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CHAPITRE XI.

Du Célibat des Prêtres.

Nous avouons que nous n'avons jamais compris l'insistance de ceux qui, dans un intérêt auquel ils sont tout à fait étrangers, s'agitent et se passionnent pour faire abolir le célibat des prêtres. Que leur importent les engagements pris par des hommes libres, dans la plénitude de leur raison et de leur indépendance? Chacun n'a-t-il pas le droit de se priver, comme il l'entend, des jouissances que la famille procure, pour s'attacher à d'autres jouissances qui, pour n'être pas matérielles, n'en sont que plus pures et plus élevées ? Pourquoi ne serait-il pas permis à l'homme de se consacrer exclusivement au bonheur des autres, sans être distrait par des intérêts, des préoccupations de famille ? Est-ce que le libre arbitre n'est pas la faculté la plus précieuse de l'homme, son patrimoine le plus intiine, le fond même de son être ? De quel droil alors se révolter contre l'usage qu'il fait de celle faculté? L'art. 374 du Code civil autorise le mineur de dixhuit ans à quitter la maison paternelle, contre le gré de ses parenls, lorsqu'il s'agit d'enrôlement volontaire, et les art. 151 et suivants du même Code règlent les formes respectueuses au moyen desquelles les enfants peuvent passer outre à la célébration de leur mariage, malgré l'opposition de leurs parents ; et le majeur de vingt et un ans ne pourrait pas se vouer à un genre de vie plus sublime, parce qu'il convient à quelques esprits intolérants de se déchainer contre une vertu trop au-dessus de leur nature pour qu'ils soient en mesure de la comprendre ?

Nos lecteurs nous permettront de citer ici à l'appui quelques lignes d'un ouvrage sur les ordres religieux que nous avons publié en 1846.

« Le væu de chasteté a son fondement dans une foule de textes des livres saints, et notamment dans la première Épître de saint Paul aux Corinthiens, où il est dit : « Quant « aux personnes qui ne sont pas mariées ou qui sont veuves, « je leur déclare qu'il leur est bon de demeurer en cet état a comme j'y demeure moi-même. S'ils sont trop faibles pour « garder la continence, qu'ils se marient, car il vaut mieux « se marier que brûler... Mais que chacun se conduise selon « le don particulier qu'il a reçu du Seigneur et selon l'é« tat dans lequel Dieu l'a appelé; et c'est ce que j'ordonne « dans toutes les églises...... Quant aux vierges, je n'ai point « reçu le commandement du Seigneur, mais voici le conseil « que je leur donne, comme fidèle ministre du Seigneur par « la miséricorde qu'il m'en a faite : Je crois qu'il est avanta« geux à l'homme, à cause des nécessités de la vie présente, « de ne point se marier. Etes-vous lié avec une femme? ne « cherchez point de femme, vous ne péchez pas; et si une « fille se marie, elle ne pèche pas. Mais ces personnes souf« friront dans leur chair des tribulations; or, je voudrais « vous les épargner... Pour moi, je désire de vous voir déga« gés de soins et d'inquiétudes. Celui qui n'est pas marié s'oc« cupe du soin des choses du Seigneur et de ce qu'il doit « faire pour plaire à Dieu; mais celui qui est marié s'occupe a du soin des choses du monde et de ce qu'il doit faire pour « plaire à sa femme, et ainsi il se trouve partagé. De même « une femme qui n'est pas mariée et une vierge s'occupent « du soin des choses du Seigneur, afin d'être saines de corps « et d'esprit; mais celle qui est mariée s'occupe du soin des « choses du monde et de ce qu'elle doit faire pour plaire à « son mari. Or, je vous dis ceci pour votre avantage, non a pour vous tendre un piége, mais pour vous porter à ce « qu'il y a de plus saint et à ce qui vous donne un moyen « plus facile de prier Dieu sans empêchement. »

« Ce n'est point que l'homme ne puisse arriver à la perfection dans le mariage; mais les personnes mariées souffrent dans leur chair des tribulations, tandis que celles qui vivent dans le célibat peuvent plus commodément s'occuper du soin des choses du Seigneur. Il est donc plus facile d'honorer Dieu hors du mariage que dans le mariage, et saint Paul n'a pas voulu dire autre chose. Mais il y a dans le mariage des grâces d'état qui rendent facile ce qui de soi eût été plus difficile.

« Il paraît presque impossible aux hommes du monde de garder le célibat. Je le crois aisément, parce qu'ils jugent des autres par eux-mêmes, et de ceux qui évitent les séductions de la chair par ceux qui ne cherchent qu'à la satisfaire. Mais il y a des âmes d'élite qui sont nées avec le goût de la virginité, comme d'autres avec le goût du mariage. La religion a dû répondre à ces deux goûts, tout aussi légitimes l'un que l'autre. Au lieu de contraindre la nature, elle respecte ses penchants et elle ouvre des asiles à la virginité, comme elle bénit l'union de ceux qui obéissent à d'autres inclinations. Il y a des personnes qui sont amoureuses de la pureté comme d'autres le sont des jouissances sensuelles. Je conviens que ce goût sublime ne se développe que dans le catholicisme, et j'y trouve un indice de plus de sa divinité. Car y a-t-il rien de plus divin que la vierge volontaire qui s'éprend pour la continence de la même passion que les autres pour les plaisirs de la vie, et qui est aussi jalouse de conserver la virginité que les autres sont impatientes d'en faire le sacrifice? C'est une élévation d'âme et de sentiment vraiment sublime, et une admirable compréhension de la beauté incréée qui reste éternellement vierge, parce qu'elle n'a de relation qu'avec elle-même.

