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CHAPITRE V.

De la Circonscription des Diocèses.

A l'appui de la proposition de la sous-commission, on a fait valoir que dix archevêchés seraient plus que suffisants, que les prérogatives particulières des archevêques sont trop peu importantes, comparées aux prérogatives générales des évêques, pour qu'il ne soit pas préférable d'augmenter les siéges épiscopaux avec les économies que l'on ferait en supprimant quelques siéges archiepiscopaux. Il n'y avait, en 1790 et en 1802, que dix archevêques; s'ils suffisaient alors, pourquoi n'en serait-il pas de même aujourd'hui? On a répondu à cela que la création de nouveaux évêchés entraînera des dépenses considérables, que les économies faites sur la réduction des archevêchés seront loin de balancer les frais occasionnés par la création de nouveaux siéges épiscopaux. Ces frais ne consisteront pas seulement dans le traitement des nouveaux évêques, ils consisteront surtout dans les dépenses qu'il faudra faire pour la fondation de palais épiscopaux, de séminaires, de nouveaux chapitres. Il faudra, en effet, loger les nouveaux évêques, leur donner des vicaires-généraux, des chanoines, des cathédrales avec un cérémonial approprié à la dignité épiscopale. Il faudra bâtir de nouveaux séminaires, créer des bourses, et cela en un moment où l'on est menacé de la banqueroute, où la misère est à son comble. Et puis, il y a des départements qui ont deux évêchés et qui verront avec douleur la suppression d'un de ces évêchés. On ne voit donc pas la nécessité, la convenance même d'une innovation qui n'est pas d'ailleurs réclamée par les populations et qui peut en froisser quelques-unes. Ces changements, en

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outre, ne manqueraient pas, sans aucun doute, d'éprouver les plus grandes difficultés en Cour de Rome. On sait la profonde émotion qui a été la suite des modifications introduites par le Concordat dans les circonscriptions des diocèses. Il n'a fallu rien moins que la raison suprême du salut de la religion en France pour décider le pape à toucher, contre les usages établis par les Canons, à la juridiction des évêques et à la circonscription de leurs diocèses. Veut-on, pour des motifs légers, jeter dans l'Église une perturbation dont il est impossible de calculer les conséquences ? Les traditions, les habitudes des populations sont toutes faites; des souvenirs louchants, comme tout ce qui de près ou de loin a trait à la religion, de pieuses légendes, une succession historique de saints prélats, se rattachent aux diocèses existants et y rattachent, comme une seule famille, tous les fidèles qui en dé pendent; et on voudrait changer tout cela, briser tous ces liens, alors qu'aucune réclamation ne s'élève, que la dépense serait considérable, et que le Trésor est à sec !

Sur la question de dépense, on a répondu qu'elle ne serait pas supportée en entier par l'Etat, que les économies faites par la suppression des archevêchés couvriraient, ou à peu près, les sacrifices du Trésor. Et puis, on s'exagère un peu les dépenses à faire.

Le nombre des bourses accordées par le gouvernement n'en sera pas augmenté. Celles qui s'accordent en ce moment seront distribuées sur un plus grand nombre de diocèses, et tout se réduira à une répartition différente, sans qu'il soit besoin de faire une nouvelle création. Le gouvernement n'est pas tenu de doter les séminaires ; et quant aux autres dépenses, elles seront supportées par les départements, qui trouveront, dans les avantages qui résultent naturellement de la présence d'un évêque, une compensation plus que suffisante. Les traditions religieuses et les habitudes des populations sont sans doute à considérer ; mais avec de pareils motifs les réformes les plus utiles ne seraient jamais possibles. Ce qui importe encore plus que les traditions et les usages, c'est le bien spiri

