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pareil nombre de troupes était arrivé sur la Justice, l’Egyptienne et la Régénérée : la perte a donc été de 9,000 hommes, dont 4,000 morts en 1798 et 1799, et 5,000 en 1800 et 1801, morts aux hôpitaux ou sur le champ de bataille, Quand Napoléon a quitté, à la fin d'août 1799, l'effectif de l'armée était de 28,500 hommes français, compris les malades, les vétérans, les hommes de dépôt, et les non-combattans à la suite de l'armée.

L'armée anglaise, en 1801, n'était d'abord que de 18,000 hommes: mais elle reçut, dans les mois de juillet et d'août, 7,000 hommes, partis de Londres, Malte et Mahon, et 8,000 hommes, partis des Indes, qui débarquèrent à Cosseïr ; ce qui la porta à 32 ou 34,000 hommes. En y ajoutant 25,000 Turcs, on voit que les forces alliées, employées contre l'Égypte, s'élevaient à près de 60,000 hommes. Sans doute que si elles eussent attaqué ensemble, il eût été impossible de leur résister; mais comme elles entrèrent en action à plusieurs mois de distance, la victoire eût été immanquable pour les Français, si Desaix ou Kléber eussent été à la tête de l'armée, ou même tout autre général que Menou, qui cependant n'avait qu'à imiter la manouvre qu'avait faite Napoléon en 1790, lorsque Mustapha-pacha débarqua à Aboukir. Le fanatisme Tome 1.-Mélanges.

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religieux qui avait été regardé comme le plus grand obstacle à l'établissement des Français en Egypte, était levé ; tous les ulémas et les grands-cheychs étaient affectionnés à l'armée française.

Saint-Louis, en 1250, débarqua à Damiette avec 6,000 hommes. S'il se fût comporté comme les Français l'ont fait en 1798, il eût triomphé comme eux, et eût conquis toute l'Egypte ; et si Napoléon, en 1798, se fût comporté comme le firent les croisés, en 1250, il eût été battu et défait. En effet, Saint-Louis parut devant Damiette le 5 juin ; il débarqua le lendemain ; les Musulmans évacuèrent la ville ; il y entra le 61: mais du 6 juin au 6 décembre, il ne bougea pas. Le 6 décembre il se mit en marche, remontant la rive droite du Nil, arriva le 17 décembre sur la rive gauche du canal d'Achmoun, vis-à-vis Mansourah, y campa deux mois ; ce canal était alors plein d'eau. Le 12 février 1251, les eaux ayant baissé, il passa ce bras du Nil, et livra une bataille huit mois après son débarquement en Egypte. Si le 8 juin 1250, Saint-Louis eût manquvré comme ont fait les Français en 1798, il serait arrivé le 12 juin à Mansourah ; il aurait traversé le canal d'Achmoun à sec, puisque c'est le moment des plus basses eaux du Nil ; il serait arrivé le 26 juin au Caire; il aurait conquis la basse Egypte dans le mois de son arrivée. Lorsque le premier pigeon porta au Caire la nouvelle du débarquement des infidèles à Damiette, la consternation fut générale ; il n'y avait aucun moyen de résister ; les fidèles remplirent les mosquées et passèrent les jours et les nuits en prières ; ils s'étaient résignés, ils attendaient l'armée des Français: mais dans huit mois, les vrais croyans eurent le temps de préparer leur résistance. La haute Egypte, l'Arabie, la Syrie, envoyèrent des forces, et Saint-Louis, battu, chassé, fut fait prisonnier. Si Napoléon eût agi en 1798, comme Saint-Louis en 1250, qu'il eût passé juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre, sans sortir d'Alexandrie, il aurait trouvé en janvier et février des obstacles insurmontables. Dumanhour, Rehmaniah, Rosette, eussent été fortifiés ; Girch, le Caire, eussent été retranchés et couverts de canons et de troupes; 12,000 mamelucks, 20,000 Arabes, 50,000 janissaires arabes, renforcés par les armées de l’Arabie, du pachalic de Damas, d'Acre, de Jérusalem, de Tripoli, accourus au secours de cette clef de la Sainte-Caba, eussent rendu vains tous les efforts de l'armée française, qui eût dû se rembarquer. En 1250, l’Egypte était moins en état de se défendre ; Saint-Louis ne sut pas en profiter : il perdit huit mois à délibérer avec les légats du pape, et à prier; il eût dû les employer à vaincre.

Au volume IV, page 117, est la lettre de Napoléon au général Kléber, datée du 5 fructidor, au moment de son embarquement; elle est en grande partie exacte. Quatre passages sont tronqués, ce qui en dénature le sens dans quelques idées importantes.

Même volume, page 128, se trouve la lettre du général Kléber au directoire. Elle est datée du 26 septembre 1799; nous la mettons ici avec les observations propres

à la faire apprécier.

LETTRE

DU GÉNÉRAL KLÉBER,

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF,

AVEC

LES OBSERVATIONS MISES EN REGARD.

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