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chauffage d'une des salles de la filature. La vapeur venant du générateur, après s'être abaissée dans un appareil de détente à la pression effective de 2at,4, circulait dans un calorifère formé d'un système de tuyaux en fer étiré de oTM, 20 de diamètre, présentant un développement de 283 mètres, et se rendait ensuite dans le condenseur. Un tube de oTM,55, terminé par un ajutage de o"; 12, laissait dégager le surplus de vapeur qui avait échappé à la condensation.

Lors de l'explosion, la partie cylindrique s'est déchirée au-dessus de la ligne des rivets fixant le fond plat. Celui-ci est resté sur place; la pièce cylindrique et le fond supérieur, par un effet de recul facile à concevoir, ont été projetés tout d'une pièce, ont défoncé la toiture du bâtiment (lequel ne se compose que d'un simple rez-de-chaussée) et sont allés tomber à 60 mètres de distance, en passant, sans le toucher, par-dessus un bâtiment voisin de 12 mètres de hauteur.

M. l'ingénieur ordinaire Lebleu et M. l'ingénieur en chef Dubocq s'accordent à penser que sur le long trajet de 283 mètres parcouru entre l'appareil de détente et l'appareil recueillant l'eau condensée, la vapeur avait le temps de descendre à une température voisine de 100° et par conséquent à une pression effective à peu près nulle.

L'explosion serait due, selon M. l'ingénieur ordinaire, à la forme vicieuse d'un fond plat de grand diamètre, dont la tendance à la déformation, même sous une pression réduite, devait fatiguer la partie cylindrique au voisinage de la rivure.

L'épaisseur de la tôle était telle que, même sous la pression de 2,4 existant dans le réservoir de détente, le métal du corps cylindrique n'aurait encore supporté, abstraction faite de l'influence du fond plat, qu'une charge de 2 kilogrammes par millimètre carré; mais la rupture était commencée avant l'accident, comme l'a montré l'aspect de la cassure, et cette circonstance, jointe à l'excès de fatigue

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résultant d'un léger bombement possible du fond plat, aurait, d'après M. l'ingénieur ordinaire, déterminé l'explosion. M. l'ingénieur en chef ne pense pas que l'influence du fond plat ait pu être une cause suffisante de rupture. Se fondant sur le phénomène considérable de projection observé, il regarde comme évident que la pression devait être notablement supérieure à la pression atmosphérique. Il faut, selon lui, qu'une obstruction du tuyau d'échappement se soit produite par une cause quelconque, pour expliquer et la rupture et surtout la projection.

La commission centrale des machines à vapeur ne pense pas qu'on doive regarder à priori comme évident que la pression dans l'appareil condenseur était nécessairement faible, par le seul fait du long développement des tuyaux calorifères et de la présence d'un orifice d'échappement de 0TM,12, même libre de toute obstruction. Cette pression dépendait en outre, et même d'une manière très-intime, de la quantité de vapeur qui affluait dans le calorifère. On ne pourrait en avoir une idée que si l'on connaissait la puissance de vaporisation du générateur alimentant cet appareil.

Supposons cette puissance très-grande, que le générateur serve, par exemple, habituellement à alimenter, non-seulement le calorifère, mais encore une série d'autres appareils. Si cette dernière alimentation vient à être suspendue temporairement, toute la vapeur qui continue de se produire affluera nécessairement vers le calorifère; elle s'y condensera en plus grande abondance qu'à l'ordinaire; elle en suréchauffera les parois à l'intérieur, et pourra ainsi se maintenir jusque dans le condenseur à une température et par conséquent à une pression graduellement croissantes. La limite supérieure de la pression ne peut être indiquée à priori; mais elle peut se rapprocher de celle qui correspond à la charge de la soupape du réservoir de détente; elle peut même à la rigueur la dépasser, si le diamètre de cette

soupape n'est pas suffisant pour débiter la plus grande partie de la vapeur produite.

