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CHAPITRE DEUXIÈME

ARRACHEMENT DES SOUCHES ET DES RACINES

§ 1o. Arrachement après l'exploitation de la superficie. La profondeur à laquelle il faut de la sorte défoncer le sol nous paraît devoir être le plus souvent fixée à 25 centimètres, mesure prise dans la tranchée du côté pon défriché. Moins profond, le défrichement ne permettrait pas à la charrue de fonctionner librement; plus profond, il ramènerait à la surface une terre épuisée, et enfouirait les feuilles mortes et le terreau à une profondeur où la plupart des végétaux agricoles ne pourraient les atteindre. En outre, quand de fortes racines affleurent le fond de la tranchée, il faut les poursuivre à au moins 10 centimètres de profondeur, mais en cessant d'enlever à la pelle la terre de la tranchée. Si, après le défrichement, on voulait obtenir des récoltes à racines plongeantes, il serait nécessaire, pour assurer leur succès, de faire piocher le fond de la tranchée à une profondeur environ de 10 centimètres, sans déblayer la terre.

L'exploitation de la superficie semblerait devoir toujours précéder le défrichement, pour laisser le terrain libre aux arracheurs. Il est vrai que souvent l'on procède ainsi. Les ouvriers défricheurs ne viennent qu'une fois que le bûcheron à fini sa tâche. Ils se partagent le terrain, ouvrent une tranchée à l'extrémité de leur lot, arrachent et coupent toutes les souches et racines qu'ils déterrent; puis creusent une nouvelle tranchée dont ils rejettent la

terre dans la tranchée précédente, et continuent ainsi de travailler à jauge ouverte, en minant et pour-. suivant devant eux toutes les racines.

Quand la main-d'ouvre est chère, il est plus économique de ne pas défricher à jauge ouverte, et de se contenter d'extraire les souches avec leurs grosses racines jusqu'à une profondeur de 35 centimètres. Mais alors la terre provenant du déchaussement des souches n'abrite qu'imparfaitement l'engrais

es

forestier, et il faut le plus tôt possible l'enfouir par un labour donné avec une charrue solide, bien tranchante et à coutre adhérent au soc pour couper les petites racines qui s'y accrocheraient. Ce premier labour s'arrêtera à une profondeur de 15 centimètres, et on lui fera succéder, lors de l'époque indiquée par les besoins de l'agriculture, un labour profond de 25 centimètres et qui sera exécuté par la même charrue. Le défoncement ainsi entrepris en deux fois s'accomplira plus facilement, et plaçant les feuilles mortes et le terreau au milieu du sol actif, assurera

mieux leur conservation.

Les défricheurs se servent surtout d'une pioche à revers tranchant, pour fouiller le sol et couper les racines; puis d'une pelle, pour jeter la terre; enfin d'une simple cognée, de coins en fer et d'une mailloche, pour débiter les souches lorsqu'elles sont dé

chaussées. L'arrachement des fortes souches est une

opération très-pénible; aussi, en Amérique, où l'on défriche en grand, a-t-on inventé pour cela des machines dites essoucheuses. Mais ces machines, utiles en Amérique où l'on brûle les souches tout entières pour en faire de la potasse, seraient peu profitables

nous

en France où l'on débite les souches pour le chauffage. Chez nous la fente des souches, partie la plus longue de l'arrachement, est un ouvrage très-rude, que ne font pas les essoucheuses américaines, et qui ne peut être facilité que par la poudre de mine bourrée dans des trous et allumée au moyen de l'amadou:

§ 2.

Arrachement avant l'exploitation de la superficie.

Le mode que nous venons de décrire assure à l'exploitation ainsi qu'au défrichement une grande régularité et des façons mieux soignées, parce que le bûcheron et l'arracheur travaillent chacun séparément dans leur spécialité; mais il offre plusieurs inconvénients dont le plus grave est de laisser trop longtemps l'engrais forestier sans abri contre le soleil et le vent. Pour remédier à cet inconvénient, on peut · arracher le taillis et la futaie, avant de les couper au pied, excepté les menues broussailles qui gêneraient l'arracheur. Alors les ouvriers coupent et en

lèvent les racines, déchaussent les souches, puiš, au lieu de les débiter immédiatement, les arrachent unies encore aux troncs des arbres, en tirant ces der niers avec des cordes attachées à leurs branches supérieures; procédé d'essouchement plus efficace que celui des machines américaines. Ensuite la souche se détache à la scie le plus bas possible, ce qui donne plus de longueur au tronc, en supprimant la perte que lui fait subir l'entaille de la cognée. Si les manæuvres défricheurs ne sont bons qu'à travailler les souches et les racines, et ne savent pas façonner les bois, il faut confier, par entreprise, ce façonnage à des bûcherons de profession lesquels feront de la marchandise mieux parée et d'un débit plus facile.

Ce mode de défrichement offre l'embarras d'avoir tout à faire à la fois, et par suite beaucoup de confusion. Pourtant si l'opération est bien dirigée, si l'on a soin d'aligner les ramiers comme dans les exploitations ordinaires, nous croyons ce mode préférable, parce que, tout en conservant mieux l'engrais forestier, il permet d'extraire les souches plus facilement

et de gagner sur la longueur du fût des arbres.

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