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INTRODUCTION

Les forêts contiennent des richesses qui tentent souvent l'avidité de leurs propriétaires : des arbres à mettre en vente si l'on détruisait la forêt, en outre une couche superficielle de terreau et de feuilles mortes pouvant, durant quelques années, produire d'abondantes récoltes, sans exiger de fumure. Aussi, voit-on les particuliers défricher leurs forêts, mais souvent bien, intempestivement, car, en France, ils ont ainsi déboisé environ quatre millions d'hectares de terres ne pouvant donner qu'un revenu dérisoire sous le régime de la culture agricole, tandis qu'elles seraient vraiment productives sous le régime de la culture forestière. Maintenant qu'elles sont dénudées, leur reboisement serait trop coûteux pour que des particuliers pussent trouver du profit à l'exécuter, et, d'ailleurs, serait trop longtemps improductif pour que ceux-ci hasardassent une spéculation à aussi lointaine échéance. Heureux encore est le défrichement qui ne fait que transformer une bonne forêt en une friche stérile et ne lèse pas plus gravement l'intérêt général, en portant un coup fatal au régime des eaux, ou

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même à la salubrité publique. On ne sait donc pas souvent reconnaître, d'une part, si un défrichement sera profitable, et, d'une autre, si des motifs d'utilité publique ne doivent pas l'empêcher. Nous avons alors cru devoir éclairer le public sur ces deux questions, et, en même temps, lui indiquer la manière la plus avantageuse pour exécuter un défrichement et pour faire valoir les terres qui en proviennent. C'est ce qui fait l'objet du présent ouvrage.

PREMIÈRE PARTIE

Examen des caractères auxquels on peut juger s'il y a profit

à défricher une forêt

acaxeos

CHAPITRE PREMIER

CARACTÈRES PHYSIQUES

§ 1er.

Degré d'humidité du sol.

La fraîcheur du sol est nécessaire aux végétaux forestiers comme aux végétaux agricoles. Pourtant, à cet égard, leurs exigences ne sont pas identiques. Munis de racines profondes, les végétaux forestiers peuvent puiser l'humidité à une profondeur où ne sauraient l'atteindre la plupart des végétaux agricoles. En outre, par l'abri de leur feuillage et de leur couverture de feuilles mortes, les forêts savent, même sur les sols dépourvus de profondeur, se conserver une fraîcheur suffisante pour prospérer, là où la végétation des plantes agricoles eût été arrêtée par la sécheresse. Par suite, on comprend la nécessité de s'assurer si, après le défrichement, le sol possèdera le degré d'humidité nécessaire pour assurer le succès des nouvelles récoltes qu'on veut y obtenir.

S'il est susceptible d'être irrigué, à bon marché, d'une eau fertilisante, aérée, enrichie de matières organiques et de sels minéraux, il sera excellent pour l'agriculture, donnera des troisième et quatrième coupes de luzerne si généralement compromises par les sécheresses de l'été, des foins très-abondants et de la plus fine qualité, d'amples récoltes de céréales et de racines alimentaires, enfin, si la chaleur le permet, des récoltes dérobées entre les moissons et le nouvel ensemencement d'automne ou de printemps.

Les terres fraîches, c'est-à-dire contenant habituellement au moins un dixième et au plus un cinquième de leur poids d'eau à 30 centimètres de

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