Si l'on voulait pousser les choses à l'extrême et supposer une puissance de vaporisation indéfinie, de telle sorte que le débit de la soupape et celui du tube d'échappement pussent être négligés, la pression dans le calorifère et dans l'appareil de détente serait précisément égale à la pression dans le générateur.

Il résulte de là que, même avec l'orifice d'échappement de 0,12 entièrement ouvert, même avec la soupape de l'appareil de détente chargée à 2a,4, l'explosion a bien pu se produire sous une pression notable se rapprochant de celle du générateur, si à un moment donné un afflux considérable de vapeur a été dirigé vers le calorifère. L'appareil de détente, le calorifère et le condenseur sont devenus alors, en quelque sorte, dans leur ensemble, un appendice, une espèce de réservoir de vapeur de la chaudière. L'orifice d'échappement de 0,12 a pu alors devenir radicalement insuffisant pour écouler toute la vapeur affluente.

D'après ces considérations, la commission centrale des machines à vapeur pense que dans les appareils qui sont destinés à employer sous une pression réduite de la vapeur produite sous une pression plus ou moins élevée, les dimensions des soupapes des réservoirs de détente, ou les diainètres des orifices d'échappement à l'air libre ne sauraient être rationnellement déterminés sans avoir égard à la puissance de vaporisation des générateurs, ou du moins à l'afflux maximum de vapeur qui peut avoir lieu dans les appareils qu'on se propose d'établir.

RAPPORT

SUR UNE EXPLOSION D'UNE CHAUDIÈRE A VAPEUR A MONTCHANIN (SAONE-ET-LOIRE).

Par M. C. JORDAN, ingénieur des mines.

Une explosion de chaudière à vapeur s'est produite le 1er février 1864, dans la tuilerie de Montchanin (Saône-etLoire).

La chaudière, de forme cylindrique, avait roTM,80 de long sur i mètre de diamètre: elle était accompagnée d'un bouilleur de 8",60 de long sur 0.70 de diamètre, chauffé par le retour de flamme. La pression de la vapeur était de 5 atmosphères.

L'appareil, mis en feu dans la matinée, avait commencé à fonctionner à midi, et le chauffeur avait eu soin de vérifier à ce moment que l'eau s'élevait dans la chaudière audessus du niveau réglementaire. Tout à coup, à midi un quart, la chaudière se déchire suivant une génératrice, à sa partie inférieure, et du côté du foyer. L'explosion détruisit le fourneau de la chaudière et celui d'une chaudière voisine; le chauffeur a été légèrement brûlé, mais il n'y a eu heureusement aucun accident grave.

D'après les constatations faites après l'accident, la fente longitudinale présentait une largeur maximum de o",39 sur une longueur de 3,20. Une ligne de rivets dispersés suivant un cercle perpendiculaire à l'axe s'étant rencontrée à cette distance a empêché la déchirure de se propager au delà, mais la tôle, affaiblie par la présence des rivets, a

été tranchée tout le long de cette ligne. La chaudière s'est trouvée ainsi coupée en deux parties inégales, l'une intacte, l'autre éventrée suivant une génératrice.

Get accident ne paraît pas devoir être attribué à la qualité de la tôle en effet, la déchirure était parfaitement franche sur toute sa longueur, et ne manifestait aucun défaut de soudure, malgré les efforts considérables qui ont dû se produire au moment de l'explosion.

Un examen plus attentif a permis de reconnaître que la partie de la chaudière qui se trouvait soumise à l'action du feu présentait sur divers points des déformations sensibles, qui paraissent indiquer qu'elle a rougi. La plus importante de ces déformations se trouvait précisément au centre de la déchirure, où l'on pouvait observer une boursouflure bien marquée. D'autre part, la chaudière était déjà nettoyée au moment de ma visite mais ceux qui l'ont vue à l'origine déclarent y avoir remarqué une couche très-épaisse d'incrustations. Suivant toute apparence, ce sont ces dépôts qui, en empêchant le contact de l'eau avec le fond de la chaudière, ont permis à la tôle de rougir et causé l'accident.

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