoir un excés de force dans le métal employé. Question de l'altération moléculaire. Les notions

que

l'on possède sur la résistance des matériaux permettent de préciser les limites qu'il convient de ne pas dépasser dans l'effort demandé à chaque organe des machines. Nous pensons toutefois qu'on ne doit pas redouter l'emploi d'un certain excès de force dans le métal, parce qu'il faut pouvoir parer, soit aux imperfections du métal lui-même, soit aux résistances accidentelles dans le travail ; les machines anglaises présentent à cet égard un caractère très-tranché que nous constalerons surtout dans les machines-outils, mais que l'on peut déjà signaler dans un grand nombre de leurs moteurs.

Dans les machines de bateau, dans les machines locomotives, l'emploi du métal avec des dimensions un peu exagérées peut conduire à des poids qui constituent un obstacle sérieux au bon fonctionnement de la machine, mais il n'en est pas de même à terre, et le bas prix des matières premières permet aux constructeurs de fournir des pièces robustes en état de résister aux plus violentes perturbations. Nous l'avons dit en parlant des cylindres : la main-d'ouvre est la même pour aléser un cylindre qui a un centimètre d'épaisseur, ou un cylindre qui en a un centimètre et demi; mais dans le second, les petites imperfections qui peuvent altérer l'homogénéité sont sans influence, tandis

que

dans le premier elles peuvent compromettre la résistance qu'il doit offrir. ,

L'importance de la masse et de l'excès de force dans un système composé de pièces métalliques ne saurait être mise en doute dans la question si obscure encore de l'altération moléculaire.

On ne peut nier le fait de l'altération moléculaire dans deux cas connus des ingénieurs :

1° Le fer, soumis à des variations de tempéralure brusques et fréquemment répétées, perd la plus grande partie de sa force, et peut être rompu sous des charges très-inférieures à celles qu'il supportait avant d'avoir été soumis à ces violents changements d'état.

2° Quand une pièce métallique est soumise à des efforts considérables, permanents et voisins de la limite d'élasticité, elle subit une altération profonde et incontestable; en démolissant un certain nombre de ponts suspendus dont les câbles travaillaient sous une charge élevée, on a trouvé les fils de fer presque complétement détruits et n'offrant plus aucune résistance, tandis que les câbles en fer ou en fils, auxquels on n'avait deinandé qu’un effort moyen, ne présentaient aucune alteration.

Les vibrations éprouvées par les pièces de machines peuventelles produire les mêmes effets que les causes que nous venons d'indiquer ? C'est ce que personne n'a pu démontrer encore d'une manière péremptoire. On a constaté, à la rupture de diverses pièces des machines, des cassures d'un mauvais aspect, mais rien ne prouve que la cassure n'eût pas été la même le premier jour où la machine a fonctionné.

On a cassé des essieux qui avaient fait 100,000 kilomètres, et on n'a pas trouvé la plus légère modification dans la structure du métal: d'autres essieux ont dû être mis au rebut après 10,000 kilomètres. Ne doit-on pas reconnaitre dans ces faits une différence de résistance provenant d'une différence de qualité initiale, bien plus que de l'influence de mouvements vibratoires ?

Dans tous les cas et en dehors de toute théorie, si l'altération moléculaire est la conséquence d'un mouvement vibratoire, on est sûr d'en combattre les effets en augmentant les dimensions des pièces soumises au travail.

Commande et réception des machines. L'ingénieur peut suivre deux procédés dans ses relations avec les constructeurs de machines : il peut entrer dans des prescriptions détaillées, ou se contenter de prescriptions générales.

Les prescriptions détaillées sont toujours dangereuses ; elles peuvent être contradictoires et conduire à l'annulation de la responsabilité du fabricant.

