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« de ces admirables paroles du grand Apôtre : Il n'y a « parmi vous aucune distinction entre le roturier et le a noble, entre le serf et l'affranchi. »

Il ne nous reste plus qu'à citer quelques lignes d'un beau mandement de M. l'évêque de Nancy, où nous trouvons précisément la même doctrine.

Le prélat montre d'abord comment, dans la marche providentielle de l'humanité, la volonté de Dieu se concilie avec la liberté humaine , et comment « les ré « volutions des empires , quand on les envisage au

point de vue chrétien, apparaissent comme autant « de phases par lesquelles l'humanité doit passer pour a se développer et s'élever de plus en plus vers le moa dèle de toute perfection. » Puis cette règle étant établie et après avoir proclamé que « c'est Dieu qui par

l'Évangile a inauguré sur la terre les grands principes « de liberté, d'égalité et de fraternité universelle, » l'évêque, qui voit avec raison dans Jésus-Christ « le « grand fondateur de la liberté sur la terre, » en vient à notre époque, et voici comment il trace les devoirs de notre France du dix-neuvième siècle : « Il ne s'agit « de rien moins, » dit-il, « que d'établir un gouverne« ment vraiment national qui réalise parmi nous le pro« gramme renfermé dans les trois mots évangéliques « que la République a pris pour devise : Liberté, égaa lité , fraternité. »

Après tous ces imposants témoignages , ils seraient bien insensés, ceux qui oseraient soutenir encore que la religion et la démocratie s'excluent mutuellement, de telle sorte que les démocrates ne devraient avoir de repos que le catholicisme n'ait été extirpé du sein de la société française, tandis que de leur côté les hommes religieux feraient tous leurs efforts pour entraver la marche ascendante de la démocratie, au risque de voir un jour celle-ci, obéissant à un mouvement de réaction inévitable, se porter aux plus grands excès contre la religion et ses ministres.

Mais, nous le disons avec confiance , ces extrémités ne sont pas à craindre. Les catholiques ne se laisseront pas aller aux sollicitations des vieux partis, des partis rétrogrades qui se sont si souvent joués des réclamations les plus légitimes et des droits les plus incontestables de l'Église. Les hommes religieux n'iront pas compromettre leur noble cause en se mettant à la suite de ces partis usés par dix-huit ans de corruption. Ils ont trop, pour commettre une pareille faute, le sentiment de la destinée immortelle de cette religion qui, toujours et partout, a si bien su s'identifier avec toutes les transformations progressives de l'humanité, qu'elle a le plus souvent préparées par son action visible ou cachée, et qu'elle a tout au moins modérées et dirigées, quand elle ne les a pas

amenées. Nous n'ajoulerons qu'un mot pour compléter notre pensée. Le catholicisme, destiné, comme son nom l'indique, et suivant les desseins de son fondateur, à recevoir ses applications dans tous les temps, dans tous les pays, et sous loutes les formes de gouvernement, embrasse, dans une unité puissante, science, poésie, philosophie, politique. Rien ne lui est étranger, et il ne doit demeurer étranger à rien. S'il est dans la pensée de Dieu de donner aux formes républicaines un avenir qui pourrait échapper, non-seulement en France, mais encore dans le reste de l'Europe, aux formes monarchiques, eh bien ! il ne faut pas que les catholiques, se laissant aller à des démarches inconsidérées, engagent dans des voies rétrogrades une religion que nous préférerions de beaucoup voir marcher à la tête du mouvement des idées, qu'à la suite des partis à mesure qu'ils triomphent. MM. de Chateaubriand et Wisemann ont donné au catholicisme une position éminente dans les lettres et les sciences ; que

les écrivains, que cistes lui fassent une position analogue dans la philosophie et la politique, et l'unité dans les esprits et dans les faits, qui a été détruite au seizième siècle par la réforme, sera de nouveau reconstituée. On connaît assez la

sagesse du clergé pour pouvoir affirmer qu'il ne cherchera pas à mettre, par

des mesures compromettantes, d'inutiles obstacles à la marche irrésistible des idées vers cette unité annoncée par les plus grands esprits, et qui peut seule rasseoir la société sur des bases solides et durables,

les publia

LA

QUESTION RELIGIEUSE

EN 1682, 1790, 1802 BT 1848.

CHAPITRE I.

Des rapports de l'Église avec l'État.

Le comité des cultes, appelé par la nature de ses travaux à donner à la question religieuse une solution conforme aux exigences de la situation, a prouvé, par les décisions qu'il a prises, qu'il comprenait ces exigences, et qu'il n'était pas impossible de mettre d'accord Rome et la République. La plupart de ses travaux n'ont pas été et ne pouvaient être apportés à la tribune nationale, soit parce que celle-ci n'était pas compétente pour en délibérer, soit parce qu'ils ont été interrompus par la dissolution prématurée de la Chambre; mais le ministre des cultes a été appelé au sein du comité pour recevoir en dépôt les résolutions qui y ont été prises, et il a entendu exprimer le veu que le gouvernement ouvrit avec le Saint-Siege une négociation ayant pour but de préparer un nouveau Concordat sur les bases arrêtées par le comité.

Au surplus, pour que les travaux du comité, qui formeront d'ailleurs dans les archives de la Chambre des documents précieux que la prochaine assemblée pourra consulter avec

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