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Le succès que l'Histoire Universelle de M. César Cantu a obtenu en Italie et à l'étranger, où elle compte aujourd'hui douze éditions, peut faire espérer que son nouvel ouvrage sera favorablement accueilli. L'histoire, en effet, n'offre aucune période d'un intérêt égal pour nous à celui des cent dernières années ; c'est à ce passé d'hier dont nous sortons, et auquel nous tenons encore par tant de liens, que s'attache naturellement la curiosité la plus vive. C'est du milieu du dixhuitième siècle que date le mouvement qui a ébranlé la vieille société et modifié si profondément nos ins titutions. Mais l'histoire des divers États européens se trouve disséminée dans des livres spéciaux, ou réunie seulement dans quelques ouvrages volumineux. M. César Cantu, grâce à la méthode qui a fait le succès de son grand ouvrage, à la concision nerveuse de son style, à la sobriété substantielle de ses récits, a su faire entrer dans un cadre très-resserré tout ce qu'il y a d'essentiel à retenir dans l'histoire générale de ces cent années.

L'auteur de l'Histoire Universelle joint au sentiment religieux l'amour de la liberté : prenant à la philosophie du dix-huitième siècle ses tendances généreuses, ses sympathies pour l'homme et pour les progrès sociaux, il en répudie et en flétrit le scepticisme irreligieux.

L'histoire contemporaine, histoire qui dure encore, est toujours matière délicate à toucher. Le traducteur de cet ouvrage laisse à l'auteur seul la responsabilité d'opinions qu'il peut ne point partager toujours. Il a cru cependant utile de joindre à cette traduction d'un livre étranger, des notes et des observations, soit en vue de contester ou de rectifier certains jugements, soit pour apporter quelque clarté de plus d'un récit dont l'un des mérites est la concision.

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DE CENT ANS.

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L'EUROPE AU MILIEU DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

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La paix d'Utrecht (1713), qui finit la longue guerre de la suc cession au trône d'Espagne et le conflit des maisons d'Autriche et de Bourbon, commença, on peut le dire, l'ère révolutionnaire en Europe, en ce qu'elle mit de côté toute idée de morale, tou respect de l'autorité, toute foi dans les traditions 1. Ce trait

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La monarchie espagnole se trouva dépecée, par le traité d'Utrecht entre les diverses puissances belligérantes qui avaient convoité leur par dans ses dépouilles. Des partages et des accommodements de ce genr avaient été le dénoûment de plus d'une lutte antérieure entre les prince de l'Europe : on les avait vus maintes fois se partager des territoire selon leurs convenances et leurs intérêts, sans avoir égard aux vænx, an traditions , aux sentiments nationaux et religieux des peuples. Mais partage de la monarchie espagnole, en montrant le fait sur une pl vaste échelle, fait ressortir davantage ce cachet d'arbitraire et d'il moralité que l'historien italien flétrit. La difficulté de concilier lant d'i térêts mis en jeu, et de mettre fin à une guerre générale qui ruina l’Europe, explique toutefois la plupart des dispositions de la paix d' trecht. Le nouveau roi d'Espagne, Philippe V, renonça pour lui et po ses descendants au trône de France, de même que les princes franç renoncèrent à toute prétention au trône d'Espagne. La France reconn la succession de la couronne d'Angleterre dans la ligne protestante, s'engagea à refuser même un asile aux princes de la maison de Stuar ce fut l'une des clauses qui coûtèrent le plus à la fierté, aux sentime d'honneur et de religion de Louis XIV, qui se trouva réduit à décla que la personne qui, du vivant de Jacques II, prenait le titre

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HIST. DE CENT ANS.

T, I.

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refit l'Europe sur des idées abstraites, introduites d'abord au profit des princes, mais dont les écrivains devaient s'emparer à leur tour, pour les faire servir plus tard au profit des peuples.

Le traité d'Utrecht n'introduisait cependant dans le droit pu. blic aucun principe nouveau ; il fut comme le complément de ce système européen qui, tout chancelant qu'il est, a duré jusqu'à présent; et tous les traités qui suivirent se référèrent à celui-là. Son maintien intéressait ceux au profit desquels il avait été conclu : il importait surtout à l'Angleterre, dont il avait consolidé la grandeur, comme le traité de Westphalie avait consolidé celle de la France. La dynastie protestante, reconnue alors, regardait le traité d'Utrecht comme sa sauvegarde, et donnait pour base à l'équilibre européen son alliance avec l'Autriche. L'Angleterre, que les clauses de ce traité rendaient maîtresse de la mer, put donner carrière à cette ambition qui est pour elle une nécessité, contrainte qu'elle est de se faire despote sur l'Océan, pour n'être pas attaquée chez elle. Gouvernée par des hommes d'État illustres avec toute l'énergie de l'égoïsme na

prince de Galles...., s'étant retirée de son propre mouvement hors de « France pour demeurer ailleurs, il prendrait soin que cette personne « ne retournât plus en France... » L’Angleterre obtint, en outre, la desfruction des ports de Dunkerque, de Gibraltar, de Mahon, puis de grands avantages coloniaux et commerciaux; entre autres l'immoral trailé de l’Assiento, par lequel l’Espagne lui cédait le privilege d'approvisionner de nègres ses propres colonies. Les traités d'Utrecht reconnurent le duc de Savoie comme roi de Sicile, et comme appelé à la succession d'Espagne en cas d'extinction de la famille de Philippe V. Le titre de roi de Prusse fut confirmé à l'électeur de Brandebourg, avec les principautés de Neufchâtel et de Valengin. Le duc de Bavière fut remis en posses. sion de ses Élats conquis par l'Autriche, et les Hollandais recouvrèrent plusicurs places fortes qui étaient au pouvoir de la France. Enfin, la maison d'Autriche, qui s'était entêtée à continuer guerre après la retraite de ses alliés, signa de son côté le traité de Rastadt, qui reconnut $a souveraineté sur les Pays-Bas espagnols, le Milanais , le royaume de Naples, la Sardaigne, pays qui avaient fait partie de la monarchie de Charles II. Cette prise de possession de l'Italie par l'Autriche est ce qui explique le mieux le jugement sévère et légitime d'ailleurs de l'historien

an à l'égard des traités d'Utrecht. ( AN. R.)

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