« Mais la religion est si éloignée de ne pas rendre au mariage le respect qu'il mérite, qu'elle l'a élevé à la dignité de sacrement, et elle l'a sanctifié à ce point que les époux, en perdant la virginité, peuvent néanmoins en conserver l'honneur

« Telle est la doctrine de l'Église sur le mariage et sur le célibat. Les préjugés philosophiques n'ont pas manqué de la défigurer, comme ils l'ont fait de tous les autres points de la doctrine chrétienne, sans aucun respect pour la vérité ni pour le divin auteur du Christianisme.

« Nous devons toutefois ajouter que la vie religieuse n'est qu'une vie d'exception, et que peu de personnes y sont appelées. On peut donc se rassurer, les ordres religieux ne porteront pas un notable préjudice à l'accroissement de la population, et ils contribueront au contraire à mettre en équilibre la production et la consommation. »

La question du célibat des prêtres a été portée au comité par deux pétitions. L'une de ces pétitions demandait spécialement que, dans le cas où la faculté de contracter mariage ne serait pas accordée aux prêtres exerçant les fonctions du sacerdoce, elle fût du moins admise pour celui qui veut quitter cet état, sans lui imposer l'obligation d'en faire la demande aux tribunaux.

M. Grelier Dufougeroux, au nom de la sous-commission des pétitions, a fait sur cette importante question un Rapport plein d'intérêt et de sages aperçus, que nous sommes heureux de pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs.

« Nous n'avons point, a dit M. Dufougeroux, à nous préoccuper de l'époque précise de l'établissement du célibat ecclésiastique : à chaque page de l'histoire de la primitive Église, à côté du martyr qui donne son sang pour la foi, nous trouvons le saint qui se voue au célibat; et à cette époque de vertus auslères et de sacrifices, ce qui paraissait une marque de la perfection chrétienne, dut promptement devenir une obligation pour le prêtre. On a souvent discuté sur ce sujet; nous pourrions invoquer des textes positifs qui montrent que l'Église, dès son origine, établit le célibat comme règle, et les textes contraires prouveraient tout au plus une tolérance ou une exception; au reste, cette polémique serait ici mal placée et sans utilité. La ques. tion n'est pas de savoir si, dès les premiers jours du christianisme, cette règle fut absolue; l'important est de bien constater que les conciles lui ont donné force de loi canonique,

et qu'elle a été maintenue à travers les siècles jusqu'à nos jours. Je ne fatiguerai pas votre attention en vous citant tous les conciles qui établirent l'obligation du célibat pour le clergé; et si des abus se produisirent surtout au dixième siècle dans ces temps de désordre et de confusion pour toute l'Europe, où la société du moyen âge, à son premier pas, semblait vouloir rétrograder vers la barbarie, l'Église éleva toujours la voix pour rappeler à l'observation de l'ancienne discipline, et Grégoire VII ramena de sa main puissante le clergé de l'Allemagne et de la Lombardie au devoir qu'il avait oublié. Le concile de Latran, en 1123, déclara que le sacrement de l'ordre est un empêchement dirimant au mariage; et enfin, le concile de Trente, au seizième siècle, écrivit l'obligation absolue du célibat ecclésiastique dans le dernier code, où l'Église va chercher encore aujourd'hui ses règles et sa loi. Personne assurément ne contestera qu'avant 1789 les canons qui prescrivent le célibat ecclésiastique étaient admis en France et reconnus par l'autorité civile.

« L'Assemblée constituante, au milieu de ses admirables travaux, se laissa malheureusement entraîner à l'esprit irréligieux du dix-huitième siècle, et, après avoir décrété la constitution civile du clergé, elle autorisa formellement le mariage des prêtres. Ce furent là deux grandes fautes qui eurent de tristes résultats. Les assemblées qui suivirent furent encore plus loin à cet égard, et un décret de 1793 assura une prime pour favoriser les mariages, et prononça des peines contre ceux qui y porteraient obstacle.

« Mais bientôt le Concordat annula tous ces décrets, qui, systématiquement, avaient porté le désordre dans le sein de l'Église, et le premier consul, en relevant les autels, comprit qu'il fallait replacer les ministres du culte sous l'ancienne discipline ecclésiastique : joug bienfaisant réclamé par le clergé, garantie offerte à la société, seul moyen de concilier au prêtre catholique le respect et la confiance des populations.

« Le texte des articles organiques est formel ; il dit à l'ar

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