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§ 3.

Produits de l'arrachement.

Les souches et les racines des arbres de nos forêts

produisent une quantité de bois variable suivant les essences, mais qui, en moyenne, s'élève à près du cinquième du volume de ces arbres. Pour les brins de taillis, le rapport du bois souterrain au bois superficiel est plus fort, d'autant plus que le taillis est plus jeune. Néanmoins plus il y a de gros arbres ainsi que de fortes souches, et plus le produit de l'arrachement est considérable. Dans un taillis peuplé de fortes cépées de chêne, de hêtre et de charme, et surmonté d'une futaie nombreuse, on peut, à l'hectare, obtenir environ 120 stères de souches et de racines. Mais si la futaie est rare, et le taillis, formé de cépées faibles, de drageons et de brins de semence, il ne faut pas compter sur plus de 80 stères.

Fendues de manière à pouvoir être brûlées commodément, les souches et les racines se vendent en

forêt, moyennement, 3 francs le stère. Si, dans la localité, on ne trouve pas un débit avantageux de ces produits, on pourra les convertir en charbon. Leur carbonisation réussit aussi bien que pour les charbonnettes ordinaires, si, par la fente, les souches et

les racines ont été réduites à un diamètre moindre

que 20 centimètres, et si, lors du dressage des fourneaux, or a soin de remplir, de menues racines ou même de petites branches, les interstices des souches et des fortes racines, pour y empêcher l'introduction de la couverture de feuilles mortes et de frasil.

§ 4.

Frais de l'arrachement.

Les frais de l'arrachement varient avec le sol, suivant qu'il est meuble ou tenace; avec le peuplement, suivant qu'il est formé de bois durs et d'une extraction difficile, ou de bois blancs à racines superficielles et d'une extraction facile; avec la dimension

des souches qui, grosses, sont d'une fente très-pénible, et, petites, n'ont pas besoin d'être fendues; enfin

avec le salaire des ouvriers qui, par son taux, achève

de fixer le coût du défrichement. On estime

que,

de novembre à mars, il faut deux cents à trois cent-cinquante journées d'ouvriers à l fr. 50 l'une, pour défricher à jauge ouverte un hectare de bois. Si les ouvriers ne font qu'extraire les souches avec leurs grosses racines, et que le défoncement soit pratiqué à la charrue, l'opération sera ordinairement moins onéreuse, pourvu qu'elle soit bien dirigée et que l'arrachement précède l'exploitation de la superficie.

Pour obtenir un défrichement bien exécuté, il faut intéresser l'ouvrier à extraire beaucoup de sou

ches et de racines. Dans ce but, on marchandera

avec lui au stère et non pas à l'hectare ou à l'are.

Seulement on devra constamment surveiller la con

fection des stères pour empêcher que l'ouvrier ne les empile sur des tertres, ou bien ne remplisse l'intérieur des stères avec des branches, des feuilles ou des souches entières et non fendues aux dimensions préalablement fixées. Pour se débarrasser de cette surveillance, ou au moins la diminuer, il est généralement avantageux d'abandonner en paiement à l'ou

vrier les souches et racines qu'il arrache, sauf, s'il y a lieu, à lui donner un appoint calculé encore à raison de tant par stère. Avec cet abandon du bois déraciné, il faut, lorsqu'on défriche avant l'exploitation, déployer beaucoup de vigilance pour empêcher l'ouvrier d'anticiper à son profit sur les pattes des arbres. Il est même nécessaire de lui marquer sur le tronc le point où il devra détacher la souche. Enfin nous recommandons de marchander le défrichement, assez tôt et à un nombre d'ouvriers suffisant, pour que ceux-ci puissent exécuter leur tâche à temps perdu, et enfin de leur assurer soit en bois, soit en argent, une rémunération telle qu'ils n'abandonnent pas leur entreprise, mais livrent le plus tôt possible à l'agriculture le sol qu'on lui destine.

CHAPITRE TROISIÈME

ÉCOBUAGE

Pour défricher les terrains couverts de gazon, sou

vent on pratique l'écobuage. On étend même cette méthode, mais en la modifiant, aux taillis sartés, pour en obtenir, après chaque coupe, une ou deux récoltes de céréales. Or, n'y aurait-il pas lieu d'écobuer aussi le sol forestier lorsqu'on le défriche définitivement? C'est ce que nous allons examiner.

Dans les terrains couverts de gazons, l'écobuage consiste à enlever le gazon par mottes qu’on laisse sécher, à en bâtir de petits fours dont les gazons forment les parois internes, à mettre le feu à ces fours, à en clore les issues pour que la flamme ne puisse s'y faire jour, et enfin avant les semailles à répandre sur le sol les produits de la combustion.

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