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ne dut

On demande de bonne foi, à tout homme impartial, si, en lisant cette lettre , le pape pas

être fondé à croire que les quatre évêques s'étaient conformés à l'exemple de tous les évêques de France ? Toutes les expressions de cette lettre , et même l'espèce de violence que les évêques réfractaires prétendaient avoir été obligés de se faire pour revenir sur leur première conduite , pouvaient-elles permettre au pape de soupçonner que, dans le moment où on lui écrivait avec tant de soumission, on consignait, dans des procès-verbaux clandestins , les mêmes distinctions et les mêmes restrictions que le Saint-Siège avait condamnées et se disposait à punir.

Mais, dans le moment même où le pape allait écrire des brefs de felicitation aux quatre évêques, en signe de paix et de satisfaction, des lettres particulières arrivées à Rome, y répandirent quelques ruineurs sur ces procès-verbaux, dont le secret commençait à transpirer. Le pape suspendit l'euvoi des brefs et écrivit à son nonce de faire tous ses efforts pour avoir une copie de ces procès-verbaux.

Le nouce Bargellini, alarmé de voir prête à échouer, par cet incident imprévu, une négociation qui lui avait coûté tant de soins et de peines, et dont il attendait autant de gloire que d'avan. tages, prévit que, s'il envoyait les procès-verbaux à Rome, le pape serait indigné, les médiateurs compromis et l'affaire plus embrouillée que jamais. Il répondit au pape qu'il lui avait été impossible de se procurer les procès-verbaux; mais qu'il y suppléait abondamment par un certificat des prélats médiateurs, qui déclaraient formellement a que les quatre évêques avaient v agi de la meilleure foi du monde. » Il y joignit un acte encore plus important; c'était un écrit signé des quatre évêques eusmêmes, qui attestaient « qu'ils avaient signé et fait signer sin» cèrement le formulaire. »

Le pape, rassuré par des téinoignages si positifs, n'hésita plus à leur adresser les brefs dont il avait suspendu l'expédition. Des évêques aussi pieux durent sans doute , en lisant les expressions de ces brefs, éprouver une espèce de honte et même quelque remords sur un procédé peu compatible avec la sincérité chrétienne dont ils faisaient profession. Le pape leur écrivait : « Nous » avons reçu la lettre par laquelle vous nous faites connaître, » avec de grandes marques de soumission...., que vous avez sous» crit sincèrement et fait souscrire le formulaire du pape Alexanv dre VII, et quoiqu'à l'occasion de certains bruits qui ont couru, v nous ayons cru devoir aller plus lentement en cette affaire » (car nous n'aurions jamais admis à cet égard ni exception >> ni restriction quelconque); mais, ayant depuis peu reçu des » assurances nouvelles et considérables de la vraie et parfaite >> obéissance avec laquelle vous avez sincèrement souscrit le > formulaire, et condamné sans aucune erception ou restric» tion les cing propositions, selon tous les sens dans lesquels » elles ont été condamnées par le Saint-Siège apostolique, » nous voulons bien....... Le

pape écrivit en même temps au roi, a que les quatre êvê» ques lui ayant fait connaître qu'ils s'étaient soumis à la sous» cription pure et simple du formulaire; cette soumission lui » donnait la satisfaction d'user de clémence plutôt que

d'être contraint par leur désobéissance, d'user de rigueur. »

Louis XIV avait déclaré qu'il serait satisfait aussitôt que le pape se déclarerait lui-même satisfait; il ordonna en conséquence que les procédures, commencées contre les quatre évêques, ne seraient point suivies, et fit rendre la liberté aux principaux agents du parti; le calme parut rétabli dans l'église de France, et on appela cette pacification la paix de Clément IX.

Il eût été assez curieux de savoir ce que Pascal eût pensé de la conduite de ses anciens amis dans cette singulière négociation; il est vraisemblable que les jésuites, dont il avait traduit en ridicule les restrictions mentales sous des traits si ingénieux et si piquants, l'auraient invité à s'expliquer sur les restrictions

secrètes de Port-Royal. Il est au moins bien certain qu'il n'au-
rait pas plus approuvé les unes que les autres. La rectitude pa-
turelle de son esprit et son caractère inflexible resistaient à
tous les tempéraments qui lui paraissaient blesser laustère vés
rité; et, si l'on en croit quelques écrivains, ce fut par ce motif
qu'il s'était brouillé, quelque temps avant sa mort, avec les
chefs de Port - Royal : il leur reprochait de déroger à leurs
principes, en n'osant en avouer bautement toutes les consé
quences.

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