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Par elle-même, l'argile ne possède pas la faculté de prendre à l'air son azote, soit comme la chaux, en combinant l'azote avec l'oxygène pour composer de l'acide nitrique; soit comme le fer, en unissant l'azote à l'hydrogène pour faire de l'ammoniaque. Mais, par ce dernier mode, au moyen des oxydes de fer qui les colorent, les argiles semblent parfois composer directement l'ammoniaque lorsqu'on les expose à l'air. Les argiles blanches et privées d'oxyde de fer présenteraient donc moins d'avantage pour un défrichement, puisque leur exposition à l'air par la culture ne pourrait contribuer à les fertiliser en y favorisant la production de l'ammoniaque.

Les argiles sont difficiles à labourer en raison de leur tenacité. Sèches, elles sont impénétrables à la charrue. Humides, elles font pâte, s'attachent au coutre, au soc et au versoir, rendent le labour pénible et forment des mottes difficiles à briser. On ne

peut donc les cultiver que lorsqu'elles sont fraîches, c'est-à-dire pendant un nombre de jours trèslimité chaque année; d'où de grands embarras pour une répartition convenable des travaux sur toute l'année. En outre, ces terres, lorsqu'elles sèchent après

les pluies, forment à leur superficie une croûte qui arrête la sortie des germes. Ainsi la tenacité qui gêne les labours et le danger qui menace les semailles conseillent de ne pas déboiser les sols trèsargileux, à moins qu'ils ne soient assez frais ou humides pour être affectés aux prairies permanentes.

L'argile ne se présente pas sans mélange dans nos terres. Nous avons vu qu'associée ou au calcaire seulement, ou au calcaire et à la silice, elle produit soit les sols argilo-calcaires, soit les sols limoneux lesquels tous sont généralement propres à l'agricul

ture.

Mais il en est autrement quand c'est uniquement la silice qui se mélange à l'argile et forme ainsi la glaise. Dépourvue de calcaire, la glaise ne convient ni au froment, ni aux légumineuses cultivées communément. D'ailleurs, suivant la proportion de son argile et de sa silice, elle offre des tenacités et des propriétés différentes.

Si la silice domine et se trouve en gros grains, la glaise devient inconsistante, se réduit en poussière pendant l'été, et en bouillie pendant l'hiver; aussi,

dans ce cas, ne convient-elle qu'à la culture fo

restière,

Si c'est l'argile qui domine, la glaise participe à tous les défauts de ce minéral, et, pour les motifs que nous avons indiqués en exposant les propriétés agricoles de ce dernier, elle ne demande à sortir du régime forestier que si elle est assez fraîche ou humide pour être consacrée

consacrée aux prairies perma

nentes.

Enfin, si par

par un mélange convenable de silice, de schistes ou de débris volcaniques, la glaise reçoit une consistance favorable, elle devient propre à l'agriculture, et l'on peut en obtenir toutes espèces de récoltes en la marnant ou la chaulant, pour lui fournir le calcaire dont elle manque. Il sera donc souvent opportun de déboiser une glaise meuble, lorsqu'on pourra lui distribuer le calcaire à peu

de frais.

CHAPITRE TROISIÈME

CARACTÈRES GÉOLOGIQUES

$ 1".

Terrains ignés.

Sur ces terrains, le sol végétal provient, en grande partie, de roches décomposées sur place, aussi est-ce de la nature de ces roches, qu'il reçoit ses princi

paux caractères.

Le granite produit une terre peu fertile sur les versants où l'eau pluviale enlève les principes solubles et les fragments les plus ténus provenant de la décomposition de ce minéral; assez fertile, au contraire, dans les vallées au profit desquelles les versants se dépouillent de leurs éléments de prospérité.

Les schistes micacés donnent sur les versants un

sol siliceux et peu fertile, en revanche, dans les vallons, un sol excellent, enrichi qu'il est des débris de mica dérobés par les eaux aux coteaux voisins.

Le trachyte et le basalte se décomposent en une argile qui est pareillement entraînée vers les fonds inférieurs.

Le quartz, le pétrosilex et le porphyre quartzifère forment des terrains sablonneux et peu fertiles.

Le gneiss ne produit également qu'une terre pres

que stérile.

On voit donc qu'une grande partie des terrains ignés n'est pas naturellement destinée à l'agriculture. Celle-ci n'y récolte ordinairement que du seigle, du sarrasin, des pommes de terre et des pois. Elle n'y prospère que sur les côtes auxquels le voisinage de la mer assure un climat humide et très-favorable aux pâturages, ainsi que dans les vallées qui, recevant des hauteurs voisines l'eau versée par l'atmosphère et les principes nutritifs mis en liberté par la décomposition de roches fertilisantes, portent de verdoyantes prairies et d'abondantes moissons. Le reste des terrains ignés ne peut convenir qu'aux forêts, lesquelles s'y plaisent. Le châtaignier, le pin maritime, le pin

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