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tuel des âmes. Or, les fidèles gagneront à être plus rapprochés de leurs premiers pasteurs, et la distribution des secours spirituels sera plus régulière et plus facile avec des circonscriptions plus simples et mieux appropriées à la division administrative de la France. C'est sans doute une chose grave que de toucher aux circonscriptions des diocèses; mais une révolution aussi radicale en politique peut-elle s'accomplir sans que l'Eglise n'en ressente extérieurement le contre-coup? Quant aux difficultés qui pourraient venir de la cour de Rome, on ne doute pas qu'il ne fût facile de les éviter avec les dispositions bienveillantes du chef actuel de l'Eglise. L'art. 2 du Concordat porte qu'il sera fait par le Saint-Siège, de concert avec le gouvernement, une nouvelle circonscription des diocèses français. Qu'est-ce qui empêche de modifier aujourd'hui les circonscriptions actuelles, et est-il permis de douter que le pape n'y donne son assentiment ?

Ces observations ont frappé le comité, et sa majorité a émis le væu de la suppression de cinq archevêchés, et de la création de nouveaux évêchés jusqu'à concurrence d'un par département.

CHAPITRE VI.

Des Succursales et des Vicariats.

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M. Fréd. Arnaud continue son rapport. Sur le chapitre du traitement et des indemnités du chapitre et du clergé paroissial, le gouvernement est dans l'intention de faire une économie de 177,500 fr. sur les crédits ouverts au budget pour la création de plusieurs succursales et vicarials. La sous-commission est d'avis de faire cette économie.

M. propose au comité d'examiner s'il ne serait pas préférable de créer de nouveaux vicariats, au lieu d'augmenter outre mesure les succursales.

M. appelle l'attention du comité sur cette proposition. Il fait ressortir l'avantage des vicariats pour l'éducation des prètres, qui ne se forment jamais mieux que sous la direction d'un curé expérimenté.

M. appuie ces observations. Il y a longtemps qu'il a insisté auprès des ministres pour obtenir la création de nouveaux vicariats, au lieu de succursales, souvent inutiles et toujours plus dispendieuses. Il n'y a rien qui blesse les populations comme le changement de circonscription des paroisses, quand les habitudes sont déjà prises. Au reste, il avoue que ces questions doivent être traitées au point de vue particulier de chaque diocèse.

M. propose d'examiner s'il ne serait pas convenable de revenir sur les érections qui ont été déjà faites et à propos desquelles on a signalé les plus graves abus.

M. ...., repousse cette proposition. L'érection, selon lui, de nouvelles succursales constitue des droits acquis, et on éprouverait à supprimer ces succursales une vive opposition, non

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sculement de la part des populations, mais encore de la part des évêques.

M. ..... fait observer qu'il n'est pas impossible de concilier l'opinion des deux préopinants en bornant la suppression aux succursales créées inutilement et sans nécessité.

M. ..... fait ressortir la difficulté de ces suppressions par rapport aux communes qui ont fait des dépenses considérables pour la construction des presbytères et des églises.

M. appuie la proposition de M. .....; elle est combattue par M. ..... dans l'intérêt des populations.

M. ..... fait observer qu'il ne faut pas juger de l'inutilité des succursales par la faiblesse des populations. Il peut y avoir et il y a réellement des paroisses fort peu nombreuses qui ne peuvent se passer de desservant à cause des neiges ou des difficultés topographiques qui les empêchent de communiquer avec les paroisses voisines.

Le comité émet l'avis qu'il est convenable de faire l'économie projetée de 177,500 francs, et il invite le gouvernement à examiner s'il n'y aurait pas à supprimer certaines succursales érigées sans utilité réelle, sauf, s'il y a lieu, à remplacer les desservants par des vicaires.

Le comité est encore d'avis d'inviter le gouvernement à se tenir en garde contre les abus signalés contre l'ancien régime à propos de l'érection des nouvelles succursales qui était souvent déterminée par des motifs politiques. Il est d'avis que celte érection ne doit se faire qu'avec une extrême prudence et qu'après avoir pris des renseignements auprès des évêques et des municipalités intéressés, afin que le besoin de ces érections soit bien constaté.

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