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pas nous étre plus favorable.Il pressentait dès lors qu'avec des politiques si passionnés, il n'éprouverait pas d'obstacles à remplir ses hautes destinées. Pitt, si distingué d'ailleurs par ses talens parlementaires et ses connaissances de l'administration intérieure, était dans la plus parfaite ignorance de ce qu'on appelle politique ; en général les Anglais n'entendent rien aux affaires du continent, surtout à celles de France.

La gloire de la France a été portée au plus haut point ; toute l'Europe lui était soumise, et le ministère anglais a été obligé, peu de mois après s'être permis des déclamations si injurieuses au peuple et à la nation française, de signer la paix d'Amiens. La France reconnue maîtresse de toute l'Italie a fait une paix plus avantageuse que celle de Campo-Formio, puisqu'elle y a gagné le Piémont et la Toscane ; et il a fallu que le poignard d'un fanatique fît tomber le commandement de l'armée d'Orient entre les mains d'un homme distingué sous bien des points de vue, mais absolument dépourvu de talent et de génie militaires, pour que

l'Egypte ne fût pas à jamais réunie à la France.

Car il n'est pas un militaire anglais, turc ou français, qui ne convienne que l'armée d’Abercombie eût été battue et détruite si Kléber eût vécu. Déjà la Porte avait montré des dispositions favorables pour faire la paix, indépendamment de l'Egypte. De quel poids un jeune fanatique de vingt-quatre ans, sur la foi d'un passage douteux du Coran, a-t-il pesé dans la balance du monde !

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DEUXIÈME NOTE.

MORE A U.

(Page 87.)

.........“ Mais le nom de Moreau était plus populaire, et a la nation l'eût préféré, si la dictacture l'avait séduit, ou si " la noble et secrète ambition de se faire le Monck des Fran

çais l'avait excité ; il aurait pu, bien avant cette époque, “ faire intervenir l'armée, et devancer son rival ; il avait plus

que lui l'affection du soldat: on le connaissait davantage. “ Il avait eu partout de grands succès, en Flandre, en Al

lemagne et en Italie, où sa retraite devant Souvarow ne “ l’illustra pas moins que celle qu'il avait faite devant M. “ l'archiduc. Moreau n'avait pas la résolution d'esprit né“ cessaire pour de telles entreprises ; il crut, en secondant “ l'élévation du premier consul, se réserver le rôle de géné“ ralissime, qui lui convenait mieux: mais ce partage parut “ trop inégal à ce brillant et farouche amant de la gloire, qui

se montra toujours jaloux de ses moindres faveurs, et n'en “ connut jamais le véritable prix....

(Page 82.)

“ Son plan de campagne ne fut point d'abord adopté par “ le gouvernement; il voulait agir par son aile droite, et se " borner à observer Saint-Gothard et les principaux pas

sages du haut Valais jusqu'aux Grisons : il pensait que les • premiers mouvemens de l'armée de réserve suffiraient pour “ dégager Masséna ; qu'il ne fallait rien entreprendre de plus “ jusqu'à ce que l'offensive contre le général Kray eût plei. “ nement réussi, et qu'on l'eût mis hors d'état de tenir cam

pagne; que jusque-là il fallait bien se garder d'affaiblir « l'aile droite de l'armée du Rhin, et qu'on devait, au con“ traire, la soutenir en portant en avant, à la naissance “ des plus hautes vallées, au débouché de l'Engadine et da “ Vorarlberg, une partie de l'armée de réserve, et qu'elle " s'y trouverait également bien placée pour fermer l'entrée “ de la Suisse, du côté du Tyrol, si le général Kray tentait “ d'y opérer une diversion, ou pour prendre des revers sur la “ nouvelle ligne d'opérations du général Mélas en Lombars die, et couvrir d'autant mieux celle de l'armée française “ du Rhin agissant dans le bassin du Danube. Bonaparte,

au contraire, ne songeait qu'à reconquérir l'Italie et ses “ premiers trophées ; il avait, à la vérité, porté d'abord sur “ l'armée de Moreau toutes les ressources disponibles et les

plus à portée pour la mettre plus promptement en état

d'agir, pendant qu'il rassemblait avec peine, à de grandes “ distances, le personnel, le matériel et grand nombre de « chevaux nécessaires pour son expédition : mais il considé

rait cette grande armée du Rhin comme une masse qui “ devait seulement paralyser les principales forces de l'Au" triche, après que les premiers mouvemens auraient rompu “ tout concert entre l'armée impériale d'Allemagne et celle “ d'Italie. Il suffisait donc au premier consul que la Suisse s« fût bien gardée, et la chaîne des Alpes rendue impéné. “ trable. Moreau devait rester en observation, et détacher “ toute son aile droite pour renforcer l'armée de réserve dans “ les plaines de la Lombardie, afin que lui seul pût frapper “ les grands coups sur le théâtre où il lui convenait de remporter d'éclatantes victoires."

Le général Moreau n'a jamais commandé en Flandre, ni en Hollande; il a fait les campagnes de 1794 et 1795 sous les ordres des généraux Pichegru, et Jourdan, comme Souham, Taponier. Michaud, etc; il commanda en chef pour la première fois, au mois de mai 1796, à l'armée du Rhin ; il passa ce fleuve au mois de juillet. Napoléon était alors maître de toute l'Italie,

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La campagne en Allemagne, de 1796, ne fait honneur ni aux talens militaires de ceux qui en ont conçu le plan, ni au général qui en a eu la principale direction, et qui a commandé la principale armée : loil passa sur la rive droite du Danube et du Lech, après la bataille de Neresheim le 11 août, tandis qu'en marchant devant lui sur l'Altmuhl par la rive gauche du Danube, il se fût joint en trois marches avec l'armée de Sambre-et-Meuse qui était sur la Rednitz, et eût par ce mouvement décidé de la campagne ; 2° il resta inactif six semaines pendant août et septembre en Bavière, pendant que l'archiduc battait l'armée de Sambre-et-Meuse, et la rejetait au-delà du Rhin ; 3, il laissa assiéger Kehl pendant plusieurs mois par une armée inférieure, à la vue de la sienne, et il le laissa prendre.

Dans la campagne de 1799, il servit d'abord en Italie sous Schérer, comme général de division ; il y montra autant de bravoure que d'habileté à la tête d'une ou deux divisions ; mais, appelé au "commandement en chef de cette même armée, à la fin d'avril, par le rappel de Schérer, il ne fit que des fautes, et ne montra pas plus de connaissances du grand art de la guerre, qu'il n'en avait montré dans la campagne de 1796. 10 Il se fit battre à Cassano par Suwarow ; il y perdit la plus grande partie de

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