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profondeur, participent aux précieuses propriétés des terres arrosées, tant pour l'abondance des récoltes principales que pour la possibilité de produire des récoltes dérobées. L'eau qui dispense la fraîcheur à ces terres provient soit d'un climat humide, soit d'un réservoir d'eau placé à une petite profondeur, sous un sol doué de beaucoup de capillarité. Si la fraicheur de la terre résulte du climat, il faut, d'un côté, que les pluies soient assez fréquentes et assez également réparties pour compenser à propos les pertes que subit la fraîcheur du terrain par l'évaporation ainsi que par l'infiltration; et, d'un autre côlé, qu'après sa chute, l'eau de pluie excédante disparaisse assez promptement, soit par l'écoulement superficiel que facilite une pente convenable, soit par l'infiltration que favorisent des sables siliceux ou calcaires, ou bien les roches si fendillées du calcaire colitique, soit enfin par l'évaporation que hâte la coloration du terrain ou son inclinaison vers le midi. C'est l'hu

midité du climat qui assure la fraîcheur aux côtes de l'Océan et de la Manche et en fait la région si riante des pâturages pérennes. Si la fraîcheur de la terre émane d'un réservoir d'eau souterrain, il faut

que ce réservoir consiste en sources ou rivières coulant à travers les cailloux, les graviers ou le sable, sur un sol assez imperméable pour garder l'eau, et sous un sol assez capillaire jusqu'à sa surface pour y élever une quantité d'eau suffisante.

Il ne faut pas confondre les résultats bienfaisants de ces

eaux souterraines à niveau constant, avec ceux de ces petites nappes d'eau à niveau variable, qui, en hiver, s'amassant sur un sous-sol impénétrable, noient la terre et font souvent pourrir les racines, puis en été, se desséchant, imposent à la végétation un arrêt estival. Alors, humide en hiver et sec en été, le terrain a bien moins de valeur agricole que s'il était frais; car, si on le cultive, on est forcé de n'y élever que les plantes qui peuvent croître et mûrir depuis l'époque où il n'est plus trop humide jusqu'à celle où il est trop sec; et, si on le consacre aux prairies, on est forcé de le semer d'herbes printanières ne donnant qu'une seule coupe de foin et encore peu abondante.

Un sol constamment humide, c'est-à-dire qui habituellement contient plus d'un cinquième de son poids d'eau est bien préférable pour l'agriculture

lorsqu'il n'est pas acide, parce qu'alors, si son humidité est modérée, il convient aux prairies permanentes lesquelles y étalent tout le luxe de leur verdure; et que, si son humidité est extrême, il peut porter de riches récoltes de roseaux qui, coupés avant la maturité des graines, sont employés, soit comme litière, pour faire de bons engrais, soit comme fourrage, pour nourrir des animaux sobres tels que le boeuf ou le mulet.

Les terrains secs sont ceux dont l'agriculture tire le moins de parti. Ils résultent d'un climat qui, en été, laisse de trop longs intervalles entre les pluies; d'un sol qui perd rapidement l'eau, soit par son écoulement sur un versant fortement incliné, soit par son infiltration dans un sous-sol très-perméable, soit par son évaporation qu'accélère la coloration du sol ou son inclinaison vers le midi; enfin de la trop grande profondeur du réservoir intérieur des eaux, ou bien d'un sous-sol non capillaire, formant plafond au-dessus de ce réservoir et n'élevant pas l'humidité à la surface. Soumis au régime agricole, ils ne conviennent qu'aux plantes dont la maturation est achevée à la fin du printemps. La luzerne n'y donne pas de coupes d'été,

et par conséquent produit moitié moins de foin que sur les terres fraîches. Les récoltes-racines y sont bien moins abondantes, et les récoltes dérobées y font défaut. Mais le plus grave inconvénient que présentent ces terrains, ce sont les pertes énormes qu'y subissent les engrais ordinaires. Pendant le sommeil estival de la végétation, les principes fertilisants de ces engrais s'évaporent dans l'air ou se perdent dans les profondeurs du sol, tandis que, sur les terrains frais, ces mêmes principes, au fur et à mesure de leur mise en liberté par la décomposition, sont absorbés par une végétation permanente, soit celle des récoltes principales, soit celle des récoltes dérobées, et donnent plus du double de produil, pour la même quantité d'engrais. C'est pourquoi une terre sèche vaut beaucoup moins qu'une terre fraîche ou qu'une terre arrosée, et en général ne s'estime que le tiers dé celles-ci lorsqu'elle est bonne, parfois même que le dixième, lorsqu'elle est graveleuse ou sablonneuse.

Ainsi l'on voit que le degré d'humidité du sol doit être pris en grande considération lorsqu'on examine l'opportunité d'un défrichement, et que, s'il y a presque toujours profit à défricher pour obtenir une

terre irrigable, fraîche ou humide; en revanche, il y a presque toujours perle à faire cette opération, lorsqu'elle ne donnerait qu'une terre fort sèche où les forêts seules, peuvent se conserver une provision d'eau suffisante pour traverser les sécheresses de l'été.

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Si les végétaux forestiers sont ceux qui, généralement, profitent le plus de la profondeur du sol et qui, par suite, tirent le meilleur parti d'une terre fort médiocre mais profonde; chose bizarre, ce sont encore eux qui, se pliant le plus facilement aux exigences de la vie, savent le mieux utiliser les sols les plus superficiels, de quelques centimètres seulement, et sur lesquels ordinairement ils peuvent, seuls, par leur ombrage et leur couverture de feuilles mortes, maintenir la fraîcheur nécessaire à une végétation permanente.

Pour être soumise à l'agriculture, une terre doit avoir au moins 16 centimètres d'épaisseur, et même,

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