Si l'on prescrit à la fois un mode de fabrication pour une barre de fer et une condition de résistance pour cette même barre, on peut se trouver en présence d'une sérieuse difficulté ; les procédés indiqués au devis ont été ponctuellement suivis, ou du moins le fabricant l'affirme, mais la résistance se trouve insuffisante. Le fabricant répond que, s'étant conformé, pour le mode de fabrication, aux conditions du devis, il n'est pas responsable des conséquences, et l'ingénieur doit accepter de mauvais matériaux ou entamer un procès avec le fabricant. C'est une difficulté identique à celle qui se présenterait dans les travaux de construction, si, après avoir prescrit d'une manière générale l'emploi de la chaux hydraulique, l'on imposait en même temps à l'entrepreneur une carrière ne produisant que de la chaux grasse.

Les prescriptions générales, au contraire, ont l'avantage de ne laisser de doute dans l'esprit de personne : le fabricant sait

1

ce qu'il doit livrer et il peut profiter de toutes les ressources de son art, pourvu qu'il arrive au résultat demandé. L'agent chargé de la réception n'a que de simples constatations à faire; enfin, en cas de contestation, le juge se trouve en présence de stipulations nettes et précises et statue sans difficulté. Rien de plus facile d'ailleurs que de formuler des conditions générales, On peut rapporter la machine commandée à des types connus et éprouvés; il ne s'agit alors que de copier un modèle : on peut slipuler des conditions d'allure, de marche, de vitesse, de consommation, dans des conditions de travail différentes.

Ces conditions n'excluent ni les prescriptions relatives à l'emploi de bons matériaux, ni la surveillance à exercer dans l'atelier, surtout au moment du montage, mais elles laissent à chacun sa responsabilité.

En résumé, l'ingénieur doit connaitre les qualités des mélaux, les conditions dans lesquelles doivent s’employer chacun d'eux; il doit guider le fabricant, mais non se substituer à lui, si ce n'est dans des conditions exceptionnelles et qui ne se présentent que rarement dans la commande des machines à vapeur.

$ 2.

Développement de la production métallurgique en Europe

depuis cinquante ans.

Éléments qui entrent dans la fabrication d'une tonne de fer. Le développement de l'emploi des machines, et, on peut le dire, le développement de l'industrie dans un pays, sont intimement liés à celui de la production métallurgique. La production houillère, dont nous signalerons l'importance considerable, est un moyen d'arriver à la production métallurgique.

La fabrication d'une tonne de fer exige l'emploi de cinq à six tonnes de minerai et de combustible. On comprend, dès lors, l'influence des voies de communication sur une telle fa

brication et le rôle que les ingénieurs des ponts et chaussées peuvent être appelés à remplir dans la solution de questions en apparence étrangères à leurs occupations habituelles.

Ce chiffre de cinq à six tonnes s'établit de la manière suivante :

[blocks in formation]

FABRICATION D'UNE TONNE DE FER ÉBAUCHÉ : Fonte selon les qualités.

1.050 à 1.100 kilog. Combustible., .

600 à 800

FABRICATION D'UNE TONNE DE FER MARCHAND :

.

Fer ébauché selon les qualités à obtenir..
Combustible..

1.025 à 1.050 kilog.

350 à 400

En tenant compte de la conversion de la houille en coke, on arriverait pour certaines fabrications à plus de 8 tonnes de matières premières pour arriver à une tonne de fer marchand.

Pour la fonte au bois, la quantité de charbon de bois est d'environ 1,000 kilog. pour une production de 1,000 de fonte.

Nulle industrie plus que l'industrie métallurgique n'a donc besoin de transports à bon marché pour ses matières premières. Les chemins de fer ont à cet égard rendu d'immenses services au pays, et gråce aux abaissements de tarifs consentis par les compagnies, les contrées riches en minerais ont pu demander le combustible à des distances de 5 à 400 kilom.; tandis que les usines placées dans les terrains houillers se procuraient du minerai dans des régions complétement inexploitées avant l'ouverture du chemin de fer.

Vous ne citerons qu’un exemple du développement que la

« PreviousContinue »