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par son ordre, mais encore ceux que les hommes ont formés eux-mêmes d'après les lumières de la raison, et la connoissance de leurs véritables intérêts.

Dans l'institution des gouvernemens, il faut distinguer, ce qui est des peuples, et ce qui est de Dieu. Les peuples conviennent de la forme du Gouvernement: ils choisissent la personne en qui doit résider l'autorité sou veraine; mais ce n'est point d'eux, à pro-, prement parler, que vient l'autorité : c'est Dieu qui la confère sur la présentation des peuples, et qui donne l'investiture du pouvoir. Tout pouvoir, toute autorité, toute jurisdiction émane de lui. A quel titre un mortel commanderoit-il à ses égaux, s'il n'étoit délégué par le roi de l'univers ?, quelle seroit la source de ce droit terrible de vie et de mort que l'Etat exerce sur ses membres,, s'il n'étoit fondé sur la concession justement présumée. du souverain arbitre de nos destinées?

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Auteur, protecteur, chef suprême de la société, Dieu établit le prince son lieutenant, il lui met le glaive en main, pour la défense des bons, et l'effroi des méchans: il veut que. sa personne soit sacrée : il se réserve à lui seul le droit de le juger. Témoin et garant du pacte

social, c'est en sa présence, et par son nom redoutable que le Souverain jure de gouverner, de protéger et de défendre le peuple, et que le peuple jure d'obéir au Souveráin."-Stat

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Par ce serment mutuel, le Prince et les sujets s'engagent envers Dieu encore plus étroitement qu'ils ne se lient entre eux. Leurs droits et leurs devoirs réciproques prennent un caractère plus auguste. L'intérêt de la chose publique se confond avec l'intérêt éternel du chef et de tous les membres de F'Etat. La rebellion et la tyrannie ne sont plus de simples crimes de lèse-majesté, ou de lèse-nation, qui n'offensent que les hommes: ce sont, des sacriléges proprement dits; la rebellion, parce qu'elle s'attaque à Dieu même dans la personne de son représentant; la tyrannie, parce qu'elle fait servir au mal un pouvoir qui vient de l'auteur de tout bien. (*).

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Toute puissance vient de Dieu: non est potestas nisi à Deo. Maxime sublime, sur laquelle repose tout le système social, dont les sages de l'antiquité ont senti le besoin, et entrevu la vérité, mais qu'il étoit réservé

(*) Bossuet, Politiq.

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à la religion chrétienne de mettre au-dessus des vains raisonnemens et des incertitudes de la philosophie!

Une puissance qui n'auroit d'autre principe que la volonté des hommes seroit trop précaire et trop incertaine. Ceux qui l'auroient donnée se croiroient, à chaque moment, en droit de la 'retirer. En vain, pour l'affermir, on allégueroit le contrat primitif, et ce qu'exige la tranquillité publique. Il en coûteroit peu pour rompre des conventions, où l'on ne reconnoîtroit rien que d'humain, et qui n'auroient pour garants que ceux-mêmes qui les auroient faites. Les factieux ne manqueroient pas de prétextes empruntés de ce qu'ils appelleroient l'intérêt général. Après tout, la révolte seroit une imprudence, et non un crime.

Point de politique sans morale, point de morale sans religion. Si Dieu n'est pas reconnu pour protecteur de la société, et vengeur du pacte social, le peuple et le Souverain, n'ayant point de législateur et de juge commun, ne sont unis que par l'intérêt et les convenances du moment. Sans la garantie de l'Etre suprême, le pacte social n'a rien d'obligatoire. Car toute obligation qui ne

remonte pas jusqu'à Dieu, ne pénètre pas jusqu'à la conscience, et ne peut rien contre les passions.

Le monde moral ne peut pas plus se passer de Dieu, que le monde physique. La première loi sociale, la seule qui, dans tous les cas possibles, concilie l'intérêt personnel avec l'intérêt commun, c'est la volonté de Dieu, en tant qu'elle nous est connue par la raison, et par la révélation, qui est le supplément et le perfectionnement de la raison. Or, l'une et l'autre, mais la révé lation sur-tout, nous apprend que la puissance souveraine vient de Dieu, non est potestas, nisi à Deo, et que quiconque résiste à la puissance légitime, résiste à l'ordre établi par Dieu même; qui potestati resistit, ordinationi Dei resistit.

Dans la société politique, comme dans la société naturelle et domestique, toute puissance vient de Dieu, la puissance souveraine, aussi-bien que l'autorité des pères, des maris et des maîtres; et dans l'une et dans l'autre société, l'autorité doit tendre au bonheur de ceux qui obéissent, car le Père et le maître du genre humain ne la confère, qu'à

re

Cont

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Mais ce principe doit s'appliquer, surTus * tout, au chef de la société politique, dont les membres originairement égaux, n'ont consenti à obéir, que pour être protégés. Le Souverain n'est placé au-dessus de tous, que pour voir plus loin, et veiller à la sureté commune. Le pouvoir suprême dont il est revêtu, l'éclat qui l'environne, l'espèce de culte qu'on lui rend, l'onction qui le consacre, tout ce qui semble l'élever au-dessus de la condition humaine, ne lui est donné que pour le bien de ses sujets. Ce pas pour lui, c'est pour eux qu'il est roi. Son peuple n'est pas sa propriété: c'est une partie de la grande famille que le pere commun lui a confiée. S'il ne connoît point de juge sur la terre, sa conscience le cite au tribunal redoutable de ce juge qui a reçu ses sermens, qui entend les cris de l'opprimé, es et qui punit les rois, et pour le mal qu'ils ont fait, et pour celui qu'ils ont laissé faire.

n'est

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que

la charge d'exécuter les vues, et de dispen-
ser les bienfaits de sa Providence.

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Souvenez-vous, mon fils, disoit Louisle-Gros mourant à son successeur, que » l'autorité royale n'est qu'une charge pu

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